Damas, (SANA) Longtemps considérée comme l’un des piliers essentiels de l’économie syrienne, l’agriculture demeure aujourd’hui le secteur le plus résilient du pays.
Alors que l’industrie, le tourisme et une large part des services ont fondu sous les effets cumulés de la guerre, des déplacements de population et de l’effondrement des infrastructures, les terres cultivées continuent de produire, parfois modestement, mais avec une capacité notable à repartir.
Un territoire à la diversité agricole rare
Des plaines côtières humides du bassin méditerranéen jusqu’aux plateaux semi-arides de l’intérieur, la Syrie bénéficie d’une mosaïque climatique qui a façonné son identité de « pays agricole ».
Les vallées fertiles de l’Euphrate et de l’Oronte, le grenier céréalier de la Jazira, et les espaces irrigués autour de Hama, Homs, Alep ou Daraa forment un paysage où coexistent cultures pluviales et agriculture irriguée.
Avant 2011, ce tissu agricole permettait au pays d’assurer une part importante de sa sécurité alimentaire tout en alimentant les marchés régionaux avant sa destruction par le régime déchu à cause de ses actes terrifiants.
Une clé pour la reconstruction économique

Pour un certain nombre d’experts et de responsables locaux, la relance agricole représente le moyen le plus rapide et le moins coûteux de remettre l’économie en mouvement. Contrairement au secteur industriel, qui exige investissements lourds et infrastructures stables, l’agriculture repose sur des ressources encore présentes : les terres, l’eau, l’expérience paysanne.
Ses effets multiplicateurs sont immédiats :
• création d’emplois ruraux dans les zones les plus touchées,
• réduction de l’exode interne,
• relance des services annexes (transport, stockage, commercialisation),
• apport de matières premières à l’industrie agroalimentaire, encore en activité dans plusieurs gouvernorats.
À l’échelle macroéconomique, développer les cultures évite au pays de dépendre massivement d’importations coûteuses, alors que les ressources financières et les capacités logistiques restent limitées.
Un levier potentiel d’accès aux devises
Dans le passé, les exportations agricoles figuraient parmi les premières sources de devises de la Syrie. Les marchés arabes, mais aussi européens et asiatiques, accueillaient les productions du pays : agrumes, olives et huile d’olive, coton, pistaches d’Alep, fruits et légumes variés.
La remise en route des chaînes d’exportation, même graduellement, permettrait de réduire une pression monétaire considérable dans un contexte de rareté du dollar et de chute prolongée de la livre syrienne.
Des sanctions aux impacts multiples
Les contraintes externes ont pesé lourdement sur le secteur.
L’accès aux intrants agricoles – engrais, semences améliorées, produits phytosanitaires – était limité. Le coût du carburant renchérit l’irrigation et le transport. Les importations de machines et de pièces détachées étaient ralenties ou bloquées par les sanctions financières.
Pour Damas, mais aussi pour les acteurs ruraux sur le terrain, la levée des sanctions offre une grande opportunité à une reprise à grande échelle, étant donné qu’elle contribue à exporter tous les produits agricoles syriens et d’importer tout ce qui nécessaire pour ce secteur.
Des cultures emblématiques toujours présentes
En dépit des difficultés, une large partie du patrimoine agricole syrien subsiste :

• blé et orge, colonne vertébrale de l’autosuffisance alimentaire ;
• coton, autrefois pilier de l’industrie textile nationale ;
• oliviers et huile d’olive, de Lattaquié à Idleb et au sud ;
• agrumes du littoral, pommes du sud, raisins et grenades, pistaches d’Alep ;
• fruits et légumes destinés aux marchés locaux et à la transformation.
De la ferme à l’usine : une montée en valeur ajoutée
L’un des enjeux majeurs réside dans la consolidation du lien entre agriculture et industrie.
Conserver, transformer et conditionner davantage de produits sur place permettrait de réduire les pertes post-récolte et de multiplier les bénéfices économiques : conserveries, huiles conditionnées, jus naturels, fruits séchés, produits laitiers, alimentation animale, filatures de coton.
Autant de segments capables de redonner souffle au tissu industriel syrien.
Sécurité alimentaire et souveraineté

L’un des rares acquis des décennies précédant la révolution fut une quasi autosuffisance en céréales et en produits de base. La Syrie pourrait, selon plusieurs institutions agricoles, retrouver cette position, à condition de moderniser l’irrigation, restaurer les réseaux d’approvisionnement, soutenir le crédit rural et renforcer les capacités de stockage.
En dépit des cicatrices laissées par la guerre, l’agriculture demeure pour la Syrie un espace de reconstruction possible.
Terre, eau, savoir-faire paysan : les fondations existent. Après la levée des sanctions et si les investissements – publics ou privés – trouvent leur chemin, et si les infrastructures rurales sont réhabilitées, le pays pourrait transformer son agriculture d’activité de survie en pilier majeur de reprise économique.






André Chatta