Damas, (SANA) La capitale syrienne, Damas, a connu, hier dimanche, l’ouverture des premières audiences publiques du procès de plusieurs figures du régime déchu.
Cette étape constitue l’un des développements les plus marquants sur la scène syrienne et reflète le début d’un processus sérieux vers la justice transitionnelle.
Ces procès ne se limitent pas à une simple procédure judiciaire : ils représentent un moment charnière dans l’histoire des Syriens, porteur d’espoir pour les victimes en quête de réparation, et posent les bases d’une nouvelle phase placée sous le signe de la primauté du droit.
Ouverture du procès : le début d’un chemin vers la justice
La première audience s’est tenue hier au Palais de justice de Damas. L’accusé Atef Najib a comparu en personne devant le tribunal, tandis que les accusés Bachar al-Assad et Maher al-Assad ont été jugés par contumace, dans le cadre de poursuites visant plusieurs hauts responsables des violations commises durant les années de la révolution syrienne.
Ce procès est considéré comme une étape fondatrice d’un long processus visant à rendre des comptes aux responsables, à révéler la vérité et à rendre justice aux victimes.
Le procureur général insiste sur le volet légal de la justice

Dans l’explication des dimensions juridiques de ce procès, le procureur général à Damas, le juge Hussam Khattab, a insisté, dans une déclaration à l’Agence SANA donnée hier, sur l’importance de cette étape, affirmant qu’il s’agit d’un événement exceptionnel et historique pour tous les Syriens, marquant le lancement du processus de justice transitionnelle contre tous ceux ayant commis des crimes contre le peuple syrien.
Il a précisé que le ministère public poursuit son rôle dans l’engagement et le suivi de l’action publique, garantissant l’application de la loi et la réalisation de la justice.
Il a également indiqué que la première audience s’est tenue publiquement, avec la présence de l’accusé Atef Najib, tandis que les autres accusés ont été jugés par contumace après l’accomplissement des procédures légales nécessaires.
Il a ajouté que le processus judiciaire suit des étapes claires, allant de l’arrestation des accusés, en passant par les enquêtes et la collecte de preuves, jusqu’à la transmission des dossiers aux juridictions compétentes
Khattab a souligné que le tribunal veille à notifier les accusés absents et à leur accorder les délais légaux, garantissant ainsi les conditions d’un procès équitable.
Le président al-Charaa affirme la justice comme valeur suprême de l’État
Dans le cadre de la confirmation politique de l’importance de ce processus, le président syrien Ahmad al-Charaa a insisté dans un tweet hier sur « X » sur la consolidation de la dimension nationale de ces procès.
Il a affirmé que la justice restera une valeur fondamentale défendue par le peuple syrien et que l’État s’engage à la réaliser.

Le président a affirmé que la justice représente « l’une des plus hautes valeurs pour lesquelles notre peuple s’est battu, et un objectif majeur pour lequel l’État et ses institutions œuvrent, afin de rendre justice aux victimes, panser les blessures, et renforcer la paix civile et la coexistence ».
Il a également insisté sur l’engagement de l’État à poursuivre les responsables des souffrances du peuple syrien, soulignant la poursuite du processus de reddition de comptes et la lutte contre l’impunité.
Aperçu sur les accusés et de leur rôle dans les violations
Bachar al-Assad est considéré comme l’une des figures les plus emblématiques associées aux crimes durant les années de la révolution syrienne. Il est accusé d’avoir supervisé des politiques sécuritaires et militaires ayant conduit à des violations massives contre les civils, incluant bombardements, arrestations et actes de torture.
Maher al-Assad, quant à lui, a joué un rôle axial dans les opérations militaires et a été impliqué dans de nombreux dossiers liés à l’usage excessif de la force pour réprimer les manifestations, bombarder des villes et tuer des civils, accompagnés de graves violations.

De son côté, Atef Najib comparaît en personne devant le tribunal. Ancien chef de la branche de la sécurité politique à Daraa, son nom est associé à l’affaire de la torture d’enfants dans la ville, événement qui a déclenché les premières manifestations, après qu’ils eurent subi des abus sévères suscitant une indignation populaire massive.
Violations authentifiées et efforts pour demander des comptes aux criminels
Ces procès mettent en lumière l’ampleur des violations subies par les Syriens durant les années de la révolution et authentifiées par de nombreux rapports de défense des droits humains. Elles révèlent un schéma systématique de répression incluant torture dans les centres de détention, exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires et répression violente de manifestations pacifiques.
Ces affaires reposent sur des témoignages de victimes, ainsi que sur des documents et des preuves recueillis au fil des années.
Positions des organisations de défense des droits humains et réactions internationales
Dans ce contexte, le Réseau syrien des droits de l’homme a affirmé que ce procès constitue une étape essentielle pour mettre fin à l’impunité, appelant à la poursuite de ces procédures afin d’inclure tous les responsables.
Des organisations internationales telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont également estimé que la poursuite des auteurs de ces crimes est une condition fondamentale pour parvenir à une paix juste et durable en Syrie.
Sur le plan médiatique, l’événement a suscité un large intérêt de la presse internationale. L’agence Reuters l’a qualifié de début d’un long processus judiciaire, tandis que le journal The Guardian l’a considéré comme une étape nécessaire malgré son retard, et Le Monde y a vu un indice d’un tournant important.
Une étape décisive vers un avenir plus juste
Ce procès représente un moment charnière dans l’histoire contemporaine de la Syrie, ouvrant la voie à une nouvelle phase fondée sur la justice et la reddition des comptes. Il redonne espoir aux victimes quant à la possibilité d’obtenir réparation après des années de souffrance.
Toutefois, le principal défi reste d’assurer le caractère global et indépendant de ce processus, afin de consacrer le principe de non-impunité et de poser les bases d’un avenir plus juste et stable.

André Chatta