Damas, (SANA) Un an après l’accord conclu le 10 octobre 2025 sous l’égide du président des Etats-Unis Donald Trump, la bande de Gaza reste confrontée aux bombardements, à une crise humanitaire profonde et à l’absence de reconstruction. Malgré la trêve, les conditions de vie des Palestiniens demeurent dramatiques et les perspectives de paix incertaines.
Une population toujours plongée dans la précarité
D’après un reportage du quotidien français Le Monde, Watine Hamad vient de fêter son premier anniversaire. Née à la veille du cessez-le-feu à Gaza, elle grandit sous une tente, au milieu des ruines, dans des conditions sanitaires difficiles.
« À côté d’une décharge. C’est ça, l’environnement de ma fille : les odeurs nauséabondes, les maladies cutanées et les infections respiratoires. Ce n’est pas cette vie-là que je voulais lui offrir », confie son père, Ali Hamad, 38 ans.
Comme plus d’un million d’habitants de Gaza, sa famille survit dans un abri de fortune. Un an plus tard, l’armée israélienne contrôle toujours environ les deux tiers du territoire, où plus de 2,2 millions d’habitants sont concentrés sur quelque 130 kilomètres carrés. La maison de la famille Hamad, située à l’est de la « ligne jaune », a été détruite, comme de nombreux bâtiments de cette zone transformée en zone tampon.
Des bombardements qui se poursuivent
En dépit de la diminution des bombardements massifs, les attaques israéliennes continuent presque quotidiennement. Selon le ministère de la santé de Gaza, plus de 1 470 personnes ont été tuées et 5 190 blessées durant les douze mois suivant le cessez-le-feu, portant le bilan total à 74 250 morts depuis octobre 2023.
« On ne se sent pas en sécurité, la peur est toujours là. Il y a les assassinats ciblés, les bombardements et les dynamitages que l’on entend la nuit », témoigne Mahmoud Abou Roukba, 42 ans, déplacé dans le camp d’Al-Mawassi.
Il déplore l’absence d’amélioration des conditions de vie : « L’accord n’a rien changé en un an. Nous avons les mêmes besoins : trouver de la nourriture, de l’eau, un logement ».
La crise alimentaire reste également préoccupante. Dans son dernier rapport, Médecins du monde estime que « l’insécurité alimentaire à Gaza n’est plus épisodique, elle est structurelle ». Si les produits sont davantage disponibles sur les marchés, leurs prix restent inaccessibles à une population largement privée d’emploi et de ressources. Les organisations humanitaires dénoncent toujours les restrictions israéliennes qui entravent l’acheminement de l’aide.
Santé et éducation lourdement touchées
Le système de santé manque de fournitures médicales, de traitements contre le cancer et d’équipements de diagnostic. En septembre 2026, seuls 20 des 36 hôpitaux de Gaza fonctionnaient partiellement, contre 14 en octobre 2025. Les évacuations médicales restent limitées, tandis que la destruction des réseaux d’eau usée accroît les risques d’épidémies.
L’éducation est elle aussi gravement affectée : plus de 90 % des écoles et des universités ont été détruites. De nombreux étudiants suivent désormais leurs cours à distance, malgré le manque d’équipements numériques.
Nirmine Mourad, mère de trois enfants à Gaza, ne peut acheter de téléphone à sa fille, qui commence sa première année universitaire en ligne. « Les rares qu’on trouve sont vendus 1 166 euros », explique-t-elle.
Dévoilé le 29 septembre 2025, le plan en vingt points de l’accord devait ouvrir la voie à la stabilisation de Gaza. Mais seuls deux points ont été pleinement appliqués : le retour des otages israéliens et la libération des détenus palestiniens.
« Tout le reste, notamment le retrait israélien et la reconstruction est à peine sorti du papier », analyse Jaser Abu Mousa, chercheur au Middle East Institute, aux États-Unis.
Le 23 septembre 2026, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Jared Kushner a annoncé un programme de rétablissement de Gaza de 2,45 milliards de dollars. Cette somme n’était pas encore réunie, alors que le coût de la reconstruction est estimé à 71,4 milliards de dollars sur dix ans.
Les Palestiniens privés de perspectives politiques
Au-delà des obstacles humanitaires et sécuritaires, le plan américain ne définit pas clairement l’avenir politique des Palestiniens. Gaza y est principalement envisagée sous l’angle de la sécurité et de la reconstruction, sans véritable perspective sur la place des habitants dans la gouvernance de leur territoire.
La question de la justice et de la responsabilité pour les destructions reste également sans réponse.
Un an après le cessez-le-feu, les attaques se poursuivent, les infrastructures demeurent dévastées et la reconstruction reste bloquée. Pour les habitants, la priorité est toujours de trouver un abri, de se nourrir et d’accéder aux soins.
Sans garanties concrètes sur le retrait israélien, la reconstruction et l’avenir politique des Palestiniens, la trêve risque de rester une promesse sans lendemain. À Gaza, un an après le cessez-le-feu, la paix demeure hors de portée.
André Chatta