Gaza, (SANA) Alors que la guerre d’extermination israélienne contre la bande de Gaza entre dans sa 3e année, plus de deux millions de Palestiniens livrent une bataille quotidienne pour assurer leur subsistance, à l’ombre d’un effondrement économique total qui a laissé les habitants du secteur sans emploi, sans source de revenu et sans aide, en raison du blocus imposé par l’occupation.
Selon un rapport publié par Al-Jazeera Net, le revenu annuel de l’individu dans la bande de Gaza est passé de 1 257 dollars en 2022 à 161 dollars en 2024, selon l’Autorité monétaire palestinienne.
Ce niveau figure parmi les plus bas au monde, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) intitulé « Évolution de l’économie dans les territoires palestiniens occupés ».
Le rapport souligne que l’économie de Gaza ne représente plus que 13 % de son volume de 2022, tandis que le taux de chômage dépasse 80 %.
Il qualifie la situation de l’un des pires effondrements économiques enregistrés dans le monde ces dernières décennies, car il a anéanti des années de développement économique et mis l’ensemble de la population sous le seuil de pauvreté.
Sur la base des rapports de l’ONU, il est difficile pour la population de Gaza de couvrir leurs besoins quotidiens, la majorité ayant perdu toute source de revenu, alors que les coûts des produits essentiels comme la nourriture, les vêtements et les médicaments ont beaucoup augmenté, au point que nombre de familles ne peuvent plus les assumer.
Effondrement du pouvoir d’achat
Al-Jazeera Netn citant une note de politique rédigée par Dr Saif al-Din Ouda sur « le mécanisme de monopole et d’exploitation dans l’économie de guerre et son impact sur l’érosion du pouvoir d’achat et l’épuisement des ressources des citoyens », a indiqué que la flambée des prix à Gaza a entraîné une baisse du pouvoir d’achat de 66,7 %. Ainsi, chaque 100 dollars reçus sous forme d’aide ou de revenu n’avaient en réalité qu’une valeur effective d’environ 33 dollars.
La note précise que la valeur nominale des dépenses des ménages durant les 25 mois de guerre a atteint environ 1,8 milliard de dollars, tandis que leur valeur réelle, calculée aux prix d’avant-guerre, n’a pas dépassé 604,8 millions de dollars.
De son côté, le rapport de la CNUCED attribue l’effondrement du pouvoir d’achat et de l’économie gazaouie à plusieurs facteurs, notamment la destruction massive des infrastructures et des secteurs productifs, les restrictions imposées à la circulation, au commerce et à l’entrée des biens, la destruction des usines, des terres agricoles et des moyens de subsistance, ainsi que l’arrêt d’une grande partie des activités économiques et des services.
Une destruction israélienne systématique de l’économie de Gaza
Le spécialiste des affaires économiques, Dr Imad Labad, a déclaré qu’Israël œuvre depuis des années à saper la productivité des marchés de Gaza en détruisant les piliers des secteurs économiques essentiels, ce qui a limité la capacité du marché local à générer de véritables opportunités d’emploi. La dernière guerre est venue porter « le coup de grâce » à ce qui restait de ces secteurs.
Labad a expliqué que les principales sources de revenu des habitants de Gaza aujourd’hui sont les aides humanitaires, devenues la source essentielle pour tous, alors qu’avant la guerre, environ 55 % de la population en dépendait.
Il a ajouté que ces aides ont elles-mêmes donné naissance à une sorte de « marché économique » autonome, certains habitants vendent une partie des denrées qu’ils reçoivent pour acheter d’autres besoins, créant ainsi un mouvement commerciale limité qui procure un revenu modeste aux familles.
La guerre d’extermination a également engendré ce que l’on peut appeler « l’économie de survie », où de nombreux Palestiniens ayant perdu leur emploi se sont tournés vers de nouvelles activités pour assurer un minimum de revenu, telles que la réparation de chaussures et de vêtements, le transport d’eau, les services de livraison ou l’utilisation de charrettes manuelles, des métiers apparus en raison de la pénurie de biens et de la difficulté de les faire entrer dans le secteur.
Par ailleurs, de nombreuses familles dépendent des initiatives communautaires et des cuisines solidaires pour obtenir leur repas principal, ainsi que des transferts d’argent envoyés par des proches à l’étranger ou par des sympathisants, devenus un élément essentiel de l’économie locale et des moyens de subsistance.
Malgré l’ampleur évidente de la catastrophe humanitaire et de l’effondrement économique et social provoqués par la guerre d’extermination dans la bande de Gaza, la communauté internationale demeure incapable de prendre des mesures sérieuses pour mettre fin à la guerre ou protéger les civils de ses conséquences dévastatrices, laissant les Gazaouis seuls face à leur destin dans une tragédie qui n’en finit pas.
R.S./L.Arfi