Damas, (SANA) En dépit des tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, les exportations de brut des principaux producteurs de la région ont retrouvé, pour la première fois depuis le début du conflit, leur niveau d’avant-guerre.
Les perturbations provoquées par la guerre au Moyen-Orient commencent-elles à s’atténuer sur le marché pétrolier ? C’est en tout cas ce que laissent entrevoir les dernières données sur les exportations de brut. Selon des chiffres de la société de suivi maritime Kpler, cités par Le Parisien, les pays du Moyen-Orient, hors Iran, ont exporté la semaine dernière des volumes de pétrole supérieurs à leur niveau moyen d’avant le conflit.
Pour la première fois depuis le lancement, fin février, de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, la moyenne hebdomadaire des expéditions a ainsi dépassé pendant plusieurs jours consécutifs le niveau enregistré avant la guerre, soit environ 18 millions de barils par jour.
Cette remontée intervient alors que le détroit d’Ormuz reste pourtant fortement perturbé. Cette étroite voie maritime, située entre l’Iran et la péninsule Arabique, constituait avant le conflit l’un des principaux points de passage des hydrocarbures mondiaux : environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde y transitaient.
Des pétroliers de plus en plus nombreux à franchir Ormuz
Depuis le début du conflit, l’Iran exige des navires souhaitant traverser le détroit qu’ils obtiennent au préalable une autorisation. Ceux qui refusent de se soumettre à cette exigence s’exposent à des attaques, devenues presque quotidiennes, selon les éléments rapportés par Le Parisien.
Mais malgré ces risques, le trafic reprend progressivement. De plus en plus de pétroliers franchissent désormais Ormuz sous escorte américaine pour quitter le Golfe et poursuivre leur voie vers les marchés internationaux.
Cette reprise du trafic contribue à faire remonter les volumes d’exportation des pays producteurs de la région.
Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à expliquer le retour des flux pétroliers à leur niveau d’avant-guerre. Depuis plusieurs semaines, les pays du Golfe ont également renforcé les itinéraires permettant de contourner le détroit.
L’Arabie saoudite mise sur la mer Rouge
L’Arabie saoudite dispose notamment d’une infrastructure stratégique pour réduire sa dépendance à Ormuz : l’oléoduc Est-Ouest. Celui-ci relie les principaux champs pétroliers situés dans l’est du royaume au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge, de l’autre côté de la péninsule Arabique.
La remise en service de cet ouvrage permet ainsi d’acheminer une partie du pétrole saoudien vers la mer Rouge sans avoir à emprunter le détroit.
L’oléoduc avait toutefois été fermé le 11 septembre, après des frappes lancées depuis l’Irak. Sa réactivation offre à Riyad une voie alternative au moment où les tensions autour d’Ormuz compliquent la circulation des navires.
Les Émirats arabes unis disposent eux aussi d’une solution de contournement. Leur oléoduc permet d’acheminer le pétrole jusqu’au terminal de Fujairah, situé en dehors du détroit d’Ormuz. Cette infrastructure permet aux exportateurs émiratis de maintenir une partie de leurs flux sans dépendre directement de cette voie maritime stratégique.
Le pétrole reflue après les perturbations
La multiplication des itinéraires et la reprise progressive du trafic maritime semblent également commencer à se refléter sur les cours du brut.
Vers 03h10 GMT lundi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre reculait de 0,79 %, à 101,44 dollars. Aux États-Unis, le baril de West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en novembre, abandonnait 1,20 %, à 90,02 dollars.
Après les fortes perturbations provoquées par le conflit, l’amélioration des flux offre ainsi un certain soulagement au marché. Les exportateurs parviennent progressivement à utiliser plusieurs voies simultanément : le détroit d’Ormuz lorsque les conditions le permettent, les itinéraires alternatifs par la mer Rouge et les infrastructures terrestres qui permettent de contourner le passage stratégique.
Un retour des volumes qui ne signifie pas la fin de la crise
Le franchissement, pendant plusieurs jours, du seuil des 18 millions de barils par jour constitue un signal important pour le marché pétrolier. Il montre que les producteurs du Moyen-Orient ont réussi à adapter leurs circuits d’exportation malgré les attaques et les restrictions autour d’Ormuz.
Pour autant, cette remontée des volumes ne signifie pas que les risques ont disparu. Le détroit reste au centre des tensions et la navigation commerciale demeure exposée aux incidents militaires.
Le retour des exportations à leur niveau d’avant-guerre repose donc à la fois sur la reprise progressive du trafic à travers Ormuz, sur les escortes américaines et sur l’utilisation accrue des voies de contournement. La stabilité durable des marchés pétroliers dépendra désormais de l’évolution du conflit et de la capacité des producteurs à maintenir ces différents circuits d’acheminement.
André Chatta