Damas, (SANA) – Le phosphate syrien est considéré comme l’une des ressources naturelles les plus importantes du pays et apparaît aujourd’hui comme un pilier essentiel pour soutenir l’économie nationale durant la phase de reconstruction, après plus d’une décennie de guerre et de destructions.
Les réserves de phosphate de la Syrie sont estimées entre 1,8 et 2,1 milliards de tonnes, ce qui place le pays parmi les cinq premiers au monde en termes de réserves de phosphate.
L’importance du phosphate pour l’économie syrienne
Le phosphate constitue la base de la production d’engrais phosphatés, indispensables à l’agriculture mondiale, le phosphore étant un élément nutritif essentiel pour la croissance des plantes et l’amélioration des rendements agricoles.

Le minerai de phosphate est également utilisé dans de nombreuses industries chimiques, notamment dans la fabrication de l’acide phosphorique et de divers composés industriels.
Avant le déclenchement de la révolution en 2011, le phosphate figurait parmi les principales sources de devises pour la Syrie. La production annuelle atteignait alors environ 3,5 à 3,6 millions de tonnes, dont la majeure partie était destinée à l’exportation, générant des revenus importants pour l’État.
La situation après la guerre et la reprise de la production
Le secteur du phosphate a connu un fort recul avec le début de la révolution, la production chutant à moins de 1,5 million de tonnes par an certaines années, en raison de la destruction des infrastructures et de l’arrêt des usines.
À la fin de l’année 2025, les autorités syriennes ont annoncé la remise en service d’une grande usine de lavage et de séchage du phosphate dans les mines d’Al-Charqiya, dans le gouvernorat de Homs, après dix ans d’arrêt.
Cette installation dispose d’une capacité de production annuelle d’environ 1,2 million de tonnes, marquant une étape importante vers la relance du secteur et son retour sur les marchés internationaux.
Les usages du phosphate sont multiples, notamment :
• L’agriculture : composant essentiel des engrais phosphatés, contribuant à la sécurité alimentaire mondiale.
• Les industries chimiques : fabrication de l’acide phosphorique, de produits utilisés dans l’industrie agroalimentaire, les détergents et les procédés miniers.
• Les marchés mondiaux : la demande mondiale en phosphate demeure élevée et devrait continuer à croître avec l’augmentation des besoins alimentaires.
L’importance du développement des ports syriens
Le développement des ports syriens, en particulier ceux de Tartous et de Lattaquié, constitue un enjeu stratégique majeur pour accroître les capacités d’exportation du pays. Les ports ne sont pas de simples points de chargement, mais de véritables plates-formes logistiques reliant la production intérieure aux marchés internationaux.

La modernisation des infrastructures portuaires, des réseaux de transport ferroviaire et routier, ainsi que des installations de stockage et de traitement, permettrait de réduire les coûts de transport, d’améliorer la compétitivité du phosphate syrien et d’attirer des investissements étrangers.
Le monopole du régime et les alliances économiques
Au cours des dernières années, le secteur du phosphate syrien a été placé sous le contrôle quasi exclusif d’entreprises liées au régime déchu, ce qui a, selon des analystes économiques, contribué avec les sanctions internationales, à la baisse des bénéfices réels pour l’économie syrienne, freiné l’introduction de technologies modernes et empêché l’émergence de partenariats transparents et équitables.
Le phosphate dans la phase de reconstruction
Dans le contexte de la reconstruction, le phosphate représente l’une des ressources naturelles les plus importantes pour financer la reprise économique. Les revenus issus de son exploitation pourraient être orientés vers :
• le développement des infrastructures,
• le soutien aux secteurs agricole et industriel,
• le renforcement de la sécurité alimentaire,
• l’appui au budget de l’État,
• la création d’emplois durables pour la jeunesse syrienne.

Toutefois, la réussite de cette stratégie dépend de la mise en place d’une gouvernance transparente, de l’introduction de technologies modernes et d’une politique d’investissement et d’exportation garantissant que cette richesse serve avant tout les intérêts du peuple syrien.
Le phosphate syrien constitue une véritable richesse nationale, porteuse d’un potentiel considérable pour soutenir l’économie du pays dans la phase de reconstruction.
Malgré l’importance des réserves, la production reste inférieure à son niveau d’avant-guerre. Le retour du phosphate syrien à un rôle central nécessite des réformes structurelles profondes, le développement des infrastructures logistiques et portuaires, ainsi qu’une gestion équitable et transparente de cette ressource stratégique, afin qu’elle contribue réellement à la reconstruction et à la stabilité économique de la Syrie.


André Chatta