Damas, (SANA) Dans un petit atelier du souk des métiers artisanaux de la ville de Hama, le regard se pose sur l’artisan Hassan Hawa, immobile derrière sa table de travail. En face de lui, des blocs de bois gravés de motifs transmis de génération en génération depuis trois siècles. À chaque geste, il ne se contente pas d’imprimer des ornements sur le tissu : il préserve un héritage artisanal menacé de disparition, étouffé par la montée des machines et de la production industrielle.
Âgé de 59 ans, l’artisan a expliqué à la correspondante de SANA, en marge de sa participation au Festival du Village syrien dans le parc des Omeyyades à Damas, qu’il est aujourd’hui le dernier praticien en Syrie à perpétuer l’impression textile manuelle à l’aide de blocs de bois.
Héritant ce savoir-faire transmis par ses parents et ses grands-parents, il en a appris les secrets dès l’âge de sept ans. Plus de cinq décennies de pratique l’ont conduit à en maîtriser chaque détail, faisant de cet artisanat bien plus qu’un métier : une identité et une mission de vie.
Hawa a affirmé que cet artisanat n’a jamais été pour lui un simple moyen de subsistance, mais une part essentielle de son identité et de son appartenance. Malgré une rentabilité économique de plus en plus faible, qui a poussé de nombreux artisans à abandonner cette pratique, il a choisi de rester dévoué à son métier. Contraint toutefois d’exercer une autre activité pour subvenir aux besoins de sa famille, il n’a jamais renoncé à cet art dans lequel il a grandi, façonné par les outils et les blocs d’impression qui ont accompagné toute sa vie.
Il a précisé que ce savoir-faire commence bien avant l’étape de l’impression sur tissu. Tout débute par la préparation du bloc de bois, entièrement façonné à la main. Les artisans utilisent généralement du bois de poirier, réputé pour sa solidité et sa finesse. Sur cette matière brute, les motifs traditionnels sont d’abord dessinés avec précision.
L’artisan a ajouté que les tissus utilisés sont en coton naturel pur. Quant aux couleurs, elles sont élaborées selon des procédés traditionnels à partir de matières végétales : écorces de noix et de grenade, lait de figuier, racines de plantes, rose de Damas, safran, entre autres ingrédients naturels.
Développement du produit artisanal
Les productions de l’atelier ne se limitent pas aux nappes, housses de table et de lit, coussins ou serviettes. Hassan Hawa a élargi sa gamme pour inclure également des châles, des écharpes, des djellabas et des pantalons imprimés à la main. Une diversification pensée pour s’adapter aux évolutions du marché et aux goûts des consommateurs, tout en préservant l’authenticité des motifs et l’identité patrimoniale qui caractérisent chaque pièce.
En dépit de ses participations répétées à des expositions en Syrie et à l’étranger, à l’invitation du ministère du Tourisme ainsi que de plusieurs institutions et organisations, et son engagement dans divers projets de soutien à l’artisanat traditionnel, l’artisan estime que ces efforts restent insuffisants pour sauver ce métier.
Il a estimé que la protection des métiers artisanaux relève d’une responsabilité collective.
Hawa a appelé les parties concernées, en particulier le ministère du Tourisme, à renforcer leur soutien aux artisans via la promotion et la commercialisation de leurs produits, l’organisation d’expositions, ainsi que la mise en place d’un accompagnement matériel et moral.
Selon lui, ces artisans portent une part essentielle de la mémoire culturelle syrienne et préservent un héritage à la fois patrimonial, économique et inestimable.
Il a indiqué que les touristes étrangers constituent aujourd’hui la principale clientèle de son atelier, attirés par l’authenticité des produits artisanaux et leur valeur culturelle. À l’inverse, la demande locale tend à diminuer, sous l’effet de la diffusion des produits industriels et de l’érosion du pouvoir d’achat.
Des blocs de bois qui racontent l’histoire d’une famille
L’artisan conserve des blocs de bois dont certains ont plus de quarante ans. Hérités de son grand-père, ils sont encore utilisés aujourd’hui pour imprimer les mêmes motifs qui ornent les tissus syriens depuis des décennies.
À chaque coup de bloc sur le tissu, Hawa ne se contente pas d’imprimer des couleurs. Il laisse une empreinte sur les pages de l’histoire du patrimoine syrien, convaincu que les métiers artisanaux ne sont pas des vestiges du passé, mais des racines vivantes qui s’étendent dans le présent et forment un pont vers l’avenir.
Hawa a résumé son parcours en quelques mots qui incarnent une vie entière de fidélité à son métier : « Je me considère comme un lien entre le passé et le présent. J’espère que cet artisanat perdurera et que quelqu’un le reprendra après moi, car il ne s’agit pas seulement d’un métier, mais d’une identité, d’un patrimoine et d’une authenticité.






a.h. / A.Ch.