Damas, (SANA) Les relations économiques entre la Syrie et la Banque mondiale entrent dans une nouvelle phase marquée par l’expansion et la diversification, avec une augmentation du volume des aides et une multiplicité des secteurs ciblés, ce qui reflète clairement une transformation progressive de la position de l’économie syrienne au sein du système financier international.
Cette évolution ne se limite pas à un simple soutien financier, mais s’étend à la reconstruction des structures institutionnelles et au renforcement du climat d’investissement, ouvrant ainsi la voie à une reprise économique plus durable.
Dans ce contexte, le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a indiqué que la Banque mondiale avait approuvé le financement de deux nouveaux projets, portant à quatre le nombre total de projets validés sur une liste de 11 projets. Il a précisé que ces projets comprennent la réhabilitation du réseau de transport d’électricité pour un montant de 146 millions de dollars, un projet de renforcement de la gestion des finances publiques d’une valeur de 20 millions de dollars, ainsi qu’un projet dans le secteur de l’eau de 150 millions de dollars et un autre dans le secteur de la santé d’un montant de 75 millions de dollars.
Le ministre Berniyeh a indiqué que les deux dernières subventions, d’une valeur totale de 225 millions de dollars, visent à améliorer l’efficacité des services publics, précisant que « la subvention allouée au secteur de l’eau vise à améliorer l’accès à l’eau potable et à réhabiliter les réseaux des eux usées, tandis que celle destinée au secteur de la santé se concentre sur l’amélioration des soins de santé primaires dans plusieurs centres médicaux ».
Une vision gouvernementale : du financement à la construction de la confiance
Le gouvernement syrien ne considère pas ces aides comme un simple financement de projets de services, mais comme une composante d’une stratégie plus large visant à rétablir la confiance avec les institutions internationales. Dans ce cadre, Berniyeh a affirmé que d’autres projets sont en cours de préparation pour être soumis au conseil d’administration de la Banque mondiale, couvrant les secteurs de l’éducation, de l’énergie, de la transformation numérique, du secteur financier et bancaire, ainsi que de la protection sociale, pour une valeur estimée à près de 1,4 milliard de dollars.
Il a souligné qu’une mise en œuvre rigoureuse et efficace des projets, accompagnée d’une gouvernance financière disciplinée, constitue un paramètre clé pour attirer davantage de financements, ajoutant que l’objectif est de créer des réussites qui encouragent les donateurs à s’engager plus largement dans le financement de nouveaux projets en Syrie.
Le ministre a également exprimé son optimisme quant au développement de la coopération avec la Banque mondiale, estimant qu’elle « reflète une détermination commune à consolider les processus de réforme et de développement », tout en soulignant que la reprise des activités de la Société financière internationale (IFC) en Syrie constitue une étape importante pour soutenir le secteur privé en complément des projets publics.
L’importance des dons : un impact au-delà des chiffres
Sur le plan économique, ces subventions dépassent leur valeur financière immédiate, car elles contribuent à améliorer les infrastructures de base, ce qui se répercute positivement sur la productivité et la stabilité sociale. Par ailleurs, le développement de la gestion des finances publiques renforce la transparence et rétablit la confiance interne et externe, condition essentielle pour attirer les investissements.
L’économiste Karam Khalil a estimé à l’Agence SANA que ces aides représentent « un véritable début pour briser l’isolement économique et rouvrir les canaux de communication avec le système financier mondial ». Il a précisé que leur importance réside dans leur orientation vers la construction d’institutions modernes et le renforcement de la gouvernance, et non uniquement dans le financement de projets ponctuels.
Des experts : les aides comme levier, non comme solution définitive
De son côté, l’expert économique Qassem Abou Dast suggère une lecture complémentaire, précisant à l’Agence SANA que ces aides « agissent comme un catalyseur de la reprise économique, mais ne constituent pas une solution finale ». Il souligne que leur véritable impact se manifeste à travers l’amélioration de la gestion des ressources publiques et le renforcement de la transparence, créant ainsi un environnement plus attractif pour les investissements.
Abou Dast a ajouté que des projets tels que la réhabilitation du secteur de l’électricité ne se limitent pas à améliorer les services, mais contribuent également à stabiliser les zones connaissant le retour des déplacés, ce qui redynamise l’activité économique locale et génère des offres d’emploi.
Une complémentarité avec l’initiative « La Syrie sans camps »
Ces aides prennent une dimension supplémentaire à travers leur convergence avec l’initiative « La Syrie sans camps ». Le ministre des Finances a souligné l’existence d’une complémentarité claire entre les projets de la Banque mondiale et les objectifs de cette initiative, précisant que l’amélioration des services de base constitue un pilier essentiel pour créer les conditions propices au retour des réfugiés et des déplacés dans leurs régions d’origine.
Dans ce cadre, Berniyeh a indiqué que l’objectif principal de ces aides et projets est de renforcer les services essentiels et d’améliorer les conditions de vie, en cohérence avec la vision de l’initiative qui vise à mettre fin à la situation des camps par la réhabilitation des infrastructures et des services dans les villes et villages.
Dans l’ensemble, les aides de la Banque mondiale à la Syrie s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie plus large visant à reconstruire l’économie sur des bases durables, en combinant financement des services essentiels, renforcement des réformes institutionnelles et stimulation de l’investissement.
En dépit des défis persistants, ces démarches constituent un point de départ concret vers un processus de rétablissement progressif et durable, soutenu par une synergie entre les efforts gouvernementaux, le soutien international et les analyses des experts économiques.
André Chatta