Damas, (SANA) L’artisanat traditionnel de la Jazira syrienne constitue une part essentielle de l’identité culturelle et sociale de la région. Depuis toujours, les femmes jouent un rôle déterminant dans la préservation et le développement de ces savoir-faire.
Grâce à leurs compétences ancestrales, elles ont contribué à la production d’objets artisanaux traditionnels tels que le tissage, la broderie, la fabrication de tapis ainsi que les ouvrages en laine et en coton, exprimant une sensibilité artistique profonde qui reflète l’environnement local et les coutumes sociales.
Ces artisanats ne sont pas de simples activités économiques : ils représentent aussi un moyen de préserver la mémoire collective et de renforcer le rôle des femmes au sein de la société, incarnant leur créativité ainsi que leur participation active à la vie économique et culturelle de la Jazira syrienne.
De la maison au métier
Les femmes de la Jazira euphratienne, comme le montre le chercheur Ahmad al-Hussein dans son étude publiée dans la Revue du patrimoine populaire, ne se sont pas limitées aux tâches domestiques. Elles ont également exercé des métiers productifs dans les campagnes et les zones bédouines, tandis que dans les villes ces mêmes activités étaient assumées par les hommes à des fins commerciales. Cette distinction montre que l’artisanat, bien que fortement associé aux femmes dans les zones rurales, pouvait aussi être pratiqué par les hommes dans un cadre marchand. Elles s’appuyaient sur des matériaux locaux et un savoir-faire transmis de mère en fille, ce qui leur permettait de subvenir aux besoins du foyer, de réduire les dépenses et de contribuer au revenu familial.
Les textiles en laine
Les étoffes en laine occupent une place centrale dans ces savoir-faire.
Les femmes y réalisent diverses pièces servant à couvrir la tente, transporter les grains et les effets, orner chevaux et chameaux, ou encore conserver les objets personnels. Le travail commence par le filage de la laine de mouton et du poil de chèvre au fuseau, avant de passer au métier horizontal, « le sadu ». On y tisse des bandes pour couvrir sols et parois, des tapis ainsi que des sacs et pochettes destinés au transport et au rangement. Chaque pièce exige précision et maîtrise, alliant utilité et esthétique grâce aux couleurs des fils et aux motifs géométriques.
Les rembourrages et housses
Les rembourrages et housses constituent une partie essentielle du mobilier pour s’asseoir et se chauffer. Ils reposent sur la laine, le coton et parfois des tissus achetés sur les marchés, ce qui montre une combinaison entre ressources locales et matériaux extérieurs.
Les matelas traditionnels dawâsheq et les couvertures
Les dawâsheq sont des matelas domestiques fabriqués en laine, en coton ou en paille. Ils se composent de trois couches : une enveloppe en tissu, une garniture et une face extérieure. Les femmes les cousent avec des fils solides selon une technique destinée à empêcher la garniture de s’agglomérer. Le dawshaq est confectionné à partir d’un tissu brun. On y étale la garniture, puis on l’enroule fermement avant de le coudre, de manière à obtenir un bloc compact.
Les industries du cuir
Les industries du cuir étaient une composante essentielle de l’économie domestique bédouine et rurale, où les femmes fabriquaient des contenants à partir de peaux de moutons, de chèvres et de jeunes chameaux pour conserver l’eau et fabriquer du lait, du beurre et du ghee.
Fours en argile
La fabrication des fours, notamment du tandoor, repose sur l’utilisation de matériaux locaux : argile rouge, paille, poils de chèvre et sel séché. Le tandoor sert à cuire le pain traditionnel, à rôtir la viande et à préparer des plats dans des pots hermétiques.
L’industrie alimentaire
Elle comprend la transformation des produits animaux et agricoles en formes plus stables comme le ghee et le (kishk), afin d’assurer une alimentation durable, particulièrement en hiver.
Entre tradition et modernité
L’introduction de machines modernes dans la traite et le nettoyage a certes réduit la main-d’œuvre, mais elle a aussi entraîné un déclin des savoir-faire manuels et une baisse de la qualité de certains produits traditionnels. Le travail du cuir, le filage et la teinture ont progressivement disparu, même si certaines pratiques décrites plus haut subsistent encore aujourd’hui. La description ethnographique se situe donc entre héritage vivant et patrimoine en voie de disparition. Cette transformation révèle une perte considérable des compétences et des talents qui caractérisaient les femmes de la région de la Jazira syrienne.



R.kh / M.Ch.