Damas, (SANA) À la fin de l’été, les maisons syriennes s’animent au rythme de la préparation de la mouné (provisions domestiques).
Sur les terrasses et les balcons, légumes et herbes sèchent au soleil, tandis que les bocaux remplissent peu à peu la beit al-mouné, la réserve traditionnelle de la maison.
Cette semaine, « Le Pouls du patrimoine » revient sur cette tradition ancestrale de conservation des aliments, devenue au fil du temps un rituel familial et culturel, symbole du lien des Syriens à la terre et de leur préparation à l’hiver.
Les saveurs de l’été dans les bocaux de l’hiver
Le makdous, véritable roi de la mouné syrienne, est préparé à partir de petites aubergines farcies de noix, de poivrons rouges et d’ail, puis conservées dans l’huile d’olive. Fromages traditionnels, labneh et chanklich complètent les provisions à base de produits laitiers.
Le soleil joue également un rôle essentiel : molokhia, gombos, aubergines et courgettes sont séchés, tandis que tomates, poivrons et grenades sont transformés en mélasse. Figues, abricots et courges se retrouvent, quant à eux, dans les confitures.
Les céréales occupent aussi une place importante: le blé bouilli, séché puis concassé devient du boulgour, tandis que les épis encore verts et grillés donnent le freekeh.
Autrefois, céréales et lentilles étaient conservées dans de grandes jarres en terre cuite, à l’abri de l’humidité et des insectes.
savoir hérité et travail collectif
Dans son ouvrage Rythmes damascènes, l’historien Mounir Kayyal montre que la mouné était aussi au cœur de l’économie populaire de Damas. Boulgour, kechek, fromage et œufs circulaient entre les campagnes et les marchés de la ville.
Ce système reposait sur les échanges entre paysans et artisans, assurant les besoins des familles tout en renforçant la complémentarité entre Damas et sa campagne.
Dans son ouvrage Damas…les secrets, paru en 1992, l’écrivain et chercheur Nasr al-Din al-Bahra présente la mouna comme une composante de la vie quotidienne des foyers damascènes.
La cour intérieure devenait ainsi un espace de travail familial et d’entraide.
De son côté, Adel Abou Chanab, dans Damas autrefois, documente les traditions populaires et leur évolution.
La préparation de la mouna illustrait cette culture de solidarité : voisines et parentes unissaient leurs efforts, échangeaient savoir-faire et récits, et renforçaient les liens entre familles.
L’entraide, l’âme de la mouneh
La mouneh est avant tout une tradition de partage. Voisines et parentes se réunissent pour préparer le makdous, trier la molokhia ou couper les poivrons. Entre travail, conversations et chansons, les savoir-faire se transmettent de génération en génération.
Souad Bakdounes, femme au foyer de la campagne de Damas, perpétue cette tradition héritée de sa mère et de sa grand-mère. Aujourd’hui, elle prépare la mouneh avec ses filles et ses belles-filles, dans un rituel annuel qui renforce les liens familiaux et transmet un précieux héritage.
Une vieille expérience renouvelée
Des recherches archéologiques montrent que la conservation des récoltes est une pratique ancienne dans le nord de la Syrie. Au fil des siècles, la mouneh s’est adaptée aux produits et aux traditions de chaque région.
Aujourd’hui, face au coût de la vie et de la réfrigération, le séchage, la saumure et la conservation dans l’huile retrouvent leur importance.
Plus qu’une réserve alimentaire, la mouneh reste un savoir transmis entre générations, qui préserve les saveurs et renforce les liens familiaux.





Wh/L.a.