Damas, (SANA) Dès le déclenchement de la révolution syrienne en 2011, l’économie syrienne a subi une transformation dramatique. D’un système relativement stable avant la guerre, elle est devenue une économie profondément fragilisée, marquée par une contraction massive de la production, l’effondrement de la monnaie nationale et une détérioration aiguë du niveau de vie.
Ce rapport aborde une analyse détaillée de la conjoncture économique en Syrie avant et après la guerre et la destruction systématique menée par le régime déchu, en s’appuyant sur des données issues de sources internationales fiables telles que la Banque mondiale et des agences de presse reconnues.
- PIB : de la stabilité à une contraction sévère
Avant la guerre, l’économie syrienne affichait des indicateurs relativement stables. En 2010, le Produit Intérieur Brut « PIB » atteignait 61.39 milliards de dollars.
Après 2011 et selon les données de la Banque Mondiale, la situation s’est fortement détériorée, étant donné qu’en 2022, le PIB était estimé à 23,62 milliards de dollars.
Selon certaines estimations de la Banque mondiale, le PIB aurait même avoisiné 20 milliards de dollars en 2023, ce qui représente une contraction de 60 à 70 % par rapport à 2010.
Si l’économie syrienne avait poursuivi son rythme de croissance d’avant-guerre, le PIB aurait pu dépasser 100 milliards de dollars aujourd’hui, illustrant l’ampleur des pertes économiques subies.
Conséquences de cette contraction :
- Réduction drastique des capacités de financement des services publics
- Faiblesse des investissements nationaux et étrangers
- Hausse du déficit budgétaire, estimé à plus de 30 % du PIB en 2023
- Impact de la guerre sur les secteurs productifs
Agriculture
Avant la guerre, l’agriculture constituait un pilier essentiel de l’économie syrienne et garantissait une relative sécurité alimentaire.
La guerre a entraîné :
- Le déplacement de milliers d’agriculteurs
- La destruction des réseaux d’irrigation et des infrastructures rurales
- Une chute importante de la production de blé, tombée certaines années à un quart de son niveau d’avant-guerre
En conséquence, la Syrie est devenue fortement dépendante des importations alimentaires, ce qui a accentué la pression sur la balance commerciale.
Industrie
Le secteur industriel a été gravement touché :
- Des zones industrielles majeures, comme Cheikh Najjar à Alep, ont été largement détruites.
- Moins de 10 % des établissements industriels seraient restés pleinement opérationnels dans certaines régions.
- La production textile, autrefois l’un des secteurs d’exportation clés, a connu un effondrement significatif.
Pétrole et gaz
Avant la guerre, la Syrie produisait environ 380 000 barils de pétrole par jour et figurait parmi les exportateurs régionaux.
Après 2011 :
- La production a chuté drastiquement.
- Le pays est devenu importateur net de pétrole.
- La perte de contrôle de plusieurs champs pétroliers a aggravé la crise énergétique.
Commerce extérieur
Le volume du commerce extérieur a connu une contraction majeure :
- Environ 29 milliards de dollars en 2010
- Environ 4 milliards de dollars en 2023
Cette chute a fortement affecté les réserves en devises et la balance des paiements.
- Effondrement de la monnaie et inflation galopante
Dépréciation de la livre syrienne
Avant la guerre, le taux de change était d’environ 50 livres syriennes pour un dollar américain.
En 2023–2024, la monnaie s’est effondrée à plusieurs milliers de livres pour un dollar sur le marché parallèle.
Inflation et perte du pouvoir d’achat
La dévaluation monétaire a provoqué :
- Des taux d’inflation dépassant 100 % certaines années
- Une flambée des prix des produits de première nécessité
- Une érosion massive du pouvoir d’achat
- Chômage et déséquilibres du marché du travail
La guerre a profondément déstabilisé le marché du travail :
- Le taux de chômage aurait atteint 50 à 57 % selon certaines estimations.
- La destruction des entreprises et la fuite des capitaux ont réduit drastiquement les opportunités d’emploi.
Entre effondrement structurel et espoirs fragiles de reprise
Plus d’une décennie après le début de la guerre, l’économie syrienne demeure confrontée à une crise structurelle profonde caractérisée par :
- Une contraction massive de la production
- Un effondrement monétaire
- Une pauvreté généralisée
- Une forte dépendance aux importations
Toutefois, certaines évolutions diplomatiques et économiques récentes pourraient ouvrir la voie à une reprise progressive, à condition que la stabilité politique, les investissements étrangers et les réformes structurelles soient réunis.
L’avenir économique de la Syrie dépendra largement de sa capacité à reconstruire ses infrastructures, restaurer la confiance des investisseurs et réintégrer progressivement les circuits économiques internationaux.
André Chatta