Damas, (SANA) Avec l’escalade de la guerre américano-israélo-iranienne et la fermeture qui en a résulté du détroit d’Ormuz, les marchés mondiaux de l’énergie ont connu un choc sans précédent.
Les conséquences ne se limitent pas aux marchés internationaux mais touchent directement les pays importateurs, notamment la Syrie, déjà confrontée à une pénurie aiguë de produits pétroliers et de gaz.
La fermeture de l’approvisionnement mondial et la hausse des prix ont accru la pression sur le marché local syrien, entraînant une baisse de la capacité d’importation et une augmentation des coûts pour le carburant, ce qui impacte les secteurs de l’électricité, des transports et de l’industrie.
La région de la Jazira : une source stratégique pour compenser le déficit intérieur
Dans ce contexte, la région de la Jazira en Syrie émerge comme un choix stratégique pour compenser le déficit national en pétrole et gaz, réduisant la dépendance à des marchés extérieurs instables. Cette région constitue le principal gisement pétrolier du pays et héberge la majorité des champs syriens.
Les économistes estiment que la remise en production des champs de la Jazira pourrait contribuer directement à améliorer la sécurité énergétique intérieure et réduire la dépendance aux importations, surtout dans le contexte géopolitique actuel.
Recours aux compétences nationales
Les autorités syriennes ont insisté sur l’importance de s’appuyer sur les compétences nationales pour mettre en œuvre les plans de réhabilitation et de développement, en mettant l’accent sur des programmes de formation avancés. Cette approche s’impose face aux difficultés d’importer des experts étrangers et permet de réduire les coûts tout en renforçant l’indépendance dans la gestion du secteur énergétique.
Les experts considèrent que cet investissement dans le capital humain est essentiel pour garantir une autonomie à long terme et accroître la productivité du secteur.
Le directeur général de la Société syrienne de pétrole, Youssef Qabalaoui, a affirmé que les champs pétroliers de la région de la Jazira seront exploités grâce à des compétences nationales d’ingénierie et techniques, en coopération avec des entreprises locales et étrangères.
Il a indiqué que les secteurs du pétrole et du gaz entreront dans une nouvelle phase contribuant au soutien du processus de reconstruction.
Qabalaoui a précisé lors d’une conférence de presse tenue au champ d’Al-Omar, dans le gouvernorat de Deir Ezzor, que ce champ est l’un des plus importants en Syrie, et que des négociations sont en cours avec la société Shell, qui l’exploitait auparavant, afin de transférer entièrement sa propriété à l’État syrien.
Il a précisé que le champ produisait environ 50 000 barils par jour avant sa prise de contrôle par des groupes terroristes, alors que sa production actuelle ne dépasse pas 5 000 barils par jour en raison des méthodes rudimentaires et non conformes utilisées auparavant.
Il a ajouté que la société a élaboré un plan pour réhabiliter le champ et augmenter la production selon des normes internationales à des niveaux compris entre 40 000 et 50 000 barils par jour.
Qabalaoui a également révélé l’intérêt de sociétés américaines pour investir dans les champs pétroliers et gaziers, notamment « Chevron » et « ConocoPhillips ».
Il a indiqué que la production pétrolière de la Syrie atteignait auparavant environ 400 000 à 500 000 barils par jour, alors qu’elle ne dépasse pas aujourd’hui 100 000 barils en raison de l’exploitation non organisée des puits au cours des dernières années.
Il a souligné que la réhabilitation des champs contribuera à augmenter progressivement la production jusqu’à atteindre une phase d’exportation.
Le gaz sur la côte syrienne : un investissement pour l’avenir
Parallèlement à la réhabilitation des gisements de pétrole et de gaz de la Jazira, la Syrie mise sur l’exploration du gaz naturel sur la côte syrienne, notamment après la signature d’accords avec des entreprises internationales pour la prospection.
Cette initiative vise à sécuriser une source d’énergie supplémentaire pour la consommation intérieure, soutenir la production électrique et réduire la dépendance aux importations. Le gaz représente ainsi une option stratégique moins coûteuse et plus durable, surtout face à la demande croissante d’énergie.
Cinq blocs offshores au large de Tartous et Lattaquié
C’est dans cette optique que la compagnie syrienne du pétrole a signé récemment un mémorandum d’entente avec le groupe américain Chevron et la société Power International Holding. L’accord vise à lancer des études techniques spécialisées pour l’exploration offshore du gaz et du pétrole au large de la côte syrienne.
La Syrie dispose de cinq blocs maritimes dédiés à l’exploration, s’étendant de Tartous à Lattaquié. L’un de ces blocs a été retenu comme zone pilote pour les travaux conjoints prévus par le mémorandum.
Défis et opportunités
En dépit de l’importance de ces projets, la Syrie doit faire face à plusieurs défis, notamment le manque de financement et les infrastructures endommagées. Cependant, la crise actuelle offre une opportunité d’accélérer les projets nationaux dans le secteur énergétique. Les estimations indiquent qu’en exploitant progressivement les ressources locales, la Syrie pourrait réduire sa dépendance aux importations et améliorer son autonomie énergétique.
La fermeture du détroit d’Ormuz met en évidence la vulnérabilité du système énergétique mondial et la dépendance à des points géographiques précis. Dans ce contexte, la Syrie dispose d’une occasion historique d’exploiter ses ressources locales pour compenser le déficit intérieur en énergie. La région de la Jazira et la côte syrienne se présentent comme des axes centraux de cette stratégie, à condition de surmonter les défis techniques et financiers, d’investir dans la formation des compétences nationales et de bâtir des partenariats internationaux efficaces. Cette approche pourrait marquer une étape clé vers la consolidation de la sécurité énergétique nationale.
André Chatta