Damas, (SANA) La Journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque année le 20 juin, intervient alors que la Syrie connaît des évolutions rapides sur la question des réfugiés et des déplacés, après des années de guerre qui ont contraint des millions de Syriens à quitter leurs foyers, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
En dépit des défis persistants liés à la reconstruction et à l’amélioration des services de base, les signes de retour volontaire se multiplient, soutenus par les efforts du gouvernement, ainsi que par des initiatives et programmes internationaux visant à créer les conditions propices à la stabilité et à favoriser la réintégration des personnes de retour dans leurs communautés.
La Syrie demeure l’une des principales questions de déplacement au monde. Les années de guerre imposées par le régime déchu ont provoqué l’une des plus vastes vagues de déplacement de l’époque contemporaine. Toutefois, avec les transformations actuellement dans le pays, les indices de retour des réfugiés et des déplacés se renforcent. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité tenue à la mi-mai, le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi, a indiqué que le nombre total de réfugiés et de personnes déplacées rentrés en Syrie avait dépassé les 3,5 millions.
Ces données confirment les conclusions du rapport annuel du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), publié le 11 juin 2026, selon lequel environ 1,3 million de Syriens sont retournés chez eux en 2025. Cette évolution a contribué à faire reculer le nombre de réfugiés syriens dans le monde à 4,9 millions de personnes à la fin de l’année, contre près de 6 millions en 2024.
Les données du HCR montrent également une nette accélération des retours au cours de l’année 2025. Près d’un million de déplacés internes ont regagné leurs régions d’origine entre janvier et juin, tandis que plus de 526 000 réfugiés syriens sont revenus de l’étranger durant la même période. Ce chiffre a ensuite atteint environ un million de retours depuis l’étranger à la mi-septembre.
Selon le HCR, la Syrie a enregistré l’un des plus importants mouvements de retour au monde en 2025. Avec cinq autres pays, elle a concentré la plus grande part des retours de réfugiés et de déplacés à l’échelle mondiale, avec environ 1,5 million de retours durant le premier semestre de l’année.
Les réfugiés entre protection juridique et droit au retour
La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, qui constitue la référence fondamentale du droit international des réfugiés, garantit aux personnes fuyant les persécutions le droit à une protection internationale et interdit leur renvoi forcé vers des lieux où leur sécurité pourrait être menacée. Elle leur reconnaît également un ensemble de droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé, aux services juridiques et à la liberté de circulation.
La Convention établit une distinction entre réfugié et migrant : le réfugié quitte son pays par nécessité, afin de préserver sa vie ou sa liberté, tandis que le migrant se déplace généralement pour des raisons économiques ou sociales. Cette différence confère aux réfugiés un statut juridique particulier et une protection renforcée au regard du droit international.
« Syrie sans camps »
Avec l’augmentation du nombre de retours, l’initiative «Syrie sans camps » s’est imposée comme l’un des principaux projets nationaux visant à traiter la question du déplacement interne et à mettre fin à la dépendance aux camps, qui ont servi de refuge temporaire à des millions de Syriens pendant des années.
Dans ce cadre, le président Ahmad al-Charaa a promulgué, le 10 mars 2026, le décret n°59 instituant une commission présidée par le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes. Cette commission est chargée de préparer les infrastructures dans les zones affectées afin de permettre le retour des habitants, dans une démarche orientée vers des solutions durables favorisant la stabilité et garantissant un retour sûr et digne.
En dépit des progrès réalisés, les camps demeurent l’un des plus grands défis humanitaires du pays. Les opérations de recensement menées dans le gouvernorat d’Idleb ont identifié 1 523 camps abritant environ 400000 familles, selon les déclarations du ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, lors de ses discussions avec la coordinatrice humanitaire résidente des Nations unies en Syrie, Nathalie Fustier. Les opérations de recensement se poursuivent dans les autres gouvernorats.
Un soutien international au retour de la stabilité
La mise en œuvre de l’initiative « Syrie sans camps » s’accompagne de programmes de reprise économique et de réhabilitation des services essentiels soutenus par les institutions financières internationales.
Dans ce contexte, le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a annoncé l’approbation par la Banque mondiale du financement de quatre projets majeurs : la réhabilitation du réseau de transport d’électricité pour un montant de 146 millions de dollars, un projet de renforcement de la gestion des finances publiques d’une valeur de 20 millions de dollars, un projet dans le secteur de l’eau doté de 150 millions de dollars, ainsi qu’un projet de santé de 75 millions de dollars.
Ces projets visent à améliorer l’accès à l’eau potable, à réhabiliter les réseaux d’eau usée et à renforcer les services de soins de santé primaires, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie dans les régions qui accueillent le retour des déplacés et des réfugiés.
Le ministre a également indiqué que d’autres projets étaient en préparation dans les domaines de l’éducation, de l’énergie, de la transformation numérique, du secteur financier et de la protection sociale, pour une valeur totale estimée à 1,4 milliard de dollars. Il a souligné que le succès des plans de retour et de stabilisation dépend directement de la réhabilitation des infrastructures et des services essentiels.
Alors que se poursuivent les efforts du gouvernement et de la communauté internationale en faveur du rétablissement et de la reconstruction, la Syrie s’engage dans une nouvelle phase fondée sur le renforcement de la stabilité et la reconstruction de ce que la guerre a détruit, créant ainsi de meilleures conditions pour le retour volontaire et offrant à des millions de Syriens la possibilité de retrouver leur vie et de reprendre leurs activités dans leur pays.
André Chatta