Capitales, (SANA) Les cours du pétrole ont progressé de plus de 3 % ce jeudi, alors que s’amenuisent les espoirs de parvenir à un accord entre Washington et Téhéran permettant de rétablir à la normale les flux énergétiques via le détroit d’Ormuz.
Le Brent a dépassé les 106 dollars le baril, tandis que persistent les craintes d’une aggravation des perturbations pesant sur les voies d’approvisionnement énergétique.
La hausse du Brent intervient alors que le trafic maritime dans le détroit demeure à de faibles niveaux, malgré une légère augmentation du nombre de navires en transit.
Le marché reste ainsi confronté à un équilibre délicat : une partie du pétrole continue de transiter par Ormuz, mais les risques et les coûts associés à cette voie sont en hausse.
Le trafic maritime à Ormuz reste inférieur à sa moyenne historique
Selon des données préliminaires sur le trafic maritime, 10 navires transportant des matières premières ont franchi le détroit mercredi, contre 7 la veille. Ce chiffre reste toutefois inférieur à la moyenne mobile sur dix jours, qui s’établit à environ 17 navires.
Ces données ne prennent en compte que les navires dont les dispositifs de suivi sont visibles, ce qui signifie que certains passages pourraient ne pas avoir été recensés en raison de la désactivation des transpondeurs.
Avant le déclenchement de la guerre le 28 février, environ 125 grands navires commerciaux empruntaient quotidiennement le détroit, qui assurait le passage d’environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié. Cette importance explique la forte sensibilité des marchés à toute variation du trafic dans cette zone.
Alors que persistent les divergences entre les États-Unis et l’Iran sur les conditions nécessaires à la fin de la guerre et à la réouverture du détroit, les inquiétudes se sont directement répercutées sur les cours du brut.
Le Brent a dépassé 106 dollars le baril au cours des échanges de la journée, les opérateurs continuant d’évaluer les risques de perturbation des approvisionnements.
L’Arabie saoudite augmente ses expéditions via le détroit
De son côté, l’Arabie saoudite cherche à compenser la perturbation de certaines voies d’exportation. Depuis le début du mois de septembre, ses exportations moyennes de brut ont atteint environ 5,28 millions de barils par jour, selon des données compilées par Bloomberg, avec une augmentation des expéditions transitant par le détroit d’Ormuz.
Environ 100 millions de barils de brut saoudien ont également été vendus à des acheteurs asiatiques depuis le milieu de la semaine dernière. Leur livraison est prévue en octobre et novembre via le détroit, dans le cadre de transactions impliquant des raffineries en Chine, en Inde, au Japon et en Corée du Sud.
Ces développements montrent que le marché pétrolier n’est pas encore confronté à une interruption généralisée des approvisionnements, mais qu’il fonctionne désormais avec un réseau de transport plus vulnérable et plus coûteux.
Les producteurs tentent de maintenir la disponibilité du brut sur les marchés tout en redistribuant les risques entre les différentes voies d’exportation.
Aramco examine des voies d’exportation supplémentaires
Signe que Riyad considère les perturbations des voies maritimes comme un défi susceptible de durer, le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, a déclaré que l’entreprise était en mesure de rétablir en quelques jours les opérations interrompues.
Il a également indiqué qu’Aramco discutera de la création d’une quatrième et d’une cinquième voie d’exportation du brut, en complément de ses principaux itinéraires actuels, selon Asharq Bloomberg.
Aramco envisage par ailleurs d’accroître ses capacités de stockage à l’extérieur du Royaume, notamment au Japon, afin de renforcer sa capacité à faire face aux perturbations à court terme des approvisionnements.
Cette démarche intervient alors que l’oléoduc Est-Ouest, qui permet d’acheminer le brut des champs pétroliers de l’est du pays jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge, a été la cible d’attaques ayant entraîné son arrêt. Cette situation a poussé le Royaume à accroître sa dépendance aux expéditions via le Golfe.
La mer Rouge ajoute une nouvelle pression
Les tensions ne se limitent pas au détroit d’Ormuz. Les risques se sont également accrus sur l’itinéraire alternatif passant par la mer Rouge, après que la coalition de soutien à la légitimité a annoncé avoir intercepté six missiles balistiques lancés par la milice houthie en direction de Taïf et de Yanbu.
La menace visant Yanbu revêt une importance particulière pour le marché pétrolier, le port constituant l’une des principales voies que l’Arabie saoudite peut utiliser pour exporter son brut sans passer par le détroit d’Ormuz.
Les opérations sur l’oléoduc Est-Ouest avaient commencé à reprendre après avoir été interrompues à la suite d’attaques aux drones, selon Reuters.
Dans ce contexte, la hausse du Brent incarne moins la crainte d’une pénurie immédiate de pétrole que l’augmentation des coûts et des risques liés à l’acheminement du brut vers les marchés.
Tant que les voies d’exportation alternatives resteront exposées aux perturbations, les prix demeureront particulièrement sensibles à toute nouvelle attaque, à toute entrave à la navigation ou à tout recul des perspectives d’un accord permettant une réouverture stable du détroit d’Ormuz.
A.Ch.