Damas, (SANA) Dans une étape qualifiée d’historique, le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a clos hier, mercredi, le dossier de non-conformité concernant la Syrie, après avoir adopté à l’unanimité une résolution retirant cette question de son ordre du jour, à la suite de l’accomplissement des exigences techniques et juridiques relatives au dossier.
Cette résolution marque un tournant important dans les relations entre la Syrie et le système nucléaire international. Elle ouvre la voie au passage d’une longue période consacrée au règlement de dossiers en suspens à une nouvelle phase axée sur l’élargissement de la coopération dans les usages pacifiques de la technologie nucléaire.
Une résolution qui met fin à une période ouverte en 2011
Le dossier de non-conformité trouve son origine dans des actions nucléaires non déclarées associées au régime déchu, notamment sur le site d’Al-Kibar, dans le gouvernorat de Deir Ezzor, bombardé par Israël en 2007. En 2011, l’AIEA avait constaté des questions relatives aux obligations de la Syrie au titre de son accord de garanties.
Après la libération, en décembre 2024, le nouvel État syrien a adopté une approche différente dans le traitement de cet héritage, fondée sur la coopération directe, la transparence et l’accès accordé aux équipes de l’Agence.
En l’espace d’environ un an et demi, cette coopération s’est progressivement développée : des premiers contacts entre le gouvernement syrien et le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, au début de l’année 2025, jusqu’aux visites techniques et aux prélèvements d’échantillons environnementaux, puis à la déclaration volontaire faite par la Syrie en juillet 2026 concernant des matières nucléaires présentes sur un site qui n’avait pas été déclaré auparavant, accompagnée d’une invitation adressée à l’Agence afin qu’elle procède à leur vérification sur place.
Deir Ezzor : traiter l’héritage du programme précédent
Le site de Deir Ezzor a constitué l’une des étapes les plus importantes de ce processus. L’État syrien a permis à l’AIEA d’y accéder et d’y mener des opérations de vérification, de forage et d’exploration.
Il a également accueilli les équipes de l’Agence chargées de vérifier les matières nucléaires dont Damas avait volontairement signalé l’existence.
Lors de sa visite en Syrie les 17 et 18 août derniers, Grossi s’est rendu sur le site de Deir Ezzor et a mené, avec l’équipe de l’AIEA, des opérations de vérification et de prélèvement d’échantillons.
Les deux parties ont considéré cette étape comme un progrès important vers le règlement des questions de garanties encore en suspens.
Le ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, avait alors souligné que la Syrie avait pris l’initiative d’informer l’Agence de ces questions.
Il avait également insisté sur le fait que les matières nucléaires présentes sur le territoire syrien demeuraient sous la garde et la responsabilité souveraine de la Syrie, tout en réaffirmant l’engagement total de Damas à respecter ses obligations internationales.
De son côté, Grossi avait qualifié la coopération avec le gouvernement syrien comme une « occasion historique » et une véritable avancée, estimant que la résolution syrienne de permettre à l’Agence de travailler dans un climat de transparence avait joué un rôle essentiel dans les progrès accomplis.
De la clôture du dossier à l’ouverture d’une nouvelle page
L’importance de la résolution du Conseil des gouverneurs ne se limite pas au retrait d’un article de son ordre du jour. Cette mesure comporte également des dimensions politiques, juridiques et scientifiques plus larges.
Elle marque le passage d’une relation centrée sur le règlement des dossiers en suspens à une coopération normale dans les domaines des usages pacifiques de l’énergie nucléaire, dans le cadre de l’accord de garanties et du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
La Commission syrienne de l’énergie atomique a souligné que la fin de la situation de non-conformité renforce le droit de la Syrie à développer les sciences et les technologies nucléaires à des fins pacifiques, notamment dans les domaines de la médecine radiologique, de l’agriculture, de la recherche, de l’énergie ainsi que de la gestion de l’eau et de l’environnement.
Cette nouvelle étape intervient alors que les effets de la coopération commencent déjà à se manifester concrètement dans le secteur syrien de la santé.
Le 14 juillet, la Syrie a ainsi inauguré, en coopération avec l’AIEA, un système avancé de curiethérapie à l’hôpital Al-Birouni de Damas pour le traitement du cancer du col de l’utérus, dans le cadre de l’initiative « Rayons d’espoir ».
Grossi a affirmé que l’Agence continuerait à soutenir la Syrie en matière d’équipements et de formation, notamment par des travaux visant à fournir des appareils de tomodensitométrie (CT) et de PET/CT.
Une coopération qui dépasse le dossier nucléaire
La coopération entre la Syrie et l’AIEA s’inscrit dans le cadre d’une dynamique qui va au-delà du simple règlement du dossier de non-conformité.
La Commission syrienne de l’énergie atomique a notamment participé aux réunions d’ARASIA à Vienne le 10 mai et commencé à travailler sur des projets techniques communs dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’industrie et de la recherche scientifique, parallèlement à des programmes destinés à renforcer les capacités des cadres nationaux et à favoriser les échanges d’expertise.
La Syrie a également pris des mesures concrètes pour renforcer la sûreté et la sécurité radiologiques. En juillet, la Commission syrienne de l’énergie atomique est notamment intervenue après la découverte, à Homs, d’un conteneur renfermant des matières radioactives. Celui-ci a été sécurisé et transporté conformément aux procédures internationales de sûreté, sans qu’aucune fuite radioactive ni aucun danger pour la population ou l’environnement ne soient enregistrés.
Dans un autre dossier, la Syrie œuvre, en coordination avec l’AIEA et des partenaires internationaux, pour le remplacement du combustible hautement enrichi du réacteur de recherche syrien « MNSR » par du combustible faiblement enrichi. Cette mesure technique vise à améliorer le niveau de sûreté et à réduire les risques, tout en maintenant la propriété de l’État sur le réacteur et son utilisation à des fins scientifiques et de recherche pacifique.
Un accueil favorable arabe et international à la clôture du dossier syrien de « non-conformité » nucléaire
Les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, la Lettonie et l’Union européenne ont mis en exergue la résolution du Conseil des gouverneurs de l’AIEA de retirer le dossier de « non-conformité » concernant la Syrie.
Ils ont estimé que cette mesure était le résultat de la coopération et de la transparence syriennes et qu’elle contribuait au renforcement du régime international de non-prolifération nucléaire.
Dans le monde arabe, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar et le Koweït ont également mis l’accent sur la résolution. Ces pays ont mis en avant la coopération de la Syrie avec l’Agence ainsi que le consensus ayant permis l’adoption de la résolution, tout en réaffirmant leur soutien à la Syrie dans ses efforts visant à renforcer sa sécurité, sa stabilité et sa souveraineté ainsi qu’à poursuivre sa reconstruction.
Les prises de position arabes et internationales ont souligné que cette résolution ouvre une nouvelle phase de coopération entre la Syrie et l’Agence internationale de l’énergie atomique, renforce la confiance internationale et permet à la Syrie de bénéficier davantage des applications pacifiques de l’énergie nucléaire dans les domaines du développement et de la reconstruction.
Cette résolution constitue ainsi un tournant dans l’évolution des relations entre la Syrie et l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Après des années durant lesquelles le nom de la Syrie a été associé au dossier de non-conformité, Damas dispose désormais d’une occasion de reconstruire sa présence au sein du système international de coopération nucléaire sur la base de la transparence, de la responsabilité, de la souveraineté et de l’utilisation pacifique de la technologie.
André Chatta