Damas, (SANA) Les industries de transformation, en particulier celles liées à l’agriculture et au textile, constituent aujourd’hui l’un des piliers essentiels de la reprise économique syrienne.

En transformant les produits agricoles bruts en biens alimentaires et industriels — jus de fruits, conserves, huiles, produits laitiers ou vêtements en coton — ces industries permettent d’activer les capacités de production locales, de créer de la valeur ajoutée et de réduire la dépendance structurelle aux importations.
Dans un pays profondément affecté par plus d’une décennie de guerre, ce secteur apparaît comme un levier stratégique pour la reconstruction, l’emploi et la sécurité alimentaire.
Un secteur agricole historiquement central, aujourd’hui sous pression
Avant la guerre, l’agriculture occupait une place majeure dans l’économie syrienne. En 2010, sa valeur ajoutée représentait selon les données de la Banque Mondiale environ 20 % du produit intérieur brut (PIB) et employait près de 17 % de la population active, soit environ 900 000 travailleurs.
Au cours des années suivantes et selon les données de la Banque Mondiale, la valeur ajoutée du secteur agricole s’est élevée jusqu’à environ 43% du PIB en 2022, vu que ce secteur est devenu un pilier important pour l’écomonie syrienne à l’ombre de baisse considérable du nombre d’usines à cause des destructions menées par le régime déchu. D’autres données plus récentes suggèrent même que la valeur ajoutée de l’agriculture et les activités connexes pourraient aujourd’hui représenter plus de 43 % du PIB, en raison du recul d’autres secteurs productifs.
La Syrie dispose en effet d’un potentiel agricole diversifié : blé, orge, coton, légumineuses, olives, agrumes, fruits et légumes. Autant de productions stratégiques qui constituent une base solide pour le développement d’industries de transformation à forte valeur ajoutée.
Transformer pour créer de la valeur et des emplois
L’enjeu principal des industries de transformation réside dans la capacité à dépasser la simple vente de matières premières. Transformer les oranges en jus, les tomates en concentré, le lait en fromages, ou le coton en vêtements et textiles permet d’augmenter considérablement la valeur économique des récoltes.
Cette transformation génère des revenus plus élevés, stimule l’emploi industriel et logistique, et renforce les chaînes de production locales, depuis le champ jusqu’au marché, en passant par l’usine.
Réduire les pertes agricoles et renforcer la sécurité alimentaire
La transformation industrielle joue également un rôle déterminant dans la réduction des pertes post-récolte. En l’absence de capacités de stockage et de transformation, une part importante des productions agricoles — notamment périssables — est perdue chaque année.

Les industries agroalimentaires permettent de prolonger la durée de conservation des produits, d’assurer une disponibilité alimentaire tout au long de l’année et de diversifier l’offre locale. Elles soutiennent aussi les politiques publiques de sécurité alimentaire, notamment à travers la transformation du blé dans les meuneries et silos nationaux, essentielle pour la production du pain subventionné.
Un potentiel d’exportation et de devises à reconstruire
Avant 2011, la Syrie exportait des produits agricoles et agro-industriels générant près de 3 milliards de dollars par an, contribuant de manière significative aux recettes en devises et à l’équilibre de la balance des paiements.
En dépit des années de guerre, des opportunités subsistent pour reconstruire des filières d’exportation, notamment à travers des produits transformés à forte valeur ajoutée destinés aux marchés régionaux, comme l’huile d’olive, reconnue pour sa bonne qualité.
Des défis structurels majeurs
Le secteur reste toutefois confronté à des obstacles considérables. Les effets cumulés de la guerre ont entraîné une baisse des rendements et une réduction des surfaces cultivées. À cela s’ajoutent les conséquences du changement climatique et des épisodes de sécheresse sévère.

Selon les alertes de la FAO, certaines années ont enregistré des pertes allant jusqu’à 75 % de la production de blé, soit un déficit estimé à 2,7 millions de tonnes, une quantité suffisante pour nourrir plusieurs millions de personnes. La dégradation des infrastructures industrielles, le manque de financements, les sanctions internationales et l’accès limité aux technologies modernes freinent également la relance du secteur.
Un enjeu social : maintenir les agriculteurs sur leurs terres
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le développement des industries de transformation revêt une dimension sociale essentielle. En offrant des débouchés stables aux agriculteurs, ces industries sécurisent les revenus ruraux et encouragent le maintien des populations sur leurs terres.
Elles contribuent ainsi à freiner l’exode rural et à préserver le tissu social et productif des régions agricoles, gravement fragilisé par les déplacements de population liés à la guerre.
Une stratégie économique pour une reconstruction durable
Pour de nombreux économistes, les industries de transformation constituent une passerelle indispensable entre agriculture, industrie et services. Elles favorisent le développement rural, renforcent la compétitivité des produits syriens sur les marchés régionaux et offrent une alternative crédible à une économie fondée sur l’importation et l’endettement.
Dans une Syrie confrontée aux défis de la reconstruction, les industries agroalimentaires apparaissent moins comme une option que comme une nécessité stratégique. En valorisant les ressources locales, en réduisant les pertes agricoles, en soutenant les agriculteurs et en générant des recettes publiques, elles pourraient devenir l’un des fondements les plus solides d’une reprise économique durable, ancrée dans les territoires et tournée vers l’avenir.



André Chatta