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Agence Arabe Syrienne de Presse (SANA) > Dernières nouvelles > International > En s’adaptant à l’IA, l’école peut conserver son rôle irremplaçable

En s’adaptant à l’IA, l’école peut conserver son rôle irremplaçable

Publié: 2025/11/25 10:59 PM
Mis à jour: 2025/12/29 4:56 PM
1 309 Agence Arabe Syrienne de Presse (SANA)

Paris-Le Monde / C’est un fait, les élèves utilisent les outils de l’intelligence artificielle générative. Des solutions existent pour permettre de contourner les menaces qu’elle fait peser sur notre modèle d’apprentissage avec, toujours, le rôle primordial du professeur.

Dans un reportage qu’il a publié aujourd’hui, le journal français « Le monde » souligne que depuis le lancement de ChatGPT, fin 2022, l’intelligence artificielle (IA) générative est entrée dans la salle de classe. Par effraction d’abord, les enseignants faisant le constat, non sans inquiétude, que des élèves de niveau moyen parvenaient du jour au lendemain à produire des développements parfaitement articulés. Cette métamorphose de la triche amuserait les acteurs du système si elle n’était pas inquiétante : avec l’IA, c’est l’acte même de raisonner qui peut être remplacé par la machine, menaçant ainsi de priver l’élève de son outil de travail, son cerveau, dans un mouvement d’affaiblissement de la pensée avec le risque de la déléguer aux géants de la tech.

Et de poursuivre : « Contrairement à Internet lors de son invention, autre grand moment de panique morale, l’IA ne se contente pas de faciliter l’accès à des ressources documentaires infinies, ce qui avait fait craindre, à l’époque, la mise au rebut du professeur. Aujourd’hui, l’IA menace non seulement de remplacer l’enseignant, mais aussi l’élève lui-même. Si Wikipédia avait déjà ringardisé le premier et que l’IA met en cause la place du second, à quoi bon poursuivre cette aventure collective à la fois coûteuse et difficile qu’est l’école ? »

Pour sortir de l’impasse réflexive induite par ce vertige technologique, le système scolaire pourrait commencer par briser le non-dit, et espérer quitter « l’imaginaire pirate », pour reprendre l’expression du professeur et écrivain Maxime Abolgassemi. C’est un fait, au-delà d’un certain âge, les élèves utilisent l’IA. Accepter cette donnée comme incontournable, c’est réfléchir plus efficacement à la manière de se réinventer. Ainsi, une partie des enseignants de lycée ont-ils déjà cessé de donner du travail à la maison.

« Principe de réversibilité »

Mais l’IA révèle un problème presque ontologique, qui tient à la structure du système : comme l’a expliqué au Monde le sociologue Bernard Lahire, la scolarité est tout entière tendue vers la note et le classement, avec Parcoursup en point d’orgue. Les élèves comprennent que leur intérêt est d’abord d’avoir une bonne note et sont tentés de recourir à l’IA pour maximiser leurs chances. Se débarrasser de la « piraterie » implique donc de réfléchir à d’autres façons d’évaluer. La discussion et, surtout, l’exposé oral, que la réforme du lycée a tenté de réintégrer sans grand succès dans le cursus scolaire, tiennent là une occasion inespérée de revenir dans le jeu.

L’intelligence artificielle à l’école, une révolution déjà en marche

Selon « Le Monde », il se trouve par ailleurs que l’IA est très bonne pour corriger l’écrit. Dans un devoir qui lui est soumis, sous réserve de lui avoir fourni des consignes bien pensées (le « prompt »), elle est capable de repérer en quelques secondes les problèmes de transition, les exemples trop peu nombreux, le vocabulaire répétitif. Pourquoi les professeurs n’en profiteraient-ils pas pour pratiquer la double notation, où l’on évalue deux fois le même devoir (sur table) pour prendre en compte les progrès ? Cette pratique, jusqu’alors peu usitée car très chronophage pour le correcteur, est redoutablement efficace car l’élève améliore son propre travail, dans une opération cognitive reconnue par les spécialistes comme parmi les meilleurs moyens de fixer des connaissances.

En classe, les enseignants sont déjà nombreux à intégrer l’IA. Puisqu’elle sait si bien faire un plan en trois parties, qu’elle le fasse. La classe corrige ensemble la proposition de la machine, une manière d’entrer dans la méthodologie de la dissertation.

Chez les spécialistes, le « principe de réversibilité » est la notion à la mode : apprendre aux élèves à utiliser l’IA, d’accord, mais seulement pour faire des choses qu’ils ont déjà appris à décomposer et dont ils maîtrisent les étapes. C’est en outre le seul moyen de s’assurer qu’ils sauront repérer les erreurs, les biais et les « hallucinations », autrement dit les fausses informations que la machine présente comme réelles. L’une des compétences utiles du monde qui vient étant sans doute la maîtrise de l’IA en situation professionnelle, les élèves devront savoir prendre du recul et faire la différence entre les opérations cognitives qu’ils peuvent lui déléguer, et celles qu’ils doivent conserver en propre.

Personnalisation

On répondra que seuls ceux qui souhaitent progresser utiliseront l’IA de façon constructive, accentuant le fossé entre les plus motivés et ceux qui préfèrent contourner l’effort. Mais ce fossé n’existe-t-il pas déjà ? Certains enseignants ont déjà commencé à tirer profit de l’IA pour adapter plus vite les supports d’enseignement.

C’est là que se loge sans doute l’angoisse collective la plus profonde. En poussant cette logique de personnalisation des apprentissages, on imagine un monde dystopique où chaque élève est face à son robot précepteur, dans une scolarité où l’on n’apprendrait plus ensemble, mais les uns à côté des autres. Comme l’écrit le pédagogue Philippe Meirieu, céder à cette idée terrifiante reviendrait à oublier que l’école n’est pas seulement un lieu où l’on apprend, mais où l’on devient un groupe en apprenant les mêmes choses, où l’on fait société dans l’interlocution, entre élèves et enseignant.

ChatGPT à l’école : entre tabou et encouragement, le dialogue compliqué entre professeurs et élèves

Dans cette entreprise-là, une figure centrale n’a jamais été ringardisée par les différentes étapes d’externalisation de la mémoire des hommes – depuis l’invention de l’écriture jusqu’à ChatGPT –, c’est le professeur. Sa voix et sa personne accompagnent le cheminement de l’apprentissage, une entreprise si longue et difficile que l’on peut comprendre les élèves tentés d’en alléger un peu la charge en demandant des réponses à l’IA. C’est le professeur qui leur apprendra que maîtriser un stock de faits n’a pas grand intérêt. Ce qui compte, c’est de savoir poser les bonnes questions, assises sur les bonnes connaissances, à une machine dont le stock est, lui, infini.

A.Ch.

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