Damas, (SANA) Le secteur de l’électricité en Syrie demeure l’un des plus durement touchés par plus d’une décennie de de la guerre menée par le régime déchu.
Les infrastructures de production et de distribution ont subi des destructions massives, entraînant une baisse significative de la capacité de production et une instabilité chronique de l’approvisionnement.
Alors même que de nombreux pays ont accéléré leur transition vers les énergies renouvelables, la Syrie s’est retrouvée confrontée à l’urgence de maintenir un minimum de service, creusant l’écart entre l’offre et la demande et pesant lourdement sur l’économie nationale.
Le partenariat avec l’Allemagne, pilier de la reprise

Dans ce contexte, Damas mise sur des partenariats internationaux pour relancer son secteur énergétique. Lors d’un forum syro-allemand à Berlin, le ministre de l’Energie, Mohammad Al-Bachir, a insisté sur le caractère prioritaire de ce secteur dans la stratégie de rétablissement économique.
« Le secteur de l’énergie constitue une priorité nationale, et nous œuvrons pour renforcer notre coopération avec nos partenaires internationaux afin d’augmenter la production et moderniser les infrastructures », a-t-il déclaré.
Les accords conclus prévoient notamment :
- Une capacité de production de près de 5 000 mégawatts
- Des projets d’énergies renouvelables atteignant 4 700 mégawatts
Le groupe industriel allemand Siemens joue un rôle central dans ces projets, avec une production actuelle d’environ 1 000 mégawatts en Syrie et des plans d’extension significatifs. D’autres acteurs allemands, tels que GIZ et KFW, participent également à cet effort, aux côtés de l’entreprise Knauf.
Ouverture vers le Golfe : un accord stratégique avec Riyad

Parallèlement, la Syrie cherche à diversifier ses partenariats en se tournant vers les pays du Golfe. À Riyad, un mémorandum d’entente a été signé entre le ministre syrien, Mohammad al-Bachir, et son homologue saoudien, Abdelaziz ben Salmane.
Ce mémorandum couvre plusieurs domaines stratégiques:
- L’électricité et l’interconnexion régionale
- Les énergies renouvelables
- Le pétrole et le gaz
- L’industrie pétrochimique
- Les technologies énergétiques avancées
Il reflète une détermination à réintégration progressive dans les dynamiques économiques régionales, en misant sur l’expertise et les capacités d’investissement des pays du Golfe.
Le rôle clé des Nations Unies et du Japon
Le soutien international ne se limite pas aux partenariats bilatéraux. L’ONU, en coopération avec le Japon, a lancé un projet de réhabilitation de la centrale électrique de Jandar.

Ce projet vise à :
- Fournir de l’électricité à 1,84 million de personnes directement et 3,33 millions indirectement
- Maintenir une capacité de 540 mégawatts
- Améliorer la fiabilité du réseau national
Il illustre l’importance des initiatives multilatérales dans la stabilisation à court terme du secteur.
Une réforme tarifaire controversée mais jugée nécessaire
En parallèle des partenariats internationaux, les autorités syriennes ont engagé une réforme interne du secteur, notamment à travers une révision des tarifs de l’électricité décidée par le ministère syrien de l’Energie.
Cette mesure, qui a suscité de vives réactions, est présentée par le gouvernement comme indispensable pour :
- Assurer la viabilité financière du secteur
- Réduire le gaspillage, notamment dans le secteur public
- Améliorer la qualité du service
Les autorités assurent toutefois que les catégories de la société les plus modestes continuent de bénéficier de subventions, dans le cadre d’une approche visant à répartir les efforts entre l’État, les citoyens et les acteurs économiques.
Les énergies renouvelables, levier d’avenir
La transition vers les énergies renouvelables apparaît comme un axe structurant de la stratégie syrienne. Avec un potentiel estimé à plusieurs milliers de mégawatts, le solaire et l’éolien pourraient contribuer à réduire la dépendance aux énergies fossiles, tout en attirant des investissements étrangers.
Les investissements étrangers, condition de la reconstruction
Au-delà des projets annoncés, la réussite de la reconstruction du secteur électrique dépend largement de la capacité du pays à attirer des capitaux étrangers.
Ces investissements sont essentiels pour :
- Financer les infrastructures
- Accéder aux technologies modernes
- Accélérer la mise en œuvre des projets
- Restaurer la confiance économique
Entre partenariats européens, ouverture vers le Golfe et soutien des organisations internationales comme les Nations Unies, la Syrie tente de redessiner les contours de son secteur électrique.
Dans un contexte de contraintes économiques persistantes, les réformes engagées, notamment tarifaires, reflètent une détermination à concilier impératifs de reconstruction et exigences de soutenabilité.


André Chatta