La Havane (SANA) Cuba fait face à une pression économique et politique sans précédent après l’effondrement de son réseau électrique national, pour la 2e fois en moins d’une semaine, à la suite d’embargo pétrolier américain de plus en plus strict.
Cette situation coïncide avec les menaces persistantes du président américain Donald Trump de prendre des mesures directes contre l’île, alors que des voix s’élèvent pour alerter sur le risque d’une crise humanitaire de grande ampleur.
Une nouvelle panne de courant aggrave la crise
La compagnie d’électricité nationale cubaine a annoncé dimanche que le réseau électrique s’était de nouveau effondré, privant d’électricité environ 10 millions de personnes, quelques jours seulement après une panne générale de plus de 24 heures survenue à la mi-juillet.
Cette panne survient alors que le pays souffre d’une grave pénurie de carburant due au durcissement des restrictions américaines sur les importations de pétrole, notamment après l’arrêt des livraisons vénézuéliennes et la menace de Washington d’imposer des droits de douane aux pays approvisionnant La Havane en carburant.
Les autorités cubaines affirment que les sanctions américaines entravent la réparation des infrastructures électriques déjà vétustes, tandis que les économistes pointent du doigt le sous-investissement chronique dans le secteur de l’énergie comme facteur majeur de la fragilité du réseau électrique national.
Le timing de l’escalade américaine
la deuxième panne du réseau électrique cubain en moins d’une semaine coïncide avec une escalade sans précédent de la rhétorique du président américain Donald Trump concernant la « prise de contrôle » de l’île, renforçant l’idée que la crise énergétique n’est plus un simple problème de services publics internes, mais un instrument de pression politique s’inscrivant dans une stratégie plus large visant à obliger la Havane à faire des concessions.
D’après des enquêtes journalistiques, le durcissement des restrictions sur les approvisionnements en carburant, conjugué à l’interception de pétroliers et aux menaces de sanctions contre les pays exportateurs, indique une tentative américaine d’affaiblir plus rapidement la capacité de l’État à exploiter ses infrastructures vitales. Cette situation crée un climat interne tendu qui pourrait favoriser un changement dans la prise de décision politique au sein de l’île, sans pour autant nécessiter une intervention militaire directe.
Un blocus de facto, la première depuis la crise des missiles.
Témoignant de l’escalade actuelle, le New York Times a affirmé que Cuba fait désormais face à son premier blocus américain de facto depuis la crise des missiles de Cuba en 1962, se basant sur des données maritimes et des images satellites montrant un quasi-arrêt des arrivées de pétroliers à destination de l’île ces derniers mois.
Selon l’enquête, la zone maritime des Caraïbes est devenue étroitement surveillée : les garde-côtes américains interceptent les pétroliers à destination de Cuba et les contraignent à modifier leur cap, dans le cadre d’une politique non déclarée visant à paralyser les approvisionnements pétroliers.
La déclaration de l’état d’urgence nationale aux États-Unis fin janvier, sous prétexte que Cuba représentait une « menace extraordinaire », a intimidé les pays fournisseurs de pétrole de l’île, comme le Mexique, et les a incités à interrompre leurs livraisons.
Une crise humanitaire se développe progressivement.
La pénurie de carburant a des répercussions directes sur les conditions de vie de la population : les interventions chirurgicales sont perturbées dans les hôpitaux, les pompes à eau sont hors service dans certains quartiers, les ordures s’amoncellent dans les rues de la capitale,
La Havane, les prix des denrées alimentaires s’envolent et la capacité de l’État à fournir les services essentiels se détériore.
Selon les données officielles, seuls 44 des 106 camions-poubelles de la capitale étaient encore en service en raison des pénuries de carburant, ce qui a entraîné une accumulation massive d’ordures, des odeurs nauséabondes et des problèmes de santé publique croissants.
Washington resserre son emprise sur les approvisionnements énergétiques.
L’administration américaine tente de couper l’approvisionnement énergétique de Cuba par plusieurs moyens parallèles, notamment en interrompant les livraisons de carburant vénézuélien, en faisant pression sur les pays exportateurs de carburant, en menaçant de sanctions les transporteurs de carburant et en imposant des droits de douane aux pays commerçant avec La Havane.
Selon une enquête du New York Times, les garde-côtes américains ont intercepté un pétrolier transportant environ 84 000 barils de carburant en provenance de Colombie avant qu’il n’atteigne les côtes cubaines, une action qui témoigne d’une fermeté sans précédent dans l’application de la politique de pression.
Ce nouveau test intervient dans un contexte de menaces croissantes.
En réponse, le président cubain Miguel Díaz-Canel a affirmé que son pays continuerait de résister aux pressions américaines, tout en restant ouvert au dialogue sans conditions préalables portant atteinte à la souveraineté nationale.
Parallèlement, le gouvernement cubain a annoncé travailler à des « solutions novatrices » pour faire face à la crise énergétique, tout en maintenant le contact avec Washington afin d’apaiser les tensions. Confrontée à des pénuries d’électricité, à la diminution des réserves de carburant et à une pression politique croissante, Cuba traverse l’une de ses périodes les plus difficiles depuis la fin de la Guerre froide, dans un contexte de craintes que l’embargo pétrolier en cours n’entraîne des troubles sociaux susceptibles de redessiner l’image politique de l’île dans les années à venir.
L.Arfi