Damas, (SANA) Sous une pluie battante, deux êtres solitaires se tiennent dans l’obscurité, cherchant quelqu’un pour les écouter. Ils racontent leur histoire qui rouvrent une profonde blessure humaine liée à l’aliénation, au déracinement et à la solitude.
C’est justement le contenue de la pièce de théâtre « La Nuit juste avant les forêts », présentée à l’Opéra de Damas les 18, 19 et 20 mai.
Briser le quatrième mur
Le réalisateur Montajed Saqr a choisi de briser le quatrième mur, afin que la scène devienne le prolongement direct des questions et des préoccupations du public.

Les deux personnages s’adressent directement aux spectateurs, lançant des questions ouvertes qui constituent l’essence du spectacle : le sens de la vie et la quête d’un lieu sûr dans un monde dur.
À de nombreux moments, le récit se transforme en une confession poignante où le souvenir du déplacement se mêle à la peur, à la solitude et au désir de s’exprimer, conférant à la performance un caractère intensément émotionnel et humain.
Dans une déclaration au correspondant de SANA, Saqr a expliqué que la pièce se concentre sur la souffrance de l’étranger et des personnes marginalisées dans une société qui ne laisse pas aux faibles l’espace de vivre ni même de parler, indiquant que le texte original écrit par Koltès en 1977 exprime l’état des sans-abris dans la société occidentale, mais qu’il porte une essence humaine universelle.
Il a indiqué qu’il avait réadapté le texte pour le rendre plus proche de l’ambiance syrienne et arabe, en utilisant une langue vernaculaire ainsi que des équations culturelles et sociales locales.
« Le spectacle ne repose pas sur une intrigue traditionnelle, mais sur des monologues qui révèlent l’après tragédie humaine résultant des guerres, des catastrophes et de la désintégration de la famille », a-t-il précisé.
Personnages entre douleur et espoir
L’artiste Ghassan Al-Dibs a estimé que le personnage qu’il interprète incarne une quête perpétuelle de l’essence de l’humanité face aux dures réalités du monde actuel.
« La pièce, malgré la souffrance qu’elle exprime, offre une lueur d’espoir et la possibilité d’une rédemption », a-t-il assuré.
Quant à l’artiste Racha Al Zoghbi, elle a expliqué que le texte original avait été écrit comme un monodrame, mais que le metteur en scène l’a réadapté sous forme de duodrame, à travers deux personnages qui se partagent la douleur et le rêve.
Al Zoghbi interprète un personnage qui porte l’espoir de fonder un syndicat défendant les droits des sans abri et des personnes marginalisées.
Un texte universel avec un esprit local
La pièce aborde les thèmes de l’aliénation, de la migration, de la solitude et de l’inégalité, thèmes centraux dans l’œuvre de Koltès, l’une des voix les plus marquantes du théâtre français contemporain.
Dans ce texte, le personnage principal devient la voix de tous ceux qui ont perdu leur place dans le monde, de tous ceux qui cherchent un toit pour la nuit ou une oreille attentive dans une société qui ne voit que les puissants.






W.H./ L.Arfi
