Damas, (SANA) Avec l’entrée de la Syrie dans la phase post-libération, la priorité ne se limite plus à la reconstruction matérielle. La bataille la plus profonde et la plus complexe consiste désormais à démanteler le système de corruption enraciné depuis des décennies sous le régime déchu.
Ce système n’était pas constitué de cas isolés, mais d’un réseau intégré s’étendant à travers les institutions de l’État, ayant épuisé les ressources publiques et affaibli l’économie nationale.
Aujourd’hui, le nouveau gouvernement place la lutte contre la corruption et la récupération des fonds détournés en tête de ses priorités, comme condition essentielle à toute véritable reprise économique.
Un lourd héritage de corruption systémique
Durant les années du régime déchu, la corruption s’est transformée en une structure quasi officielle opérant de l’intérieur même des institutions. Il ne s’agissait pas seulement de pots-de-vin ou de manipulations administratives, mais d’un niveau profond de détournement de fonds publics, de transfert de richesses à l’étranger et d’abus de pouvoir à des fins personnelles au détriment de l’économie nationale.
Cet héritage lourd a entraîné une perte de confiance dans les institutions, un effondrement du climat d’investissement et une érosion du pouvoir d’achat des citoyens. Il a également creusé l’écart entre l’État et la société, rendant la justice absente et la reddition de comptes quasi inexistante.
Le nouveau gouvernement et le lancement de la bataille de récupération
Face à cette réalité, le nouveau gouvernement a lancé une vaste campagne visant à démanteler les réseaux de corruption, poursuivre les responsables et récupérer les fonds détournés. Cette campagne comprend des mesures de contrôle et judiciaires intensives, ainsi que la réactivation du rôle des organes de supervision et d’inspection.
Les résultats de ces efforts apparaissent clairement au cours du premier trimestre 2026, où les chiffres révèlent une action concrète sur le terrain, reflétant le sérieux de l’État dans ce dossier.
Analyse des chiffres du premier trimestre 2026
Les données indiquent que le mois de janvier a enregistré la récupération d’environ 10 milliards 518 millions de livres syriennes, (équivalant de 94 756 dollars), provenant d’affaires de corruption anciennes, un chiffre qui reflète l’ampleur des pertes passées et donne une indication initiale du potentiel de récupération des ressources.
En février, le rythme de travail s’est poursuivi avec la récupération d’environ 180 millions 390 mille livres syriennes (équivalant de 16 251 dollars) supplémentaires, parallèlement au renvoi de 88 affaires devant la justice compétente, ce qui montre le passage de la simple détection à une poursuite judiciaire effective.
En mars, environ 43 millions 494 mille livres syriennes (équivalant de 3 918 dollars) supplémentaires ont été récupérées, tandis que le nombre de personnes sanctionnées administrativement a atteint 1 023, un chiffre qui reflète l’élargissement du champ de la responsabilité au sein de l’appareil administratif.
Sur le plan judiciaire, les chiffres révèlent le traitement de 865 affaires durant cette période, en plus du renvoi de 618 personnes devant la justice, tandis que 67 personnes ont été déférées devant des tribunaux disciplinaires, confirmant l’existence de deux voies parallèles : judiciaire et administrative.
Signification des chiffres et impact économique
Ces chiffres ne peuvent être dissociés du contexte économique général. La récupération de milliards de livres, même progressive, signifie un renforcement du trésor public, une réduction du besoin de financement extérieur et l’ouverture de perspectives pour orienter les ressources vers des projets de reconstruction et des services essentiels.
La poursuite d’un tel nombre d’affaires et de personnes envoie également un message clair : l’ère de l’impunité est révolue, un facteur décisif pour attirer les investissements, qu’ils soient locaux ou étrangers. L’investisseur recherche avant tout un environnement juridique stable et transparent, ce que le gouvernement s’efforce d’instaurer.
Les défis persistants
En dépit de ces indices positifs, les défis restent importants. Les réseaux de corruption accumulés au fil des années ne peuvent être démantelés rapidement, et la récupération des fonds transférés à l’étranger nécessite une coopération internationale et des procédures juridiques complexes.
En outre, la réforme administrative demeure une nécessité urgente, car la lutte contre la corruption ne se limite pas à la responsabilisation, mais inclut également la construction d’un système institutionnel empêchant sa réapparition.
Les données du premier trimestre 2026 montrent que la Syrie est effectivement entrée dans une nouvelle phase de lutte contre la corruption, fondée sur des résultats concrets et des actions plutôt que sur des slogans.
Bien que le chemin reste long, les indices actuels reflètent une détermination politique claire de reconstruire l’État sur des bases de transparence et de responsabilité.
Le succès de cette bataille ne se limitera pas à la récupération des fonds détournés, mais s’étendra à la restauration de la confiance des citoyens, à la relance de l’économie et à la mise de la Syrie sur la voie d’une reprise réelle et durable.
André Chatta