Damas, (SANA) La commission ministérielle chargée d’enquêter sur les circonstances de la mort du jeune Mohammad Ghemaira a annoncé les conclusions de ses investigations, confirmant qu’un enquêteur lui avait porté une gifle au niveau du cou et que l’enquêteur Ahmad Jawad avait été déféré devant le parquet de Lattaquié.
La Direction des affaires et des poursuites disciplinaires du ministère de l’Intérieur a également été chargée d’approfondir l’enquête disciplinaire concernant le capitaine Ahmad Chaker al-Masri et l’enquêteur Omar Youssef.
Le rapport suivant retrace la chronologie de l’affaire Ghemaira, depuis son placement en garde à vue au commissariat d’al-Haffé, en passant par la dégradation de son état de santé et sa mort, jusqu’aux conclusions de l’enquête et aux mesures prises à l’encontre des personnes dont la responsabilité a été établie.
Mercredi 12 août 2026 : placement en garde à vue de Ghemaira
Mohammad Ghemaira est arrivé au commissariat d’al-Haffé après avoir été convoqué à la suite d’une plainte d’ordre financier déposée contre lui, selon le récit de sa famille, qui a précisé qu’il souffrait d’hémophilie, un trouble de la coagulation sanguine.
Quelques jours après son placement en garde à vue, son état de santé s’est détérioré. Il a alors été transféré à l’hôpital universitaire de Lattaquié, où les examens médicaux ont révélé une hémorragie cérébrale.
Vendredi 14 août : ouverture d’une enquête sur les conditions de la garde à vue
Le commandement de la sécurité intérieure à Lattaquié a annoncé avoir ouvert une enquête sur les circonstances du placement en garde à vue de Ghemaira afin d’établir le déroulement de l’affaire et de déterminer dans quelle mesure les conditions d’arrestation et les procédures appliquées étaient conformes aux dispositions légales en vigueur, tout en tenant compte de son état de santé.
Il a affirmé que la sécurité, les droits et la dignité des personnes placées en garde à vue étaient protégés par la loi, soulignant que toute violation avérée au cours des procédures de détention ou d’enquête ferait l’objet des mesures légales appropriées.
Dimanche 16 août : mort de Ghemaira et intensification des investigations
Mohammad Ghemaira est mort à l’hôpital universitaire de Lattaquié des suites de complications liées à des hémorragies cérébrale et digestive, alors qu’il se trouvait en garde à vue au commissariat d’al-Haffé.
Le ministère des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes lui a rendu hommage en tant que membre de ses équipes, indiquant qu’il avait participé au sauvetage de centaines de personnes ensevelies sous les décombres à la suite des bombardements du régime déchu et de ses alliés.
Après l’annonce de sa mort, le commandement de la sécurité intérieure du gouvernorat de Lattaquié a placé en détention sept personnes qui se trouvaient dans les locaux de garde à vue du commissariat d’al-Haffé durant la période où Ghemaira y était arrêté, afin de poursuivre l’enquête et d’élucider les circonstances de l’affaire.
Le ministre de l’Intérieur forme une commission d’enquête
Le ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, a présenté ses condoléances à la famille de Ghemaira, affirmant que toute violation ou tout abus commis par des éléments du ministère serait traité avec fermeté et que toute personne dont la responsabilité serait établie recevrait la sanction appropriée à l’issue des investigations.
Le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, a également rendu hommage à Ghemaira, soulignant que la nouvelle Syrie est un État de droit et de justice. Il a indiqué avoir suivi l’affaire dès le premier jour en coordination avec le ministre de l’Intérieur.
Al-Saleh a affirmé que les Syriens avaient consenti des sacrifices pendant 14 ans afin de parvenir à un État qui protège leur dignité et leur humanité, assurant qu’il n’y aurait pas d’impunité dans la nouvelle Syrie.
Dans la soirée de dimanche, le ministre de l’Intérieur a émis une décision administrative portant création d’une commission chargée d’enquêter sur les circonstances de la mort de Ghemaira et d’en déterminer les causes. La commission devait remettre ses conclusions au ministère dans un délai de 72 heures à compter de la date de la décision.
Lundi 17 août : la commission entame ses travaux
Sur instruction directe du ministre de l’Intérieur, la commission d’enquête a entamé ses travaux dans le gouvernorat de Lattaquié afin d’établir l’ensemble des circonstances entourant la mort de Ghemaira et de faire toute la lumière sur l’affaire avec précision et transparence.
La commission a rencontré le gouverneur de Lattaquié, Ahmad Moustafa, qui a affirmé que les contacts avec le ministre de l’Intérieur se poursuivaient afin d’assurer le suivi de l’affaire et de parvenir à des conclusions claires.
Elle a également rencontré l’Autorité de médecine légale à l’hôpital universitaire de Lattaquié afin d’examiner les données et les rapports médicaux pertinents et de poursuivre les procédures d’enquête.
