Damas, (SANA) L’importance de la raffinerie de Banias, située sur le littoral syrien, va bien au-delà de sa fonction d’installation industrielle de raffinage du pétrole. Elle constitue l’un des principaux piliers de la sécurité énergétique de la Syrie, compte tenu de son rôle dans la transformation du pétrole brut en dérivés essentiels destinés au marché intérieur, notamment l’essence, le gazole, le kérosène et le gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Après de longues années d’exploitation, la raffinerie a récemment lancé un vaste programme de maintenance et de réhabilitation visant à remédier au vieillissement de plusieurs de ses équipements et unités, à améliorer sa disponibilité opérationnelle et à porter sa capacité de raffinage d’environ 80000 barils par jour à près de 130000 barils.
Cette mesure devrait permettre de mieux valoriser le pétrole produit localement et de réduire la dépendance du pays aux importations de produits pétroliers.
L’importance stratégique de la raffinerie de Banias
L’importance stratégique de la raffinerie tient à sa place centrale dans le dispositif d’approvisionnement du marché syrien en dérivés pétroliers.
Selon les données communiquées par le ministère de l’Énergie, la production pétrolière nationale s’élève actuellement à environ 100000 barils par jour, tandis que les besoins sont estimés à quelque 300000 barils par jour, ce qui oblige le pays à continuer de recourir aux importations pour couvrir une partie de sa consommation.
Banias revêt ainsi une importance accrue : l’augmentation de sa capacité de raffinage permettra de transformer sur le territoire national une plus grande quantité de pétrole en dérivés directement consommables, réduisant ainsi la nécessité d’en acheter une partie à l’étranger et augmentant la valeur économique tirée des ressources pétrolières locales.
Une révision générale rendue nécessaire par l’état technique de la raffinerie
À ce sujet, le vice-président exécutif de la Compagnie syrienne du pétrole chargé du raffinage et des industries chimiques, Tarek Challach al-Abdallah, a indiqué dans une déclaration à SANA, le 11 septembre, que les évaluations techniques avaient mis en évidence la nécessité urgente de réhabiliter plusieurs unités et équipements et d’améliorer leur disponibilité ainsi que leur fiabilité opérationnelle, après de longues années d’exploitation et de maintenance partielle.
Al-Abdallah a souligné que la révision actuellement menée était la première opération de maintenance générale d’une telle ampleur dans l’histoire de la raffinerie de Banias.
Il a précisé que les travaux ne se limitaient pas à la maintenance classique, mais comprenaient également le remplacement du réacteur, la réhabilitation de l’unité de distillation et de la centrale électrique, ainsi que des interventions sur plusieurs installations, infrastructures, bâtiments et routes, sans oublier les dispositifs de sécurité.
Une capacité de production portée à 130000 barils par jour
Selon al-Abdallah, les objectifs de cette révision générale ne se limitent pas à préserver la raffinerie et à maintenir en fonctionnement ses anciens équipements. Ils sont directement liés à l’augmentation de sa capacité de production. L’objectif principal consiste ainsi à porter la capacité opérationnelle d’environ 80000 à près de 130000 barils par jour, soit une hausse d’environ 50000 barils quotidiens.
Cette augmentation permettra d’accroître la production d’essence, de gazole, de kérosène, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et d’autres dérivés. Elle contribuera également à réduire les pannes et les mises hors service d’équipements dues à leur vieillissement, tout en améliorant l’efficacité opérationnelle et la qualité des dérivés pétroliers obtenus.
Un plan intégré couvrant les unités de production
Lors d’une visite de la raffinerie le 7 septembre, le directeur général de la Compagnie syrienne du pétrole, Youssef Qablawi, a déclaré à SANA que les travaux de révision générale avançaient conformément au calendrier établi, et même plus rapidement que prévu.
Il a précisé que le projet comprenait le remplacement du réacteur, la réhabilitation de l’unité de distillation et de la centrale électrique, ainsi que des travaux concernant les bâtiments, les rues, les routes et les dispositifs de sécurité.
Des réacteurs anciens et des équipements ayant dépassé leur durée de vie opérationnelle
Le programme de modernisation s’inscrit dans le cadre d’un plan plus vaste, lancé avant la révision actuelle afin de traiter les équipements menacés de mise hors service en raison de leur vétusté.
Le directeur des études et des projets de la raffinerie, Jawad Abdel Latif, a expliqué à SANA que la décision de remplacer les réacteurs de reformage avait été prise à la suite de procédures de contrôle et d’examens techniques comprenant notamment une analyse de la structure cristalline des enveloppes des quatre réacteurs.
Selon Abdel Latif, les conditions d’exploitation difficiles ainsi que les arrêts et redémarrages répétés ont entraîné des modifications de la structure cristalline des réacteurs, rendant nécessaire leur remplacement complet, bien que des composants internes destinés aux troisième et quatrième réacteurs aient été livrés trois ans auparavant.
En 2022, la raffinerie de Banias avait conclu un contrat avec la société émiratie Amidas portant sur le remplacement des enveloppes des quatre réacteurs ainsi que des composants des premier et deuxième réacteurs, les travaux devant être réalisés dans le cadre de la révision générale.
Le programme prévoyait également le remplacement des serpentins des fours de reformage, des générateurs de vapeur et des conduites de transport, ainsi que la maintenance de la cheminée de la centrale électrique, endommagée lors du séisme de 2023, et le remplacement des plateaux de la colonne principale de distillation.
Banias et son rôle dans les flux énergétiques régionaux
Outre sa fonction première de raffinage du pétrole, la raffinerie a vu son rôle dans les flux énergétiques régionaux s’élargir au cours de l’année 2026, à l’ombre de la crise actuelle dans le Golfe arabe.
Depuis le 1er avril, des convois de fioul irakien ont commencé à entrer sur le territoire syrien en direction de la raffinerie de Banias, avant leur acheminement vers le terminal de Banias en vue de leur exportation par voie maritime vers les marchés internationaux.
Le 6 mai, le directeur des services énergétiques du gouvernorat de Tartous, Amjad Mortada, a déclaré à SANA que l’organisation de l’entrée des convois et l’accélération des opérations de déchargement avaient été assurées par l’intermédiaire des postes-frontières et de nouvelles aires aménagées au sein de la raffinerie.
Il a souligné que cette démarche renforçait le transit vers les marchés internationaux et confortait le rôle de la Syrie en tant que corridor reliant les approvisionnements énergétiques irakiens à la mer Méditerranée.
Les travaux de révision générale actuellement menés à la raffinerie de Banias témoignent ainsi d’un projet qui dépasse largement le cadre de la maintenance périodique. Ils constituent une opération de réhabilitation stratégique d’une installation considérée comme l’un des principaux piliers du secteur pétrolier syrien, qui devrait à terme contribuer à stabiliser l’approvisionnement du pays en dérivés pétroliers et à répondre aux besoins de l’ensemble des secteurs.
André Chatta