Damas, (SANA) La Syrie entre en 2026 dans une phase économique décisive où les questions de reprise et de reconstruction figurent en tête des priorités nationales, dans un contexte marqué par une conviction croissante que la reconstruction de l’économie ne peut reposer sur l’État seul, mais nécessite un rôle central du secteur privé en tant que principal pilier de l’investissement, de la production, de la création d’offres d’emploi, ainsi que de l’attraction des capitaux et des expertises.

La tenue de la première Conférence nationale pour le dialogue du secteur privé syrien à Damas, du 1er au 3 juin 2026, a lieu pour confirmer cette orientation, en mettant l’accent sur la construction d’un partenariat efficace entre l’État, le secteur privé et les partenaires internationaux afin de soutenir le processus de reprise économique et de reconstruction.
Le secteur privé au cœur de la reconstruction
Les estimations récentes de la Banque mondiale indiquent que le coût de la reconstruction des actifs et des infrastructures endommagés en Syrie est évalué à environ 216 milliards de dollars, soit près de dix fois le produit intérieur brut syrien estimé pour 2024, ce qui confirme que le processus de reconstruction exige une mobilisation massive d’investissements privés nationaux et étrangers.
Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « Défis économiques et perspectives de reprise en Syrie pour l’année 2025 », publié le 7 juillet 2025, l’ampleur des dommages et des pertes cumulées subies par l’économie syrienne au cours des dernières années fait de la reconstruction l’un des plus grands défis de développement dans la région. Cela nécessite d’attirer des investissements de grande envergure provenant du secteur privé local et international, en complément du soutien international et institutionnel.
Dans ce contexte, le secteur privé représente la force susceptible de remettre en activité les établissements industriels, commerciaux et de services, ainsi que d’investir dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, de l’énergie, des transports et des services, contribuant ainsi à stimuler la croissance économique et à créer des offres d’emploi.

Le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Mohammad Nidal Al-Chaar, a souligné lors de la conférence que la Syrie s’oriente vers la construction d’un nouveau modèle économique fondé sur une économie productive, diversifiée et capable de s’intégrer aux chaînes de valeur régionales et internationales, insistant sur le fait que la renaissance économique moderne repose sur l’efficacité, la stabilité et de véritables partenariats.
Le partenariat entre l’État et le secteur privé
A l’ombre de l’ampleur des besoins liés à la reconstruction, l’importance de bâtir un modèle économique fondé sur la complémentarité entre l’État et le secteur privé apparaît clairement.

À cet égard, le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a assuré que l’avenir de l’économie syrienne ne peut être construit qu’à travers un partenariat total entre les secteurs public et privé, affirmant que le secteur privé sera le principal partenaire dans la conduite de la croissance économique, l’attraction des investissements et la création d’offres d’emploi durant la phase de reprise.
Cette vision est conforme à ce qu’a affirmé la Banque mondiale dans sa déclaration intitulée « Réengagement du Groupe de la Banque mondiale et soutien à la reprise de la Syrie », publiée le 19 novembre 2025, dans laquelle elle a souligné que la réalisation d’une reprise économique durable nécessite l’autonomisation du secteur privé, l’amélioration de l’environnement des affaires et le rétablissement de la confiance dans les institutions économiques et financières, ainsi que le développement des infrastructures et des services essentiels constituant une base indispensable pour attirer les investissements et stimuler l’activité économique.
La Banque mondiale a également indiqué dans cette même déclaration que la croissance durable et la création d’emplois nécessitent un renforcement du rôle du secteur privé en tant que principal pilier de l’action économique, tout en mettant en place les cadres réglementaires et institutionnels en mesure de soutenir l’investissement et la production.
Les exonérations fiscales et la modernisation des lignes de production
Les incitations fiscales et l’amélioration de l’environnement financier figurent parmi les principaux outils nécessaires pour soutenir le secteur privé pendant la phase de reconstruction.
De nombreuses entreprises industrielles et productives continuent en effet de faire face à d’importants défis en raison des dommages subis durant les années de guerre, auxquels s’ajoutent l’obsolescence des lignes de production et l’augmentation des coûts d’exploitation.
Dans ce contexte, le ministre des Finances a précisé que le gouvernement a procédé à une révision complète du système fiscal syrien et que les nouvelles législations se sont concentrées sur la mise en place d’un environnement favorable aux secteurs industriel, commercial, touristique et à d’autres secteurs.
Il a également indiqué que des exonérations fiscales d’une durée de quatre ans ont été accordées, que les prêts en difficulté ont été traités et que des facilités de financement ont été mises en place afin d’aider à l’importation de technologies modernes et au développement des installations de production.
Ces mesures revêtent une importance particulière car elles contribuent à alléger les charges pesant sur les investisseurs et encouragent la remise en activité des usines à l’arrêt ainsi que l’expansion des investissements existants.
Elles favorisent également la modernisation des lignes de production, l’amélioration de la qualité des produits syriens et la consolidation de leur compétitivité sur les marchés locaux et internationaux, ce qui constitue l’une des conditions essentielles à la réussite de la phase de reprise économique.
Les partenariats internationaux et le soutien au développement
Selon la vision des partenaires internationaux, le rôle du secteur privé acquiert une importance croissante dans le soutien aux efforts de reconstruction.

Dans ce cadre, le vice-ministre japonais des Affaires étrangères, Yohei Onishi, a indiqué que le dialogue entre les secteurs public et privé soutient le processus de reprise, de reconstruction et de développement économique en Syrie, réaffirmant le soutien de son pays au rôle du secteur privé syrien et à sa contribution aux efforts de reconstruction.
La Banque mondiale a également annoncé des programmes de financement et d’assistance technique pour la Syrie dans sa déclaration intitulée « Une subvention de 146 millions de dollars pour améliorer l’approvisionnement en électricité et soutenir le développement du secteur », publiée le 25 juin 2025. Elle y a confirmé que la réhabilitation des infrastructures essentielles, en particulier du secteur de l’électricité, constitue une étape indispensable pour créer un environnement favorable à l’investissement privé et renforcer l’activité économique et productive.
Dans le cadre du soutien aux réformes économiques et institutionnelles, la Banque mondiale a aussi annoncé, dans sa déclaration intitulée « Une nouvelle subvention de 20 millions de dollars pour renforcer la gestion des finances publiques en faveur de la reprise et du développement de la Syrie », publiée le 11 mars 2026, que le développement de la gestion des finances publiques et le renforcement de l’efficacité des institutions gouvernementales constituent une composante essentielle du processus de reprise économique et contribuent à créer un environnement plus stable et plus transparent pour attirer les investissements nationaux et étrangers.
De son côté, le ministre des Finances a affirmé que le renforcement de la coopération avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Banque islamique de développement ainsi qu’avec d’autres institutions financières et de développement régionales et internationales constitue un indice important du retour de la confiance dans l’économie syrienne, ce qui soutient les efforts de réforme économique, de reconstruction et de développement.
Les indices gouvernementaux et internationaux démontrent que le secteur privé sera l’un des principaux piliers de la reprise et de la reconstruction en Syrie au cours des prochaines années.




André Chatta