Damas, (SANA) Dans le cadre des efforts visant à reconstruire l’économie syrienne après des années de guerre, les politiques fiscales favorables à la production apparaissent comme un levier essentiel de la reprise.
Le décret n° 69 de l’année 2026, qui prévoit des exonérations fiscales en faveur des entreprises endommagées, s’inscrit dans le cadre de cette dynamique stratégique visant à réactiver les secteurs industriel, commercial et touristique, et à impulser un nouveau cycle productif fondé sur l’autonomie économique.
Un soutien public à la réhabilitation des entreprises
Le décret 69 constitue un instrument direct de soutien à la remise en état de milliers d’entreprises endommagées ou mises hors service. En accordant des exonérations fiscales différenciées selon l’ampleur des dommages subis, il allège les charges financières des exploitants et leur offre une opportunité concrète de reprise d’activité.

Dans ce cadre, le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a affirmé que ce décret « contribuera à la réhabilitation de plus de 30 000 entreprises industrielles, commerciales et touristiques », soulignant que cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une vision gouvernementale ayant pour but de soutenir la reprise économique et à stimuler l’environnement des affaires.
Les exonérations fiscales comme instrument de reprise
Les exonérations fiscales constituent un outil classique de politique budgétaire expansionniste. Elles permettent d’accroître la liquidité des producteurs, ce qui se traduit directement par une amélioration de leur capacité à relancer les lignes de production, à recruter de la main-d’œuvre, à entretenir et moderniser les équipements, ainsi qu’à élargir leur activité.
Dans une phase de reconstruction, l’allègement de la pression fiscale contribue également à réduire les risques liés à l’investissement, incitant ainsi les capitaux nationaux à réintégrer le marché intérieur plutôt qu’à demeurer en retrait ou à s’orienter vers l’étranger.
Les effets macroéconomiques attendus

D’un point de vue macroéconomique, les retombées du décret 69 peuvent être analysées à travers plusieurs mécanismes. La reprise des activités productives entraîne une augmentation de l’offre locale, ce qui améliore la disponibilité des biens sur le marché, atténue les tensions inflationnistes liées aux pénuries et favorise une relative stabilisation des prix.
Par ailleurs, la montée en puissance de la production nationale réduit mécaniquement la dépendance aux importations, allégeant la pression sur les réserves en devises étrangères, améliorant la balance commerciale et renforçant l’autonomie économique du pays.
La réactivation des entreprises contribue également à la création d’emplois, ce qui participe à la baisse du chômage, à l’amélioration des revenus et à la relance de la demande intérieure. Enfin, si ces exonérations entraînent une diminution des recettes fiscales à court terme, elles sont susceptibles, à moyen et long terme, d’élargir l’assiette fiscale, d’accroître le nombre de contribuables et de générer des recettes publiques plus soutenables.
La reconstruction par la production
Aucune reconstruction durable ne peut être envisagée sans une base productive solide. Les exonérations fiscales participent ainsi à la revitalisation du tissu industriel, à la fourniture locale des matériaux nécessaires aux chantiers et à la réduction des coûts globaux de la reconstruction. Elles se transforment, de ce fait, en un pilier de la stratégie de reprise économique.
Importance d’une réforme fiscale structurelle

En dépit de l’importance de cette mesure, son efficacité demeure conditionnée à une réforme plus large du système fiscal, encore marqué par des lourdeurs administratives et un déficit d’efficacité. La transition vers un système fiscal moderne, fondé sur la transparence, l’équité et la flexibilité, apparaît comme une condition indispensable pour attirer les investissements et soutenir une croissance durable.
Une telle réforme devrait s’appuyer sur la simplification des procédures, la numérisation des services fiscaux, le renforcement de la confiance entre l’administration et les contribuables, ainsi que sur une meilleure adéquation entre l’imposition et l’activité économique réelle.
Vers un nouveau départ industriel
Les mesures actuelles offrent une opportunité tangible d’engager une nouvelle phase de relance industrielle. Les entreprises endommagées peuvent retrouver leur rôle productif et contribuer à l’émergence d’une économie plus équilibrée et plus autonome.
Soutenir aujourd’hui les industriels ne relève pas seulement d’une réponse conjoncturelle aux effets de la guerre, mais constitue un investissement stratégique dans l’avenir économique du pays, en posant les bases d’un modèle de croissance centré sur la production plutôt que sur la consommation.
Le décret 69 marque une étape significative dans l’évolution de la politique économique syrienne, en plaçant le soutien à la production nationale au cœur du processus de rétablissement. Si les exonérations fiscales apparaissent comme un instrument efficace de stimulation de l’activité, leur impact durable dépendra de la mise en œuvre de réformes structurelles plus profondes, capables d’instaurer un environnement économique propice à la croissance et à la compétitivité à long terme.

André Chatta