Capitals, (SANA) Le détroit d’Ormuz n’est pas devenu un passage totalement fermé, mais il est entré dans une phase de navigation restreinte, avec le passage d’un nombre limité de navires sous des mesures de sécurité renforcées.
Cette situation alimente les inquiétudes des compagnies maritimes et des marchés mondiaux de l’énergie, tandis que les pays producteurs et consommateurs tentent de s’adapter à une nouvelle réalité imposée par les tensions régionales.
Selon des données relayées par Bloomberg ce mercredi, le détroit a enregistré le passage de 12 navires le 28 juillet, dont 10 ayant emprunté ce que l’on appelle la “route iranienne”, tandis que le système traditionnel de séparation du trafic est resté presque totalement désert. Cela reflète le recours continu des compagnies maritimes à des itinéraires spécifiques et à des mesures de précaution destinées à réduire les risques.
D’après les données de MarineTraffic, les navires ayant traversé le détroit comprenaient des pétroliers, des cargos, des remorqueurs et des navires de service. L’Organisation maritime internationale n’a signalé aucun nouvel incident sécuritaire ni le passage de navires inscrits sur des listes de sanctions.
Malgré une amélioration limitée, le trafic maritime reste loin de ses niveaux habituels. Les données de Kpler indiquent une baisse persistante du nombre de navires traversant le détroit, avec environ deux millions de barils par jour exportés via un nombre restreint de tankers au cours des sept derniers jours.
La société HFI Research a également confirmé que la navigation dans la partie sud du détroit demeure extrêmement réduite.
ADNOC poursuit l’exportation du gaz
Dans le secteur énergétique, la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi (ADNOC) poursuit l’exportation de gaz naturel liquéfié depuis ses installations dans le Golfe, malgré le ralentissement observé du trafic maritime.
Selon des données compilées par Bloomberg, un méthanier appartenant à la flotte d’ADNOC a traversé le détroit d’Ormuz sans activer ses dispositifs de suivi, signe que certaines unités réduisent volontairement leur visibilité électronique pour des raisons de sécurité. Des images satellites montrent également la poursuite des opérations de chargement à la station de l’île de Das, malgré la disparition de plusieurs navires des systèmes de suivi.
Ces évolutions indiquent que les flux énergétiques ne se sont pas interrompus, mais qu’ils reposent désormais sur des modalités opérationnelles plus prudentes dans l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde.
Tentatives pour gérer la crise de la navigation
La limitation du trafic dans le détroit coïncide avec des efforts diplomatiques visant à trouver des mécanismes garantissant la continuité de la navigation.
Le sultanat d’Oman avait proposé un mécanisme reposant sur des contributions volontaires des compagnies maritimes dans le cadre d’une structure régionale de gestion de la sécurité du détroit. Un responsable iranien a rejeté cette idée, tandis qu’un responsable américain a affirmé que toute future disposition n’inclurait pas l’imposition de frais de passage.
Reuters a rapporté que Mike Sommers, directeur général de l’American Petroleum Institute, s’est opposé à l’instauration de nouveaux frais, avertissant que toute mesure supplémentaire pourrait accentuer les pressions sur le commerce et l’énergie.
Des répercussions qui dépassent les marchés pétroliers
Le détroit d’Ormuz revêt une importance stratégique en tant que passage essentiel pour les exportations de pétrole et de gaz du Golfe. La persistance des restrictions accroît donc les coûts de transport et d’assurance, et renforce ce que l’on appelle la “prime de risque géopolitique”.
Les répercussions de la crise ne se limitent pas à l’énergie. Des biologistes marins ont mis en garde contre des risques environnementaux liés à la présence prolongée d’un grand nombre de navires dans les eaux du Golfe. Le Guardian a rapporté que plus de 1 500 navires commerciaux sont immobilisés dans la région, ce qui pourrait favoriser l’accumulation d’organismes marins sur leurs coques et la propagation d’espèces invasives vers de nouveaux environnements lors de la reprise du trafic.
Entre le passage de certains navires et la baisse générale du trafic, il semble que le détroit d’Ormuz soit entré dans une nouvelle phase intitulée “navigation sous contraintes”, où les compagnies énergétiques et maritimes tentent de maintenir les flux d’approvisionnement tout en réduisant les risques.
L’avenir du détroit demeure lié à l’évolution des dynamiques politiques et sécuritaires, ainsi qu’à la capacité des efforts diplomatiques à ramener la navigation à ses niveaux habituels.
mch