Damas, (SANA) Les relations entre la Syrie et l’Union européenne connaissent une évolution progressive vers davantage d’ouverture après des années de rupture ayant débuté en 2011 avec l’imposition de sanctions et la suspension de l’accord de coopération.
À la suite des développements politiques survenus après 2024, les relations entre Damas et Bruxelles se sont engagées dans une nouvelle dynamique fondée sur le dialogue politique et la coopération économique, avec un intérêt croissant porté à la reprise, à la reconstruction et à la question des réfugiés.
Dialogue politique et reprise de la coopération
Le 11 mai 2026, Bruxelles a accueilli le premier dialogue politique de haut niveau entre la Syrie et l’Union européenne, en parallèle du Forum de coordination du partenariat, dans une démarche illustrant le passage des relations bilatérales à une phase d’engagement direct après des années d’interruption.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle approche européenne considérant que la stabilité de la Syrie fait partie intégrante de la stabilité régionale.
C’est ce qu’a affirmé Michael Ohnmacht, chargé d’affaires de la délégation de l’Union européenne en Syrie, lors d’un entretien accordé à SANA à Bruxelles le même jour. Il a souligné que ce dialogue constituait une étape importante pour renforcer la coordination dans les domaines de la reprise sociale et économique, ajoutant que l’Union européenne travaille désormais « en étroite coordination avec le gouvernement syrien au profit du peuple syrien ».
L’accord de coopération et le réengagement européen
Le même jour, le Conseil de l’Union européenne a annoncé la reprise de l’application intégrale de l’accord de coopération avec la Syrie, après une suspension partielle en vigueur depuis 2011. Cette décision marque le retour du cadre juridique régissant les relations économiques entre les deux parties, dans un contexte d’orientation européenne croissante vers le soutien à la stabilité économique en Syrie.
Économie et reconstruction
Les questions économiques et la reconstruction figurent désormais au premier rang des priorités de cette nouvelle relation. Damas cherche à attirer des investissements européens et à réhabiliter les infrastructures dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports et de la santé.
Dans ce contexte, Qutaiba Qadich, directeur de la coopération internationale au ministère syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, a fait savoir lors du Forum de Bruxelles le 11 mai 2026 que le gouvernement œuvre pour la mise en place d’« un processus national de reprise » fondé sur une transition allant des dommages vers la remise en action, puis vers les services et enfin vers la durabilité.
Il a souligné que le succès de la reprise dépend de la capacité des institutions nationales à gérer les projets et à garantir leur pérennité.
Par ailleurs, Dubravka Šuica, commissaire européenne chargée de la Méditerranée, a annoncé lors du forum une nouvelle aide européenne de 175 millions d’euros, accompagnée d’autres aides à venir, dans le cadre du soutien aux projets de reconstruction et au renforcement de la stabilité économique en Syrie.
Lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Hassan al-Chaibani, à Bruxelles le 11 mai 2026, Šuica a réaffirmé que l’Union européenne soutient le peuple syrien et s’engage à l’aider dans le processus de reconstruction, de reprise et de stabilité.
Elle a précisé que le Forum de coordination du partenariat entre l’Union européenne et la Syrie vise à coordonner l’aide conformément aux priorités syriennes en matière de reprise, qu’elle a qualifiées de feuille de route pour reconstruire les infrastructures et les services essentiels, tout en renforçant la fermeté et la capacité d’adaptation.
Les réfugiés et le retour volontaire
La question des réfugiés demeure un axe central des relations syro-européennes, en raison de son lien direct avec le processus de reprise à l’intérieur de la Syrie.
Lors de la conférence de presse tenue hier à Bruxelles, le ministre al-Chaibani, a affirmé que « le retour doit être volontaire et digne », précisant que le gouvernement s’efforce de créer les conditions nécessaires au retour des Syriens à travers la reconstruction des infrastructures et l’amélioration des services.
Cette position rejoint la vision européenne selon laquelle le retour des réfugiés est lié à l’amélioration des conditions à l’intérieur de la Syrie. Bruxelles soutient ainsi les projets de reconstruction comme condition essentielle pour encourager les retours volontaires.
De son côté, Šuica a indiqué que le retour des réfugiés devait être volontaire, sûr et digne, et qu’il dépendait de l’existence de conditions adéquates dans les différentes régions syriennes.
« Nous n’obligeons personne à rentrer, ce n’est pas notre position », a-t-elle déclaré, ajoutant que la Syrie avançait dans le bon sens en dépit de besoin de plus de temps pour améliorer la situation.
Les récents développements reflètent donc le passage des relations syro-européennes à une nouvelle phase fondée sur le dialogue politique, la coopération économique et le réengagement institutionnel, avec un intérêt croissant pour les dossiers de la reprise, de la reconstruction et des réfugiés.
Bien que cette relation soit encore en phase de structuration, les indices actuels pointent vers une évolution progressive vers un partenariat plus stable entre Damas et Bruxelles.
André Chatta