Damas, (SANA) Au cœur de la vieille ville de Damas, où la pierre antique embrasse la lumière des mosaïques et où l’écho des minarets demeure présent dans la mémoire de la ville, la mosquée des Omeyyades se dresse comme l’un des témoins les plus aptes à résumer l’histoire de Damas et son esprit enraciné à travers les siècles.
C’est pourquoi cet ancien monument historique méritait d’être le point de départ de la nouvelle chronique hebdomadaire de SANA , « Le pouls du patrimoine », qui met en lumière des lieux emblématiques, des monuments et des récits de la mémoire syrienne, comme autant de témoignages vivants qui vibrent dans le présent et restent présents dans la conscience populaire.
Ironie du sort, la mosquée des Omeyyades, qui est restée présente dans l’esprit des Damascènes et des visiteurs comme l’un des symboles les plus importants de la ville, revient aujourd’hui sur le devant de la scène grâce à la documentation patrimoniale moderne, après avoir récemment enregistré deux succès consécutifs dans le domaine de la documentation du patrimoine culturel, représentés par son inclusion dans les listes ISESCO et son inscription au registre du patrimoine architectural et urbain arabe, consolidant ainsi son statut de l’un des monuments les plus importants du patrimoine humain.
Son inscription sur la liste ISESCO après une absence de 14 ans
Dans une déclaration à SANA, la docteure Lina Qetaifane, directrice de la Direction des sites du patrimoine mondial à la Direction générale des antiquités et des musées, a indiqué que l’inscription de la mosquée des Omeyyades sur la liste du patrimoine de l’Organisation mondiale islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO) représente une étape importante dans le retour de la Syrie sur la voie de la nomination de ses sites archéologiques et culturels, après une interruption de plus de 14 ans de participation active aux dossiers internationaux d’enregistrement et de nomination.
« Cette inclusion s’inscrivait dans le cadre d’un groupe comprenant neuf sites archéologiques syriens proposés pour les listes ISESCO, dans le cadre des efforts du ministère de la Culture et de la Direction générale des antiquités et des musées pour mettre en valeur la richesse culturelle de la Syrie et renforcer la présence de ses sites archéologiques aux niveaux islamique et international », a expliqué Qetifane.
Un chef-d’œuvre de l’architecture omeyyade et un témoignage de la prospérité de Damas
La mosquée des Omeyyades, considérée par Qetaifan comme l’un des exemples les plus remarquables de l’architecture islamique primitive, a une valeur historique et artistique unique.
Construite en 705 apr. J.-C. sous le règne du calife omeyyade Al-Walid ibn Abdel Malik, elle devint l’une des mosquées les plus importantes du monde islamique et initia une école architecturale qui fut imitée par des mosquées au Levant, au Yémen, en Afrique du Nord et en Andalousie.
La mémoire collective et historique se souvient de ce célèbre aphorisme attribué à Al-Walid bin Abdul-Malik : « Ô habitants de Damas, vous vous vantez auprès des hommes de quatre choses : votre eau, votre air, vos fruits et vos bains. J’en ajouterai une cinquième dont vous pourrez vous vanter, cette mosquée. » Ce proverbe a pris tout son sens au fil des siècles, la mosquée étant devenue un centre religieux, culturel et scientifique qui a contribué à forger l’identité civilisationnelle de la ville de Damas et du monde islamique.
Qtaifan a souligné que la mosquée des Omeyyades a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1979, au sein du tissu urbain de la vieille ville de Damas.
Le texte d’inscription, soulignant la valeur exceptionnelle de la ville, précise : « Damas fut jadis la capitale du califat omeyyade et devint une métropole mondiale pendant près d’un siècle. Elle connut une croissance et une expansion considérables durant cette période, témoignant d’un développement remarquable en matière d’urbanisme. Elle acquit un caractère oriental propre à son environnement culturel et refléta une image unique de la ville arabo-islamique. Cependant, peu de vestiges de cette période importante de l’histoire de la ville subsistent, à l’exception de l’incomparable Grande Mosquée. »
Comme indiqué dans le premier critère d’inscription, qui représente une réalisation artistique ou esthétique unique et un chef-d’œuvre du génie créatif humain : « Damas témoigne de la réalisation d’une esthétique unique parmi les civilisations qui se sont succédé dans ce domaine, et cela se manifeste dans la mosquée des Omeyyades, considérée comme un chef-d’œuvre de l’architecture omeyyade, ainsi que dans d’autres monuments majeurs datant de différentes périodes, tels que la Citadelle, le palais Azm, les écoles et les khans.»
Le premier site islamique syrien inscrit au registre du patrimoine architectural et urbain arabe
La place internationale de la mosquée des Omeyyades ne s’est pas limitée à son inclusion dans les listes de l’ISESCO, mais a également été couronnée l’année dernière par son inscription au Registre du patrimoine architectural et urbain arabe de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO), lors de la réunion du Comité d’observation du patrimoine architectural et urbain des pays arabes, qui s’est tenue à Beyrouth en juillet 2025.

Grâce à cette distinction, la mosquée des Omeyyades est devenue le premier site syrien à figurer sur cette liste arabe, au sein de la première partie qui a compris 19 sites de divers pays arabes, reflétant le statut exceptionnel qu’occupe ce monument historique parmi les sites architecturaux arabes et islamiques.
Valeur architecturale et culturelle qui affirme la présence du patrimoine syrien
La valeur architecturale de la mosquée des Omeyyades est évidente dans sa conception basée sur le sanctuaire, la cour et le portique, et dans ses éléments célèbres tels que le Dôme de l’Aigle, le Minaret de la Mariée, les mosaïques de verre coloré et la tombe du prophète Yahya, ainsi que dans son emplacement historique vu qu’il a témoigné de multiples civilisations pendant des milliers d’années.
Ces éléments ne semblent pas être de simples détails architecturaux isolés, mais plutôt des composantes d’une mémoire spirituelle qui a fait de la mosquée des Omeyyades un lieu où le culte se mêle à la science, l’art à l’histoire, et l’architecture à l’identité.
De sa vaste cour à ses minarets, de ses arcades à ses décorations, la mosquée résume un aspect de l’histoire de Damas, ville qui a su préserver son passé dans la pierre, la lumière et la mémoire.
La réapparition de la mosquée des Omeyyades dans les archives arabes et islamiques confirme sa valeur historique et archéologique, témoignant du développement de l’architecture islamique et incarnant la profondeur civilisationnelle de la Syrie et l’importance de Damas dans la mémoire collective.
Elle met en valeur également l’importance de préserver, de faire connaître et de transmettre le patrimoine syrien aux générations futures, héritage humain transfrontière.
L.Arfi