Le président de la commission, le général Ahmad Mohammad Lattouf, a affirmé que les investigations seraient menées avec le plus grand sérieux et en toute responsabilité et que la loi serait appliquée à toute personne dont la responsabilité serait établie, soulignant que « dans la nouvelle Syrie, personne n’est au-dessus de la loi».
Le même jour, Mohammad Ghemaira a été inhumé dans sa ville natale d’al-Haffé, dans la banlieue de Lattaquié, en présence de représentants officiels, de membres de sa famille et de nombreux habitants de la région.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Noureddine al-Baba, a déclaré à SANA que la commission ne se limiterait pas à enquêter sur cet incident, mais qu’elle travaillerait également à évaluer les performances des commissariats de police dans l’ensemble de la Syrie, et plus particulièrement dans le gouvernorat de Lattaquié.
Mardi 18 août : audition des personnes placées en détention
La commission ministérielle a poursuivi ses investigations et entendu, lors d’une réunion au service des enquêtes criminelles d’al-Haffé, les déclarations des personnes arrêtées, ainsi que des agents ayant été en contact avec Ghemaira, afin de compléter l’enquête et d’établir l’ensemble des circonstances de l’affaire.
Jeudi 20 août : annonce des conclusions de l’enquête
Lors d’une conférence de presse, la commission chargée de l’enquête a annoncé ses conclusions et les mesures prises. Elle a confirmé qu’il avait été établi qu’un des enquêteurs avait giflé Ghemaira au niveau du cou.
En conséquence, l’enquêteur Ahmad Jawad a été déféré devant le parquet de Lattaquié, tandis que la Direction des affaires et des poursuites disciplinaires du ministère de l’Intérieur a été chargée d’approfondir l’enquête disciplinaire concernant le capitaine Ahmad Chaker al-Masri et l’enquêteur Omar Youssef.
Les données médicales
Le président de la commission, le général Ahmad Lattouf, a précisé que les médecins ayant examiné le corps de Ghemaira n’avaient constaté aucun signe apparent de violence ou de contrainte, ni fracture du crâne, ni blessure traumatique sur le corps.
Il a ajouté qu’une hémorragie chez une personne atteinte d’hémophilie pouvait survenir à la suite d’un traumatisme léger, précisant que les soins reçus par Ghemaira dans les dispensaires qu’il avait fréquentés avaient été administrés conformément aux procédures et au protocole thérapeutique applicable aux cas d’hémophilie.
Les agents de sécurité avaient été informés de son état de santé
Selon la commission, les investigations ont montré que Ghemaira avait informé les agents de la sécurité intérieure qu’il souffrait d’hémophilie.
Le directeur des enquêtes criminelles, le général Hussein al-Hammadi, a toutefois reconnu l’existence de manquements et de négligences sur les plans professionnel et disciplinaire de la part du chef du commissariat et de l’enquêteur.
Il a expliqué que l’absence de mention de l’état de santé de la personne arrêtée dans le procès-verbal empêchait la justice de disposer de toutes les informations nécessaires pour prendre une décision appropriée concernant sa situation.
Le parquet poursuit son enquête
Le procureur général de Lattaquié, Oussama Channaq, a affirmé que l’enquête judiciaire avait débuté dès l’annonce du décès de Ghemaira et qu’elle se poursuivait.
Il a indiqué que le parquet et le juge d’instruction disposaient de la compétence nécessaire pour approfondir l’établissement des responsabilités et identifier les personnes impliquées, en fonction des conclusions de l’enquête judiciaire.
Le ministre de l’Intérieur : Il n’y a aucune protection pour quiconque et aucune responsabilité sans preuve
À l’issue de la conférence de presse de la commission, le ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, a déclaré que le ministère avait fait face, au cours des derniers jours, à des accusations et à des mises en doute concernant sa position dans cette affaire, mais qu’il avait choisi de laisser l’enquête et les faits parler d’eux-mêmes.
Il a affirmé que les conclusions de l’enquête avaient démontré que la position du ministère ne visait ni à protéger quiconque ni à se soustraire à ses responsabilités, mais à établir la vérité et à demander des comptes à toute personne dont les abus seraient prouvés, sans imputer à ceux dont la responsabilité n’a pas été établie des actes qu’ils n’ont pas commis.
Khattab a souligné que l’abus établi était « catégoriquement inacceptable » et ne pouvait être justifié en aucune circonstance. Il a affirmé que la dignité et les droits des citoyens ne sauraient faire l’objet d’aucune complaisance et qu’aucune fonction officielle ne pouvait servir de protection contre l’obligation de rendre des comptes.
Le ministre de l’Intérieur a enfin assuré que la révolution contre le régime déchu portait sur le rejet de l’injustice et de l’impunité, ajoutant que la construction d’un État de droit commence par la capacité à demander des comptes à ceux qui commettent des fautes, à rendre justice aux personnes lésées et à ne pas condamner ceux dont la responsabilité n’a pas été établie.
A.Ch.