Damas, (SANA) Des journalistes et des juristes syriens ont affirmé que la progression remarquable réalisée par la Syrie dans l’indice de la liberté de la presse publié aujourd’hui par l’organisation Reporters sans frontières, reflète des changements essentiels dans l’environnement médiatique du pays, ainsi qu’une nette augmentation du niveau d’ouverture et de l’espace d’expression par rapport aux années précédentes.
Selon une déclaration à SANA, Milad Fadl, correspondant d’Al‑Jazeera et membre du bureau exécutif de l’Union des journalistes, a estimé que le rapport constitue un indicateur important d’une amélioration significative de la position de la Syrie dans le classement de la liberté de la presse, notamment grâce à un progrès sans précédent de cette ampleur.
Fadl a déclaré : « Cette évolution s’inscrit dans un contexte général de changements politiques et d’ouverture dans l’espace public, après une longue période de restrictions sévères et de dictature qui mettait tout au service d’une élite dirigeante au détriment du peuple, en utilisant notamment la répression de la liberté d’opinion et d’expression » .
Un saut qualitatif dans la liberté de la presse
Il a ajouté : « La Syrie a aujourd’hui réalisé un saut qualitatif en matière de liberté de la presse, et elle devrait occuper une position bien meilleure dans le classement, car les indicateurs internationaux mesurent souvent les aspects juridiques et structurels, alors que la réalité professionnelle quotidienne reflète un niveau d’amélioration très rapide » .
Fadl a souligné des changements tangibles dans la pratique professionnelle, tels que l’expansion du travail médiatique, la diminution des formes de pression directe, la diversité des sources d’information et des plateformes actives dans le pays. Il a noté que les médias publics eux‑mêmes se sont transformés en un pouvoir de contrôle relayant les préoccupations et les plaintes des citoyens, alors qu’ils étaient auparavant une source de falsification des faits et de glorification d’une seule personne.
Cependant, il estime que des défis persistent, notamment l’absence d’un cadre juridique complet protégeant les journalistes, la poursuite de certaines restrictions indirectes liées à l’accès à l’information, ainsi que les pressions économiques qui affectent l’indépendance des institutions médiatiques. Il a affirmé que l’amélioration actuelle nécessite des mesures institutionnelles plus profondes pour garantir une liberté de presse durable.
Un environnement d’expression plus large
De son côté, Hélène Malla Khalil, correspondante de la chaîne LTV, a estimé que l’avancée de la Syrie dans le rapport de l’organisation internationale est un reflet naturel de ce qu’on a observé sur le terrain, soulignant que le rapport n’est pas venu de nulle part, mais résulte de l’espace de liberté clairement visible lors des récentes manifestations et rassemblements.
Elle a déclaré : « Nous avons vu la porte s’ouvrir à tous pour exprimer leurs opinions librement, qu’elles soient positives ou négatives, sans restrictions ni craintes. Cela a donné une image réelle du dynamisme de la rue syrienne et de sa capacité à critiquer et à construire» .
Elle a salué le rôle du ministère de l’Information dans le soutien au travail des journalistes, ajoutant : « J’ai trouvé au ministère un véritable partenaire, qui nous a fourni toutes les facilités et les autorisations nécessaires, avec une réactivité rapide même tard dans la nuit, ce qui reflète une nouvelle mentalité de travail » .
Malla Khalil a évoqué les principaux changements ayant facilité le travail des journalistes, notamment la transformation du rôle des organismes de régulation, passés du contrôle au soutien, ce qui a donné aux journalistes un sentiment de sécurité, de responsabilité et de flexibilité sur le terrain, ainsi que la rapidité d’obtention des autorisations pour couvrir directement les événements populaires et les protestations.
Le plus grand défi reste « la responsabilité numérique », expliquant que les réseaux sociaux sont devenus un espace de diffusion d’incitations et d’insultes, ce qui nécessite une prise de conscience sociétale distinguant entre liberté d’opinion et discours de haine.
La Syrie retrouve son identité civilisationnelle
Le juriste syrien Mansour Al‑Omari a estimé que la progression de la Syrie dans l’indice de la liberté de la presse représente « une restitution de son identité civilisationnelle », après que le régime déchu avait terni sa réputation dans les forums internationaux en raison de la répression et des violations.
Il a déclaré : « Le fait que la Syrie sorte du bas du classement pour la première fois depuis 25 ans constitue un tournant historique et une reconnaissance internationale d’un changement réel et tangible sur le terrain », affirmant que cette avancée n’aurait pas été possible sans « les sacrifices des militants et des journalistes, les efforts des organisations syriennes qui ont documenté les violations, ainsi que le travail sincère des institutions de l’État et de ses ministères concernés ».
Al‑Omari a souligné que cette progression n’est pas la fin du chemin mais son début, affirmant la nécessité de développer les cadres juridiques protégeant la liberté de la presse et soutenant son indépendance, car « une presse libre et professionnelle est l’un des fondements de la construction et du développement en Syrie ».
Les journalistes et les juristes interrogés ont convenu que l’amélioration de l’indice de la liberté de la presse reflète un changement réel dans le paysage médiatique syrien, mais qu’elle nécessite en même temps un travail institutionnel continu pour en garantir la durabilité et renforcer un environnement médiatique fondé sur le professionnalisme, la transparence et le respect de la liberté d’expression.
AM.