Washington, (SANA) – Les données sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz au cours des six derniers mois montrent les limites de la capacité de l’Iran à imposer une voie déterminée aux navires, alors que les compagnies maritimes et les pétroliers se tournent vers des itinéraires alternatifs, sur fond d’efforts américains visant à maintenir ouvert le passage sud du détroit au commerce et aux flux énergétiques.
Selon les données de Kpler rapportées mercredi par Asharq Bloomberg, 2 485 passages ont été enregistrés dans le détroit entre début mars et le 18 août. Seuls 735, soit 29,6 %, ont emprunté la voie iranienne, tandis que 57,5 % des passages ont été classés comme « discrets » ou effectués par une route inconnue.
Les données montrent que la voie iranienne ne s’est pas durablement imposée comme route dominante, malgré la capacité de Téhéran à menacer les navires et à accroître le coût du transit. La voie omanaise a été empruntée dans 7 % des passages, contre 5,8 % pour la voie centrale, que Kpler classe comme voie de l’Organisation maritime internationale.
Recul de la voie iranienne
Les limites du contrôle iranien apparaissent plus clairement en comparant les différents mois de la guerre. En avril dernier, alors que le trafic maritime était limité, 195 passages sur 355 avaient emprunté la voie iranienne, portant temporairement sa part à 54,9 %.
Mais avec la reprise progressive du trafic, la situation a changé. En juin, le nombre total de passages a atteint 752, contre 355 en avril, tandis que seulement 149 navires ont emprunté la voie iranienne. La part de celle-ci est ainsi tombée à 19,8 %, son niveau le plus bas depuis le début de la guerre.
En juillet, la moyenne s’est établie à 20,1 opérations de transit par jour, tandis que la part de la route iranienne est restée à 24,9 %, avant de grimper à 34,5 % au cours des 18 premiers jours d’août.
Cité par Asharq Bloomberg, Homayoun Falakshahi, analyste du marché du pétrole brut chez Kpler, estime qu’il est encore trop tôt pour affirmer que l’Iran a perdu sa capacité à contrôler le détroit, mais que les indicateurs montrent qu’il en a perdu une partie.
Une navigation devenue plus discrète
La baisse de l’utilisation de la voie iranienne ne signifie toutefois pas que la majorité des navires se sont simplement reportés sur la voie omanaise. Les données de Kpler montrent que la plus grande partie du trafic a été classée comme « discrète » ou empruntant une route inconnue.
Asharq Bloomberg a rapporté, citant Falakshahi, que 72 des 84 pétroliers chargés de brut ayant traversé Ormuz depuis le 7 juillet avaient leurs systèmes de suivi désactivés. Kpler estime qu’ils ont probablement emprunté le côté omanais, sans toutefois pouvoir le confirmer avec certitude.
Dans le même contexte, des responsables américains cités par Axios le 19 août ont fait état de la mise en place d’un corridor dans la partie sud du détroit, emprunté par des pétroliers pendant la nuit, alors que les capacités iraniennes de radar et de surveillance maritime étaient prises pour cible.
Une reprise encore loin des niveaux d’avant-guerre
Malgré l’amélioration du trafic maritime, celui-ci reste très inférieur à ses niveaux d’avant-guerre. Le nombre moyen de passages quotidiens s’élevait à environ 94,9 en février, avant de tomber à 7,5 en mars, puis de remonter à 25,1 en juin et de revenir à 12,9 par jour au cours des 18 premiers jours d’août.
Ces chiffres montrent que l’Iran n’est pas parvenu à faire de sa voie le principal itinéraire de transit des navires, tout en conservant la capacité de maintenir le trafic maritime à des niveaux nettement inférieurs à ceux enregistrés avant la guerre.
Une pression qui se retourne contre l’Iran
Le maintien des restrictions sur la navigation impose également un coût économique à l’Iran, notamment en raison de la baisse de ses exportations pétrolières.
Selon Kpler, les expéditions iraniennes de pétrole sont passées d’environ 893 000 barils par jour, avant le rétablissement du blocus le 14 juillet, à 156 000 barils par jour le 17 août, parallèlement à une forte baisse de l’activité dans les ports d’exportation.
Cette évolution intervient alors que Washington cherche à accentuer la pression économique sur l’Iran et cible ses réseaux de transport maritime, de financement et de commerce, faisant de la bataille autour d’Ormuz un enjeu qui dépasse le contrôle de la voie maritime pour porter sur la capacité de chaque partie à supporter le coût économique de la poursuite de la crise.
a.h/ rf.