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Agence Arabe Syrienne de Presse (SANA) > Dernières nouvelles > Rebâtir la Syrie > Syrie : reconstruire sur le long terme, entre urgence économique et pari institutionnel

Syrie : reconstruire sur le long terme, entre urgence économique et pari institutionnel

Publié: 2026/02/13 6:21 PM
Mis à jour: 2026/02/13 6:21 PM
Syrie reconstruire sur le long terme entre urgence economique et pari institutionnel Agence Arabe Syrienne de Presse (SANA)
Syrie reconstruire sur le long terme, entre urgence économique et pari institutionnel

Damas, (SANA) Après plus de quatorze années de guerre, la Syrie aborde la phase de reconstruction dans un contexte d’effondrement économique sans précédent. Selon des estimations de la Banque mondiale, le produit intérieur brut (PIB) syrien est passé d’environ 67,5 milliards de dollars en 2011 à près de 21,4 milliards en 2024, soit une contraction de plus de 60 %. Le coût total de la reconstruction est évalué à environ 216 milliards de dollars.

En même temps, les exportations auraient chuté de près de 89 %, les importations de 81 %, tandis que la monnaie nationale a perdu une part considérable de sa valeur face au dollar. La pauvreté et le chômage demeurent à des niveaux élevés, traduisant l’ampleur de la désarticulation productive.

Dans ce contexte, la reconstruction ne saurait se limiter à la réhabilitation des infrastructures. Elle implique une refondation économique fondée sur des réformes structurelles, un cadre réglementaire crédible et une stratégie de croissance soutenable sur quinze ans.

Une feuille de route en trois temps : 5, 10 et 15 ans

  1. 2026–2030 : relancer la croissance

À court terme, les économistes estiment qu’un taux de croissance annuel d’au moins 5 % serait nécessaire pour amorcer une stabilisation macroéconomique. Les premières initiatives portent principalement sur les infrastructures stratégiques et les investissements étrangers.

Des accords d’investissement annoncés par l’Arabie saoudite, d’un montant supérieur à 6 milliards de dollars, concernent notamment les télécommunications, le transport aérien et les infrastructures. Ces projets incluent le développement d’un réseau de fibre optique de plusieurs milliers de kilomètres ainsi que la modernisation d’aéroports.

L’objectif immédiat consiste à restaurer les fonctions économiques de base : énergie, transport, connectivité numérique et logistique.

  1. 2031–2035 : reconstruire un appareil productif

La deuxième phase vise la diversification sectorielle et la montée en gamme de l’économie syrienne :

  • relance de l’agriculture et des industries agroalimentaires ;
  • développement d’industries de transformation locales;
  • investissement dans les technologies de l’information.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), un taux de croissance annuel soutenu d’environ 7,6 % serait nécessaire pour retrouver en une décennie les niveaux d’avant-guerre. À défaut, le processus de rattrapage pourrait s’étendre sur quinze ans ou davantage.

La question centrale demeure celle de la productivité : sans réformes institutionnelles et sans amélioration du climat des affaires, la croissance risque de rester fragile et dépendante de flux extérieurs.

  1. 2040 : vers un modèle de croissance durable

À long terme, la reconstruction syrienne ne peut réussir sans :

  • un État régulateur capable de garantir la sécurité juridique ;
  • une réforme fiscale favorisant l’investissement productif ;
  • un système financier structuré et transparent ;
  • l’intégration progressive aux chaînes de valeur régionales.

La stabilité institutionnelle apparaît comme la condition sine qua non d’un afflux durable d’investissements directs étrangers.

Réformes réglementaires et fiscales : le nerf de la guerre

Les experts soulignent que l’amélioration de l’environnement réglementaire constitue un levier déterminant. Cela suppose :

  • simplification des procédures administratives ;
  • clarification du droit de propriété ;
  • réforme du système fiscal pour élargir l’assiette et réduire la pression sur les entreprises formelles ;
  • lutte contre l’économie informelle.

La Banque mondiale a exprimé sa disposition à accompagner la Syrie dans la modernisation de ses systèmes de gestion des finances publiques et dans la consolidation de la gouvernance économique.

Le rôle clé des PME dans la reconstruction

Les petites et moyennes entreprises (PME) représentent, dans de nombreuses économies émergentes, plus de 90 % du tissu entrepreneurial et une part substantielle de l’emploi. En Syrie, leur relance pourrait jouer un rôle central dans :

  • l’absorption du chômage ;
  • la revitalisation des économies locales ;
  • la diversification sectorielle.

Les recommandations incluent :

  • des mécanismes de crédit bonifiés ;
  • des fonds de garantie publics-privés ;
  • des programmes de formation et d’accompagnement entrepreneurial ;
  • l’intégration des producteurs locaux dans des chaînes de valeur régionales.

Analyse économique : un pari sur la confiance

L’histoire des reconstructions post-guerre montre que l’investissement étranger peut accroître significativement le PIB réel, à condition que les institutions soient solides et prévisibles. Une augmentation de 10 % des flux d’investissements directs peut générer une progression mesurable de la production nationale, mais cet effet dépend fortement de la qualité de la gouvernance.

En Syrie, la reconstruction ne pourra se résumer à un afflux ponctuel de capitaux. Elle suppose un pacte économique fondé sur la confiance : confiance des investisseurs, des entrepreneurs locaux et des partenaires internationaux.

Entre reconstruction matérielle et refondation institutionnelle

La Syrie fait face à l’un des chantiers de reconstruction les plus complexes du XXIᵉ siècle. Les montants requis sont considérables, mais le défi est avant tout institutionnel.

Une stratégie étalée sur 5, 10 et 15 ans, articulant réforme fiscale, modernisation réglementaire, soutien aux PME et diversification productive, apparaît comme la seule voie viable vers une croissance durable.

La reconstruction syrienne sera moins un événement qu’un processus. Elle ne dépendra pas uniquement des capitaux injectés, mais de la capacité à rebâtir un cadre économique crédible, inclusif et stable.

André Chatta

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