Damas (SANA) La révolution syrienne a atteint la Ghouta orientale, à l’est de Damas, en mars 2011, au moment même où éclataient les manifestations dans la ville de Daraa.
À cette époque, d’importantes manifestations pacifiques avaient eu lieu, réclamant la liberté et la chute du régime répressif. Au fil des mois, la région est devenue l’un des principaux bastions de l’opposition armée aux abords de la capitale.
Par la suite, la Ghouta orientale a subi des années de siège militaire et de frappes aériennes, notamment l’attaque chimique du 21 août 2013, l’un des épisodes les plus sombres de la guerre en Syrie.
La révolution commence aux abords de Damas
Des manifestations pacifiques ont débuté dans plusieurs villes de la Ghouta orientale, notamment Douma, Harasta, Zamalka, Aïn Tarma et Saqba, où les manifestants réclamaient liberté et dignité.
Face à la répression croissante des premières manifestations, les protestations se sont rapidement étendues aux abords de Damas. La région a été le théâtre de mobilisations massives lors de ce qui est devenu le « Vendredi de la Dignité », où les funérailles des victimes de la répression se sont transformées en manifestations de grande ampleur exigeant la chute du régime.

Le 15 avril 2011, lors de ce qui est devenu le « Vendredi de la Détermination », des foules immenses ont envahi les rues. Des dizaines de milliers de manifestants ont tenté de marcher vers la capitale, Damas, et d’atteindre la place Abbasiyyin, mais les forces du régime les ont repoussés à coups de gaz lacrymogènes et de balles réelles, les empêchant d’entrer dans la ville.
Ce même mois, des foules d’habitants de la Ghouta ont tenté de marcher vers Damas pour protester, mais les forces de sécurité ont riposté par des tirs et des arrestations de civils.
Le tournant vers les armes
La Ghouta orientale est progressivement devenue l’un des bastions les plus importants de l’opposition armée dans la campagne damascène. Plusieurs factions locales se sont formées dans la région afin de la défendre. Cette situation a conduit le régime à imposer un siège strict qui a duré des années, de 2013 à 2018.
Les régions de Ghouta, de Zamalka et d’Aïn Tarma ont été la cible d’attaques chimiques, faisant des centaines de victimes.
Selon un rapport de Human Rights Watch, le régime syrien a lancé plusieurs missiles sol-sol chargés d’agents chimiques contenant du gaz sarin ou une substance toxique similaire.

Le rapport a indiqué qu’au moins huit missiles avaient été lancés lors de l’attaque, tandis que des habitants de la Ghouta orientale ont affirmé que la zone avait été bombardée par une douzaine de missiles transportant des ogives chimiques. Selon diverses estimations, l’attaque aurait fait environ 1 400 victimes civiles.
Le début du siège
Le gouvernement syrien a commencé à imposer un siège progressif à la Ghouta orientale en mai 2013, qui est finalement devenu l’un des sièges les plus longs et les plus brutaux de la guerre en Syrie.

Durant ces années, près de 400 000 civils ont vécu dans des conditions humanitaires extrêmement difficiles, l’accès à la région étant fermé et l’acheminement de nourriture et de médicaments était interdit. Cette situation a engendré la famine, la propagation de maladies et une détérioration générale des conditions de vie.
Le siège a duré environ cinq ans, jusqu’à la prise de contrôle de la zone par les troupes du régime en avril 2018.
La politique de « Famine ou capitulation »
Selon divers médias, le régime criminel a mis en œuvre une stratégie dite de « Famine ou capitulation » pour soumettre les zones hors de son contrôle.
Dans le cadre de cette politique, l’entrée de nourriture, de médicaments et de carburant dans la Ghouta orientale a été restreinte, entraînant une forte hausse des prix des produits de première nécessité comme le sucre et le riz.
Confrontés à des pénuries alimentaires, certains habitants ont été contraints de se contenter d’un seul repas par jour, voire de manger des feuilles d’arbres.
Parallèlement, la région a subi des bombardements continus à l’aide de divers types d’armements, entraînant la destruction des infrastructures et des attaques contre les hôpitaux, les marchés et les commerces.
Tunnels et moyens de défense
Durant le siège, habitants et combattants s’appuyaient sur un vaste réseau de tunnels pour acheminer clandestinement des vivres essentiels vers la Ghouta orientale.
En raison de l’intensité des bombardements, certains habitants furent contraints de vivre sous terre pour se protéger des frappes aériennes.
Pour survivre, de nombreuses familles avaient procédé à cultiver les terres disponibles afin d’assurer leur sécurité alimentaire et de réduire le risque de famine.

