Damas, (SANA) Le ministère des Finances s’oriente vers une démarche inédite en Syrie, à savoir l’émission de sukuk souverains, dans le cadre d’un processus visant à construire de nouveaux instruments de politique budgétaire, diversifier les sources de financement du budget général, gérer la liquidité et stimuler l’investissement.
Cette initiative intervient parallèlement à une coopération technique syro‑jordanienne afin de tirer parti de l’expérience du Royaume dans ce domaine.
Alors que l’opinion publique et les investisseurs s’interrogent sur l’utilité de cette mesure, l’expert en économies du Moyen‑Orient, Dr Khaled al‑Turkawi, explique à SANA que l’impact attendu de ces sukuk se répartit en cinq avantages principaux : trois pour l’État et deux pour le citoyen.
Qu’est‑ce que les sukuk souverains et en quoi diffèrent‑ils des obligations ?
Les spécialistes définissent les sukuk souverains comme des instruments financiers émis par l’État selon des structures conformes à la charia islamique, permettant à l’investisseur d’acquérir une propriété partielle d’un actif, d’un usufruit ou d’un projet déterminé.
Les sukuk diffèrent fondamentalement des obligations classiques : ces dernières reposent sur le principe « prêter à l’État contre un intérêt fixe », tandis que les sukuk sont fondés sur la « participation dans des actifs et des investissements réels ». Ils ouvrent ainsi la voie aux particuliers, institutions et banques pour investir selon les conditions d’émission, la durée de maturité et le rendement défini.
Selon al‑Turkawi, l’orientation du ministère des Finances vers l’émission de sukuk s’inscrit dans ses efforts de reconstruction et de consolidation des outils de politique budgétaire. Il souligne que la maîtrise de la politique financière et la gestion des marchés exigent un ensemble intégré d’instruments permettant au ministère d’atteindre ses objectifs économiques, parmi lesquels figurent les sukuk souverains.
Il précise que ces sukuk peuvent être utilisés dans un cadre plus large de gestion de la liquidité et de la masse monétaire circulant sur les marchés, ce qui pourrait contribuer, selon leur mode d’emploi, leur calendrier et le volume des émissions, à réduire les pressions inflationnistes et à stabiliser les niveaux des prix.
Trois bénéfices économiques attendus pour l’État
Pour al‑Turkawi, l’importance des sukuk souverains dépasse leur rôle de simple outil de financement du budget : ils peuvent s’intégrer dans la gestion de la politique économique et permettre d’atteindre trois objectifs essentiels liés à l’inflation, à la stabilité du taux de change et à l’orientation des capitaux vers des investissements ciblés.
Il indique que l’impact économique des sukuk dépend de leur gestion au sein des politiques budgétaire et monétaire. Lorsque l’État émet des sukuk sur le marché, les capitaux et l’épargne des particuliers, institutions et banques peuvent s’orienter vers ces investissements, ce qui contribue à absorber une partie de la liquidité circulante et à la diriger vers l’investissement plutôt que vers la consommation ou la spéculation.
Ce mécanisme peut aider à contenir l’inflation et à réduire les pressions sur les prix, mais les résultats dépendent du volume des émissions, de leur calendrier et de leur adéquation avec la liquidité disponible dans l’économie, ainsi que du degré de coordination entre les politiques budgétaire et monétaire.
Il ajoute que le développement du marché des titres publics offre à la Banque centrale de Syrie un instrument supplémentaire de gestion de la liquidité, les titres publics pouvant être utilisés dans les opérations d’open market.
Les sukuk peuvent‑ils contribuer à stabiliser le taux de change ?
Al‑Turkawi estime que l’un des objectifs attendus de l’émission des sukuk est de contribuer à la maîtrise ou à la stabilisation du taux de change, tout en orientant les capitaux collectés vers des investissements spécifiques. Ils fourniront des sources de financement du budget réduisant le recours à certaines formes de financement susceptibles d’accentuer les pressions inflationnistes, tout en participant à la gestion de la liquidité.
Les résultats dépendront toutefois de la manière dont l’émission sera gérée, des politiques budgétaire et monétaire qui l’accompagneront, et de la capacité de l’économie à maintenir un équilibre entre les besoins de financement, la liquidité disponible et la stabilité de l’environnement financier et monétaire.
Du financement du budget à la stimulation de l’investissement
La loi de finances de l’État pour 2026 prévoit le recours aux sukuk comme source principale de financement du déficit, ce qui les inscrit dans une démarche plus large de diversification des sources de financement public.
Mais l’importance des sukuk dépasse le financement du déficit : les montants collectés peuvent être orientés vers des projets et investissements prioritaires, contribuant à transformer l’épargne en activité productive et à dynamiser les différents secteurs de l’économie.
Al‑Turkawi souligne que l’orientation des capitaux collectés vers des investissements ciblés constitue l’un des objectifs attendus de cet instrument, reliant le financement à l’activité économique et productive plutôt qu’à la simple couverture des besoins. Si les émissions sont dirigées vers des projets productifs ou des infrastructures à forte rentabilité économique, elles pourraient se répercuter positivement sur le cycle économique en stimulant l’activité, en augmentant la demande de biens et services, en soutenant l’emploi et en améliorant la capacité de l’économie à générer de la valeur ajoutée.
Comment les sukuk souverains se répercutent‑ils sur le citoyen ?
Selon al‑Turkawi, l’émission des sukuk offre deux avantages essentiels aux citoyens. Le premier est qu’elle permet aux particuliers, conformément aux conditions de souscription fixées par les autorités compétentes, d’investir leur épargne dans un instrument financier public et de bénéficier de ses rendements selon les modalités d’émission.
Le second avantage, explique‑t‑il, réside dans le fait que les montants collectés sont orientés vers des projets productifs et de développement, ce qui se traduit par une amélioration des services, des infrastructures, une dynamisation des secteurs de production et la création d’opportunités d’emploi.
Il souligne que le bénéfice pour le citoyen dépend de l’efficacité de la gestion des fonds, de la clarté des projets financés, de la transparence de l’émission et de la capacité de l’État à gérer les engagements qui en découlent, ainsi que de la capacité à maintenir un équilibre entre l’attraction de l’épargne et la liquidité disponible sur le marché.
Plan d’émission des sukuk souverains
Le 13 juillet courant, le ministre des Finances, Mohammed Yisr Barnieh, a discuté avec le Comité des titres publics et des sukuk souverains du ministère le projet de plan stratégique pour l’émission des instruments financiers publics, incluant bons du Trésor, obligations et sukuk souverains.
Selon le ministère, l’objectif est de fournir des sources de financement réelles et non inflationnistes pour le budget général, et de créer un indice de référence permettant de mieux évaluer les actifs financiers en Syrie, afin d’aider les institutions financières et bancaires à tarifer leurs services.
Le ministre a également examiné avec une délégation technique du ministère des Finances et de la Banque centrale de Jordanie les moyens de tirer parti de l’expérience jordanienne et de soutenir les efforts visant à lancer la première émission de sukuk en Syrie.
Le succès des sukuk souverains en Syrie ne sera pas mesuré uniquement à l’aune des montants collectés, mais aussi à leur capacité à s’intégrer dans une politique budgétaire et monétaire cohérente, à orienter les ressources vers l’investissement productif, à gérer la liquidité de manière efficace et à renforcer la confiance dans le marché financier. Cela pourrait en faire un instrument contribuant à la stabilité économique, à la dynamisation du cycle économique, en plus de leur rôle dans le financement du déficit budgétaire.
am
