Damas, (SANA) Le Mussaharati est une personne qui parcourt les rues tard dans la nuit pendant le mois de Ramadan. Il porte généralement un tambour ou une flûte et utilise des rythmes réguliers, des chants et des invocations religieuses pour réveiller les personnes qui jeûnent afin qu’elles prennent le repas du Suhur avant l’aube.
Un rôle lié à la mémoire collective
Avant l’appel à la prière de l’aube (Fajr) à Damas, le son du tambour du Mussaharati se fait entendre dans les ruelles étroites.
Il commence sa tournée environ deux heures avant l’aube. Il marche entre les maisons sans se presser afin de ne manquer aucun foyer et sans s’attarder pour respecter l’horaire. Son objectif est de réveiller les habitants pour le Suhur et de maintenir un lien social au sein du quartier.
En Syrie, le Mussaharati dépasse la simple fonction de réveil humain. Il est considéré comme un élément du patrimoine social et religieux et comme un symbole de solidarité entre les habitants.

Tenue et identité
Le Mussaharati syrien porte généralement un pantalon noir long, une taqiya (coiffe en feutre) et un petit tambour suspendu à la poitrine. Il tient une baguette en bois avec laquelle il frappe le tambour de manière rythmée pour signaler l’heure du Suhur.
Un rôle social et solidaire
Dans le passé, le Mussaharati transportait également un petit panier en osier. Avant de commencer sa tournée, il passait dans les maisons aisées pour collecter des dons alimentaires tels que du pain, des dattes ou du yaourt. Il redistribuait ensuite ces produits aux familles défavorisées avant l’aube, sans divulguer l’identité des donateurs ni des bénéficiaires.
Des historiens locaux indiquent que le Mussaharati jouait ainsi un rôle d’intermédiaire social dans la distribution de nourriture, fondé sur la solidarité communautaire.
Déclin et concurrence des technologies
Avec la généralisation des smartphones et des applications de réveil, le rôle du Mussaharati a diminué dans de nombreux quartiers modernes. Dans certaines zones, la relation traditionnelle fondée sur la reconnaissance symbolique s’est transformée en rémunération monétaire, ce qui a modifié la nature de cette activité.

Cependant, durant la guerre en Syrie, les coupures fréquentes d’électricité et les pannes d’appareils électroniques ont contribué au retour du Mussaharati dans certains quartiers, où son tambour est redevenu un moyen fiable de réveiller les familles pour le Suhur.
Ramadan 2025 : retour dans les quartiers de Damas
Lors du Ramadan 2025, le Mussaharati est réapparu dans les anciens quartiers de Damas. Il a pu circuler librement, sans restriction particulière. Plusieurs habitants ont perçu ce retour comme un signe de reprise d’une vie sociale plus stable et d’un retour aux traditions locales.
Un Mussaharati âgé a déclaré : « Le réveil électronique réveille le corps, mais le tambour rappelle les souvenirs et la tradition ».
Une pratique face à l’évolution des modes de vie
Le Mussaharati reste une pratique traditionnelle liée au mois de Ramadan en Syrie. Dans un contexte marqué par l’accélération des modes de vie et le recours aux technologies modernes, cette fonction conserve une valeur patrimoniale pour une partie de la population.
Même si cette pratique pourrait devenir moins répandue dans les années à venir, elle demeure associée aux souvenirs d’enfance et aux traditions familiales liées au Suhur pendant le Ramadan.
R.S./A.Ch.