Damas, (SANA) Dans un pays confronté à de profondes difficultés économiques et structurelles, l’intelligence artificielle (IA) commence à se frayer un chemin en Syrie, portée par des initiatives académiques, gouvernementales et privées visant à accompagner la transition numérique et à préparer les bases de la reconstruction.
En dépit des moyens limités, les autorités et les acteurs locaux cherchent à intégrer les technologies intelligentes dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et l’économie numérique.
L’enseignement supérieur, pierre angulaire du virage technologique
L’un des développements les plus marquants concerne le secteur éducatif. L’université syrienne privée (SPU) a annoncé l’ouverture du premier département d’ingénierie en intelligence artificielle, une initiative présentée comme pionnière à l’échelle régionale. L’objectif est de former une nouvelle génération d’ingénieurs susceptibles de maîtriser les outils de l’IA, de l’apprentissage automatique et de l’analyse de données, tout en développant des solutions adaptées aux réalités locales.
Parallèlement, certaines institutions éducatives expérimentent déjà l’usage d’outils d’intelligence artificielle pour analyser les modes d’apprentissage des étudiants et proposer un accompagnement personnalisé, dans une tentative d’améliorer la qualité de l’enseignement et d’en accroître l’efficacité.
Santé et soutien psychosocial : des usages émergents
Dans le domaine de la santé, et plus particulièrement du soutien psychologique, des organisations de la société civile explorent le potentiel de l’IA pour répondre aux besoins croissants des populations affectées par les crises successives. L’organisation « Mostaqbal Souria Al-Zaher » (Avenir radieux de la Syrie) développe ainsi des solutions basées sur l’intelligence artificielle afin de renforcer le soutien psychosocial dans les zones les plus vulnérables.
Ces technologies permettent notamment d’analyser des données, de faciliter l’orientation des bénéficiaires et d’appuyer le travail des professionnels, dans un contexte marqué par la pénurie de ressources humaines et médicales.
Économie et entreprises : vers une optimisation progressive
L’intelligence artificielle commence également à susciter l’intérêt du monde économique syrien. Une conférence organisée par la Chambre de commerce de Damas a récemment mis en avant le rôle de l’IA dans l’amélioration de la performance opérationnelle des entreprises et dans l’aide à la prise de décision stratégique.
Certaines entreprises et start-up locales tentent d’intégrer ces technologies dans la gestion des stocks, l’analyse des marchés ou la prévision de la demande. Bien que ces expériences restent limitées, elles témoignent d’une volonté de s’inscrire progressivement dans l’économie numérique mondiale.
Conférences et initiatives locales
Cette dynamique s’est traduite par l’organisation de la conférence syrienne sur l’intelligence artificielle 2025, consacrée aux opportunités et aux défis du secteur, ainsi qu’aux enjeux de la cybersécurité et des partenariats technologiques. La conférence a réuni universitaires, développeurs et décideurs autour d’un même constat : l’IA représente un outil stratégique, à condition d’être encadrée et adaptée au contexte syrien.
Face au coût élevé des solutions internationales, de nombreux utilisateurs se tournent par ailleurs vers des applications gratuites d’intelligence artificielle, telles que l’application chinoise DeepSeek, perçue comme une alternative accessible pour les étudiants, les chercheurs et les petites entreprises.
Des obstacles structurels persistants
Le développement de l’intelligence artificielle en Syrie se heurte toutefois à de nombreux obstacles. Parmi les principaux défis figurent la faiblesse des infrastructures numériques, les coupures d’électricité, le manque de financements, ainsi que la fuite des compétences vers l’étranger.
Ces contraintes mettent à l’épreuve les ambitions de transformation numérique et soulignent la nécessité de politiques publiques cohérentes et de partenariats durables.
L’IA au cœur des enjeux de la reconstruction
Dans un pays en quête de reconstruction, l’intelligence artificielle est de plus en plus perçue comme un outil stratégique. Elle pourrait contribuer à la planification urbaine, à l’évaluation des dégâts, à l’optimisation de la gestion des ressources et au redressement des secteurs productifs et industriels.
Pour les responsables syriens, investir dans l’IA ne relève pas du luxe technologique, mais d’un choix stratégique visant à accélérer la reprise économique et à jeter les bases d’un développement durable.
Malgré un contexte difficile, l’intelligence artificielle s’installe progressivement dans le paysage syrien, portée par des initiatives encore modestes mais porteuses d’espoir. Entre ambitions affichées et réalités du terrain, l’avenir de l’IA en Syrie dépendra de la capacité du pays à créer un environnement propice à l’innovation, à valoriser le capital humain et à faire de la technologie un véritable levier de reconstruction et de stabilité à long terme.
André Chatta