Damas, (SANA) Dans un pays ravagé par des années de guerre, de violence et d’effondrement social, l’enfance syrienne fait aujourd’hui face à un défi historique qui dépasse la simple question de l’accès à la nourriture et à l’éducation : il s’agit désormais de reconstruire l’être humain lui-même dès ses premières années de vie.
Les enfants nés durant les années de la révolution, ou ayant grandi sous les bombardements, le déplacement forcé et la pauvreté causés par les crimes du régime déchu, portent de profondes séquelles psychologiques, éducatives et de santé. Cela fait de tout projet national consacré à la petite enfance une étape décisive dans le processus de rétablissement national et de reconstruction du tissu social syrien.
Dans ce contexte, le lancement de la Stratégie nationale pour le développement de la petite enfance en Syrie pour les années 2026-2030, en coopération entre le ministère des Affaires sociales et du Travail, l’Autorité syrienne des affaires familiales et de la population, et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), démontre que la question de l’enfance est désormais au cœur des priorités de l’État, de la société et des organisations internationales, après de longues années durant lesquelles les enfants syriens ont payé un lourd tribut.
7 736 enfants arrêtés par le régime déchu depuis 2011 jusqu’à la libération
Les années passées ont laissé une réalité tragique pour les enfants en Syrie. Le Réseau syrien des droits de l’homme a authentifié, dans ses rapports, l’ampleur des violations relatives à la torture dans les centres de détention du régime déchu.
Selon les statistiques publiées par le Réseau syrien des droits de l’homme en août 2025, le régime déchu est responsable de la mort de 45 032 personnes sous la torture, dont 216 enfants et 95 femmes.
Le réseau a également indiqué que le régime déchu avait arrêté 7 736 enfants, dont certains sont toujours portés disparus de force, entre mars 2011 et la libération, tandis que les violations commises dans les centres de détention et les branches sécuritaires du régime déchu continuaient d’être authentifiées tout au long des années de la révolution.
UNICEF : près de 7,5 millions d’enfants en Syrie ont besoin d’une aide humanitaire urgente
Les rapports des Nations unies confirment que les enfants syriens continuent de faire face à des conditions humanitaires et sociales extrêmement difficiles après de longues années de guerre, à l’ombre de crises économiques et sociales persistantes affectant directement leur vie, leur santé et leur éducation.
Selon un rapport de l’UNICEF, environ 7,5 millions d’enfants en Syrie ont besoin d’une aide humanitaire urgente, tandis que des millions d’autres souffrent des conséquences du déplacement, de la pauvreté et de la faiblesse des services essentiels.
Le rapport souligne également que la crise humanitaire a lourdement affecté le secteur de l’éducation : plus de 2,45 millions d’enfants sont déscolarisés, et plus d’un million risquent d’abandonner l’école, notamment les enfants en situation de handicap et ceux vivant dans les zones les plus vulnérables. Cette situation menace l’avenir de toute une génération par davantage de pauvreté, de marginalisation et d’exclusion sociale.
Sur le plan psychologique et social, le rapport indique qu’environ 6,4 millions d’enfants ont besoin de services de protection et de soutien psychologique en raison des traumatismes liés à la guerre, à la violence, au déplacement et à la perte de proches. Cela fait du soutien psychosocial un élément essentiel de toute stratégie nationale visant à protéger les enfants et à favoriser leur réintégration dans la société.
Concernant la santé et la nutrition, l’UNICEF précise que 5,7 millions de personnes en Syrie ont besoin d’une aide alimentaire et nutritionnelle. Environ 85 % des familles syriennes rencontrent des difficultés à couvrir leurs besoins essentiels, ce qui affecte directement le développement physique et mental des enfants, notamment durant les huit premières années de leur vie, considérées comme la période la plus importante dans la construction de leur personnalité et de leurs capacités futures.
Nations unies : le développement de la petite enfance n’est plus un choix
De son côté, la représentante adjointe de l’UNICEF en Syrie, Zeinab Adam, a souligné que le développement de la petite enfance n’est plus « un choix », mais une « nécessité urgente » afin de garantir à chaque enfant sa chance de vivre et d’apprendre.
Elle a affirmé que l’approche moderne du développement de l’enfant repose sur une vision intégrée comprenant la nutrition, les soins de santé, l’éducation préscolaire, la protection sociale, le recyclage de l’eau usée et l’accès à l’eau et, ainsi que le soutien aux familles et aux sociétés locales.
Selon elle, le lancement de cette stratégie représente un engagement collectif visant à transformer ces principes en résultats concrets pour les enfants syriens, en particulier les plus vulnérables et ceux en situation de handicap.
Prendre soin de l’enfance et la renforcer : une porte vers le rétablissement national
Lors du lancement de la stratégie à Damas, le représentant du ministère des Affaires sociales et du Travail, Bahjat Hajar, a indiqué que la Syrie s’oriente vers « l’investissement dans l’être humain dès ses premières années », estimant que les premières étapes de la vie de l’enfant constituent la base essentielle de ses capacités cognitives, psychologiques, sociales et physiques.
Il a révélé plusieurs chiffres illustrant l’ampleur des défis auxquels l’enfance syrienne est confrontée : 5,5 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, tandis que le taux de retard de croissance atteint 17,3 %. De plus, les taux d’abandon scolaire dans certains gouvernorats dépassent 30 %.
La présidente de l’Autorité syrienne des affaires familiales et de la population, Haïfa Ismaïl, a qualifié la stratégie de « fruit d’une longue coopération » entre les institutions gouvernementales, les organisations internationales et la société civile. Elle a précisé qu’elle repose sur des études, des recherches et une analyse approfondie de la situation actuelle de l’enfance syrienne.
Elle a ajouté que l’accent a été mis sur le renforcement des familles, le développement des compétences des personnes en charge des enfants, l’amélioration des législations relatives à la petite enfance et le renforcement du partenariat social, afin de garantir un investissement sain dans l’enfant et de réaliser un développement durable.
Ainsi, la Stratégie nationale pour le développement de la petite enfance représente une véritable opportunité de replacer l’enfant syrien au cœur du processus de rétablissement national, en tant que fondement de l’avenir et investissement le plus précieux qu’un État puisse faire pour se reconstruire après les années de révolution.
André Chatta