Bruxelles, (SANA)– Un an après la chute de Bachar el-Assad, un réfugié belgo-syrien revenu à Damas raconte l’histoire d’un espoir retrouvé, malgré les villes détruites, les disparus, l’absence de justice et l’immense défi de reconstruire une société déchirée mais résiliente.
Le réfugié belgo-syrien Hazem Yab Rudy, cité par le journal « Le Soir », un quotidien généraliste belge de langue française fondé en 1887, a écrit: « je vous écris à quelques jours du premier anniversaire de la chute du régime d’Assad, un événement majeur vécu par tant de Syriens et Syriennes comme l’accomplissement improbable d’un rêve longtemps jugé impossible. ».
Il a ajouté que pour beaucoup de réfugiés syriens en Europe, ce rêve de retour était une blessure ouverte : reviendrons-nous un jour en Syrie, avant de mourir ? La supériorité militaire d’Assad et de ses alliés iraniens et russes semblait jusqu’alors un obstacle insurmontable entre nous et la liberté.
Il a indiqué que ce slogan scandé en 2011 par les manifestants, « liberté », a été la flamme qui a ébranlé le trône du dictateur, déclenchant les répressions les plus violentes envers la population.
« j’ai vécu le cauchemar des checkpoints militaires et la peur constante d’une arrestation arbitraire, une terreur gravée dans l’inconscient collectif des Syriens », a-t-il indiqué.
Puis, le 8 décembre 2024, est arrivé le miracle : Assad prend la fuite vers Moscou, mettant fin à notre cauchemar et ouvrant un souffle d’espoir. Après quelques mois d’hésitations, j’ai osé franchir le pas, valise à la main, chargée de chocolats belges pour retourner à Damas, ma ville natale. Ce moment fut onirique, presque irréel, une marche sur un nuage au milieu de retrouvailles bouleversantes.
Pourtant, cette joie immense ne masque pas la dévastation après quatorze ans de guerre ni les défis colossaux qui attendent la Syrie.
Les disparus restent nombreux, leurs familles enfermées dans un douloureux deuil sans certitude, amplifié par la découverte régulière de fosses communes.
La justice transitionnelle reste balbutiante, presque absente ; les responsables de crimes de guerre échappent encore trop souvent au jugement, laissant un vide qui alimente parfois justice aveugle et violences locales, notamment dans des régions comme la Côte et Soueida.
Un pays qui a la force de renaître
La paix sociale et la réconciliation représentent un autre défi de taille. La guerre a déchiré le tissu social, installé des divisions profondes, nourri la peur de l’autre, et les autorités en transition préfèrent souvent la politique du haut vers le bas aux dialogues. Pourtant, j’ai foi en une société civile syrienne riche et dynamique, capable de tendre la main, de reconstruire le lien et de faire renaître une coexistence fraternelle.
Enfin, la reconstruction matérielle du pays semble monumentale, entre villes en ruines, infrastructures détruites et sanctions économiques persistantes qui freinent l’élan. Il faudrait un plan global de type Marchal pour permettre le retour des millions de réfugiés amassés dans les camps en Turquie, Liban, et Jordanie.
Malgré la pauvreté et les plaies psychologiques profondes laissées par la terreur du régime, la chaleureuse convivialité et la résilience d’un peuple qui refuse de s’éteindre sont palpables dans chaque rue syrienne visitée aujourd’hui. Ce pays a la force de renaître de ses cendres, porté par l’espoir d’un avenir de paix et d’amour, à reconstruire ensemble.
Ib.I./R.B.