Damas, (SANA) Traditionnellement, l’or est considéré comme le principal actif refuge en période de guerres et de crises géopolitiques. Lors de nombreux conflits majeurs – de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Irak en 2003 – les investisseurs se sont massivement tournés vers l’or pour protéger leur capital, ce qui a généralement provoqué des hausses rapides des prix.
Cependant, la guerre actuelle liée à l’Iran a créé une situation inhabituelle sur les marchés mondiaux : les prix de l’or n’ont pas augmenté aussi fortement que prévu, malgré la gravité des tensions géopolitiques.
Après une hausse initiale, les prix se sont stabilisés et ont connu des fluctuations, au lieu de poursuivre une hausse continue comme lors de crises précédentes.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs économiques majeurs : les politiques des banques centrales, les stratégies des fonds spéculatifs et l’évolution des taux d’intérêt et du dollar.
Le comportement habituel de l’or pendant les guerres
En règle générale, les prix de l’or augmentent pendant les conflits pour plusieurs raisons :
- la recherche d’actifs refuges face aux risques géopolitiques
- la crainte de l’inflation et de la dépréciation des monnaies
- la fuite des capitaux des marchés actions vers les actifs tangibles
- l’augmentation des achats par les banques centrales
Au début des tensions militaires au Moyen-Orient, le marché a effectivement réagi par une hausse notable du métal précieux. Mais cette hausse n’a pas été durable.
La politique de la Banque populaire de Chine
La Banque populaire de Chine est l’un des plus grands acheteurs d’or au monde au cours de la dernière décennie.
Achats anticipés avant la guerre
Une grande partie de la demande chinoise d’or a été réalisée avant l’escalade militaire, dans le cadre d’une stratégie visant à réduire la dépendance aux réserves en dollars.
Par conséquent, une part importante de la hausse potentielle des prix était déjà intégrée dans les marchés avant le conflit.
Diversification des réserves
La stratégie de la Chine vise à diversifier ses réserves internationales, réduire l’exposition au dollar et renforcer l’internationalisation du yuan
Ces achats étant planifiés et progressifs, ils ont contribué à stabiliser le marché plutôt qu’à provoquer une flambée des prix.
La stratégie aurifère de la Russie
La possède l’une des plus grandes réserves d’or au monde et a accumulé d’importantes quantités de métal précieux depuis 2014 afin de réduire sa dépendance au système financier occidental.
Cependant, un élément important a marqué la période récente : la Russie a vendu une partie de ses réserves d’or pendant la guerre contre l’Iran.
Selon des analystes des marchés, ces ventes ont été motivées par plusieurs objectifs :
- obtenir des liquidités pour financer le commerce extérieur sous sanctions
- soutenir la stabilité du rouble
- financer certaines dépenses publiques
Lorsqu’un acteur majeur comme la Russie vend de l’or sur le marché international, cela augmente temporairement l’offre mondiale, ce qui peut freiner la hausse des prix.
Le rôle des fonds spéculatifs internationaux
Les fonds spéculatifs (hedge funds) jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la dynamique du marché de l’or.
Prises de bénéfices
Après les fortes hausses des dernières années, de nombreux fonds ont choisi de prendre des bénéfices en réduisant leurs positions sur l’or.
Couverture de pertes sur d’autres marchés
Dans certaines périodes de volatilité financière, les investisseurs institutionnels vendent de l’or pour compenser des pertes dans d’autres actifs, comme les actions ou certaines devises.
Importance du trading algorithmique
Une grande partie du marché de l’or fonctionne aujourd’hui via :
• des contrats à terme
• des stratégies de trading automatisé
Cela signifie que le prix de l’or est désormais fortement influencé par les taux d’intérêt et les mouvements du dollar, et pas uniquement par les événements géopolitiques.
Le rôle du dollar et des taux d’intérêt
Un autre facteur déterminant est la politique monétaire mondiale.
La force du dollar
Le dollar américain reste un actif refuge majeur. Pendant cette crise, il a également bénéficié d’un afflux de capitaux, ce qui a limité la hausse du prix de l’or.
Les taux d’intérêt élevés
Contrairement aux obligations ou aux dépôts bancaires, l’or ne génère pas de rendement. Lorsque les taux d’intérêt restent élevés, les investisseurs préfèrent souvent les obligations, qui offrent un revenu.
Une guerre déjà anticipée par les marchés
Les marchés financiers ont également anticipé le conflit bien avant son déclenchement.
Les tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient avaient déjà provoqué une forte hausse du prix de l’or l’année précédente. Ainsi, une partie importante de l’impact de la guerre était déjà intégrée dans les prix avant l’escalade militaire.
La guerre contre l’Iran n’a pas provoqué la flambée spectaculaire du prix de l’or observée lors de certains conflits historiques.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- les achats anticipés d’or par la Chine
- la stratégie de long terme de la Russie
- la vente d’une partie des réserves d’or russes pendant le conflit
- les prises de bénéfices des fonds spéculatifs internationaux
- la force du dollar et les taux d’intérêt élevés
- l’anticipation des tensions par les marchés financiers
Ces éléments montrent que le marché de l’or est aujourd’hui beaucoup plus complexe et intégré au système financier mondial qu’auparavant. Les mouvements du métal précieux dépendent désormais autant des politiques monétaires et des stratégies institutionnelles que des crises géopolitiques elles-mêmes.
André Chatta