Damas, (SANA) Dans la phase post-libération, la Syrie fait face à un défi complexe : lutter contre le fléau des stupéfiants qui s’est aggravé durant les années du régime déchu. Ce trafic s’est transformé en un réseau organisé transfrontalier, laissant des traces profondes sur la société et l’économie.
Avec le début d’une nouvelle étape, le gouvernement syrien a placé ce dossier au sommet de ses priorités, à travers une approche sécuritaire et institutionnelle globale visant à démanteler les réseaux et à tarir leurs sources.
Opérations ciblées en 2026
Depuis le début de l’année 2026, la Direction de la lutte contre les stupéfiants a mené une série d’opérations précises, annoncées progressivement par le ministère de l’Intérieur, visant les réseaux de trafic et de fabrication à l’intérieur du pays.
Le 2 mai, le ministère a indiqué qu’une opération de qualité dans la banlieue de Damas s’est soldée par le démantèlement d’un réseau international de trafic dans la région de Rankous. Environ un million de comprimés de captagon et un kilogramme de haschisch ont été saisis, en plus de la découverte de sites de fabrication clandestins et de l’arrestation de plusieurs suspects.

Le 19 avril, le ministère a indiqué que la Direction de la lutte contre les stupéfiants, en coopération avec les forces de garde-frontières et en coordination avec la partie irakienne, a déjoué une tentative de trafic de 500 000 comprimés de captagon à l’intérieur de la ville de Damas, les suspects ayant été arrêtés pendant le transport de la cargaison.
Le mois de février a également connu des opérations intensives. Le 18 de ce mois, une tentative de trafic de 400 000 comprimés de captagon dans le gouvernorat de Homs a été déjouée, avec l’arrestation des éléments du réseau. Le 5 février, une opération conjointe avec les autorités irakiennes a permis la saisie de 300 000 comprimés et l’arrestation de personnes recherchées au niveau international.
Le 27 février, le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir empêché le trafic de 180 000 comprimés de captagon dissimulés dans des cargaisons destinées à l’exportation vers l’Arabie saoudite, grâce à des inspections minutieuses au sein des sociétés de transport.
Dans le cadre de la protection des frontières, le ministère de la Défense a fait savoir le 11 février que les unités de garde-frontières avaient saisi environ 200 kilogrammes de substances narcotiques à la frontière syro-libanaise, après un affrontement avec des trafiquants, illustrant la complémentarité entre les institutions de défense et de sécurité intérieure.
Ces opérations ont été précédées d’un coup majeur le 15 janvier 2026, lorsqu’une opération conjointe syro-irakienne a permis la saisie d’environ 2,5 millions de comprimés de captagon, dans l’une des plus grandes opérations visant des réseaux transfrontaliers.
Déclarations officielles reflétant la stratégie 2026
Dans un communiqué du 2 mai 2026, le ministère de l’Intérieur a souligné que ces opérations s’inscrivent « dans le cadre de sa stratégie globale de poursuite des réseaux du crime organisé », affirmant la poursuite des efforts pour traquer les sources de trafic et de fabrication et protéger la société.
Lutte contre le trafic de stupéfiants en 2025
Le ministère de l’Intérieur a annoncé les résultats de ses efforts au cours du second semestre 2025, mettant en avant des succès significatifs dans le tarissement des sources de trafic et la saisie de grandes quantités de stupéfiants, ainsi que l’arrestation d’éléments de réseaux criminels.
Selon une infographie publiée le 6 février, les efforts internes ont permis la saisie de plus de 25,2 millions de comprimés de captagon et de 1 750 kg de haschisch.

À l’international, plus de 23 millions de comprimés ont été saisis, ainsi que 500 kg de précurseurs, 54 kg de méthamphétamine et 229 kg de haschisch. La plus grande opération conjointe entre la Syrie et la Turquie a permis la saisie de plus de 14 millions de comprimés et l’arrestation de 26 éléments de réseaux. D’autres opérations ont visé les routes de trafic vers l’Irak, la Jordanie, le Koweït et l’Arabie saoudite, illustrant l’ampleur de l’activité avant l’intensification des opérations en 2026.
Avant et après le rapport de l’ONUDC : un tournant de qualité
Le rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), publié le 23 décembre 2025, a constitué un tournant majeur. Il a signalé un arrêt significatif de la production illégale de captagon après la libération, suite au démantèlement de 15 sites de production et 13 sites de stockage depuis fin 2024.
Les opérations de 2026 montrent un passage de la lutte contre les centres de production à la traque des réseaux de trafic restants, traduisant une évolution stratégique vers le contrôle des routes transfrontalières.
Coopération régionale dans la lutte contre les stupéfiants
Les opérations menées révèlent une ouverture croissante de la Syrie à la coopération régionale. Plusieurs opérations conjointes ont été menées, notamment avec l’Irak, aboutissant à la saisie de millions de comprimés et au démantèlement de réseaux internationaux.
La coopération avec le Liban s’est également renforcée, à travers la saisie de cargaisons et l’extradition de suspects. D’autres opérations ont visé les routes vers les pays du Golfe, montrant une coordination élargie.
Cette dynamique confirme que la lutte contre les stupéfiants est une question régionale nécessitant une coopération permanente.
L’héritage du régime déchu
De nombreux rapports journalistiques ont authentifié l’implication du régime déchu dans le trafic du captagon, notamment un rapport de Reuters en 2022 intitulé « Comment la Syrie est devenue un centre mondial du captagon », ainsi que des enquêtes du New York Times.
Cet héritage a contribué à la propagation de stupéfiants dans la société et complexifie aujourd’hui la lutte contre ce phénomène.
Les stupéfiants : une menace persistante pour la société
Les stupéfiants restent une menace directe, en particulier pour les jeunes, en raison de leurs effets de santé, psychologiques et sociaux, ainsi que leur lien avec la criminalité et la désintégration familiale.
Des efforts permanents et une stratégie intégrée
L’État syrien adopte aujourd’hui une stratégie globale combinant opérations sécuritaires, renforcement du contrôle des frontières, coopération régionale, sensibilisation et traitement.
Les données montrent que la Syrie est passée d’une phase de lutte contre une production massive à une phase de démantèlement des réseaux restants et des routes de trafic.
En dépit d’un héritage lourd, les efforts se poursuivent dans la perspective de restaurer la sécurité et la stabilité sociale.
André Chatta