Pour survivre, de nombreuses familles avaient procédé à cultiver les terres disponibles afin d’assurer leur sécurité alimentaire et de réduire le risque de famine.
Elles recyclaient également les sacs en plastique pour en extraire le combustible nécessaire à la cuisson et au chauffage de leurs habitations, ainsi qu’à l’alimentation des générateurs électriques acheminés par les tunnels.
L’électricité produite par ces générateurs permettait aux habitants de rester en contact avec le monde extérieur grâce à Internet.
Confrontés aux pénuries alimentaires, certains habitants broyaient des aliments pour animaux afin de faire du pain ou torréfiaient de l’avoine pour préparer une boisson semblable au café, tandis que les herbes sauvages s’intégraient à l’alimentation quotidienne de nombreuses familles.
Craignant la campagne de bombardements criminels du régime, les habitants utilisaient également les sous-sols des écoles et des hôpitaux comme lieux de stockage alimentaire.
Pertes humanitaires
Le directeur du Réseau syrien pour les droits de l’homme, Fadel Abdul Ghani, a déclaré que le régime déchu avait non seulement utilisé le siège comme une arme de guerre, mais aussi comme un moyen de soumettre la population civile à la famine et de la priver des services essentiels. Il a ajouté que le siège était devenu une forme de châtiment collectif infligé à la population civile.
Selon le Réseau syrien pour les droits de l’homme, le siège imposé à la Ghouta orientale jusqu’au 22 octobre 2017 a entraîné la mort d’au moins 397 civils, victimes de la famine et du manque de médicaments, dont 206 enfants et 67 femmes.
L’organisation a indiqué que la plupart des décès concernaient les groupes les plus vulnérables, tels que les nourrissons, les personnes âgées et les malades, ainsi que les personnes blessées lors des bombardements et n’ayant pas reçu de soins médicaux adéquats.
Les souffrances de la population durant le siège
Les habitants de la Ghouta orientale ont enduré des années d’un siège implacable, caractérisé par une famine généralisée, de graves pénuries de nourriture et de médicaments, et des bombardements incessants.
Cette situation a engendré une grave crise humanitaire et un effondrement économique généralisé dans la région.
Parmi les principales souffrances endurées par la population, on peut citer :
*Le blocus alimentaire et médical : l’interdiction d’acheminer des approvisionnements dans la région a entraîné une flambée des prix et une malnutrition généralisée, notamment chez les enfants.
*Les bombardements et les destructions : les attaques contre les quartiers résidentiels, les hôpitaux et les écoles ont provoqué d’importantes destructions d’infrastructures et des déplacements de population.
*L’effondrement économique : le pouvoir d’achat de la population s’est effondré en raison de la hausse du coût des produits de première nécessité et de la fermeture des voies commerciales.
La Ghouta orientale a été l’une des régions ayant opposé la plus grande résistance et contribué le plus au triomphe de la révolution syrienne… Les habitants mêmes de la Ghouta, déportés à Idleb et à Alep, ont poursuivi la lutte jusqu’à la réalisation du rêve tant espéré par le peuple syrien, le 8 décembre 2024, date de la libération de la Syrie.
Esraa Dubian/R.B.