Damas, (SANA) Les régions côtières de la Syrie connaissent ces dernières années une augmentation notable des phénomènes météorologiques violents, dont le plus marquant est ce que l’on appelle localement « le dragon de mer ». Il s’agit d’un phénomène naturel qui peut paraître impressionnant visuellement, mais qui comporte de grands risques pour l’homme, l’environnement et l’économie agricole.
La gravité de ce phénomène est apparue clairement dans le gouvernorat de Tartous, où il a causé d’importants dégâts aux serres agricoles et aux cultures, ce qui a poussé les autorités à approuver des compensations pour les agriculteurs touchés.
Qu’est-ce que c’est le « dragon de mer » ?
Le « dragon de mer » est un phénomène météorologique connu scientifiquement sous le nom de trombe marine (Waterspout). Il s’agit d’un tourbillon d’air puissant qui se forme au-dessus de la surface de la mer, prenant la forme d’une colonne spiralée reliant les nuages à l’eau. Il peut parfois se déplacer vers la terre ferme et provoquer des dégâts de différentes ampleurs.
Ce phénomène se forme à la suite de la rencontre de masses d’air ayant des températures et des niveaux d’humidité différents au-dessus de la mer, ce qui entraîne la formation de puissants tourbillons atmosphériques.
Les experts météorologiques indiquent également que l’augmentation de la température de la mer Méditerranée ces dernières années a contribué à accroître la probabilité de ce phénomène, car les eaux plus chaudes fournissent davantage d’énergie aux tempêtes et aux vortex atmosphériques.
Les causes de la formation du « dragon de mer »
La formation du « dragon de mer » est liée à plusieurs facteurs climatiques, parmi lesquels :
- La différence de température entre la surface de la mer et les couches supérieures de l’atmosphère.
- Un taux d’humidité élevé dans les régions côtières.
- La présence d’orages violents et de dépressions atmosphériques.
- L’élévation de la température de la surface de la mer en raison des changements climatiques.
Lorsque ces conditions sont réunies, l’air humide s’élève rapidement vers le haut, formant une colonne tournoyante d’air et d’eau ressemblant à une tornade, mais généralement de taille plus réduite.
Les dangers du « dragon de mer » pour l’environnement et l’homme
Bien que le « dragon de mer » se forme généralement au-dessus de la mer, son danger augmente lorsqu’il se rapproche des terres. Il peut alors provoquer :
- Des vents violents pouvant déraciner les arbres
- La destruction des serres agricoles
- La casse et l’endommagement des cultures agricoles
- Des coupures d’électricité ou des dégâts aux infrastructures agricoles
Il peut également transporter de grandes quantités d’embruns salins et de poussière vers les terres agricoles, ce qui peut entraîner la salinisation des sols et une diminution de leur fertilité avec le temps.
Tartous face au « dragon de mer »
Le gouvernorat de Tartous a connu récemment plusieurs épisodes de formation du « dragon de mer ». Les plus marquants ont été observés dans la région rurale de Baniyas et dans la plaine de Miyar Chaker, où le phénomène a causé d’importants dégâts aux serres agricoles.
Les dommages ont touché plusieurs cultures agricoles importantes, notamment :
- la tomate
- le poivron
- l’aubergine
- le concombre
Ces cultures constituent une source de revenus essentielle pour de nombreux agriculteurs de la côte syrienne.
L’ampleur des dégâts à Tartous en chiffres
Selon les données officielles relatives au recensement des dommages agricoles, le gouvernorat de Tartous a enregistré des pertes notables à la suite de ce phénomène:
- 66 serres agricoles endommagées
- 26 dunums de terres agricoles affectées
- 21 agriculteurs touchés
Les cultures les plus endommagées sont :
- l’aubergine
- le concombre
- la tomate
- le poivron
En conséquence, des compensations financières ont été accordées aux agriculteurs pour un montant total de 738 938 livres syriennes (selon la nouvelle monnaie) afin d’atténuer les pertes économiques subies par le secteur agricole de la région.
L’impact économique sur le secteur agricole
L’agriculture dans la région côtière syrienne, notamment dans le gouvernorat de Tartous, constitue l’une des principales sources de revenus pour la population locale. Par conséquent, les dégâts causés aux serres agricoles entraînent des pertes importantes pour les agriculteurs, car ces structures nécessitent des coûts de construction élevés, dépendent de saisons de production courtes et sensibles et représentent la principale source de production des légumes d’hiver.
Lorsque le « dragon de mer » frappe ces installations, les pertes ne se limitent pas à la saison agricole en cours. Elles peuvent également affecter les saisons suivantes en raison de l’augmentation des coûts de réparation et de la diminution de la capacité de production des agriculteurs.
Le « dragon de mer » et le changement climatique
Les experts du climat estiment que la répétition de l’apparition du « dragon de mer » en Méditerranée orientale ces dernières années pourrait être liée au phénomène du changement climatique mondial, qui entraîne une élévation de la température des mers et une plus grande instabilité atmosphérique.
Si ces conditions persistent, ce phénomène pourrait devenir plus fréquent sur les côtes syriennes. Cela nécessiterait le développement de systèmes d’alerte précoce, le renforcement de la protection des installations agricoles, le soutien des agriculteurs par des plans de compensation et d’assurance agricole.
Le phénomène du « dragon de mer » constitue un exemple clair de l’impact des changements climatiques sur la région côtière syrienne. D’un phénomène rare, il est devenu un danger récurrent menaçant l’agriculture et les infrastructures.
Dans le gouvernorat de Tartous, les chiffres montrent l’ampleur des pertes que ces tourbillons atmosphériques peuvent provoquer, qu’il s’agisse de la destruction des serres agricoles ou de l’endommagement des cultures essentielles.
Bien que les compensations accordées aux agriculteurs représentent une étape importante pour les soutenir, le véritable défi réside dans la préparation à faire face à ces phénomènes à l’avenir, grâce à une planification climatique et à des mesures de prévention agricole, afin d’assurer la durabilité de la production agricole et de protéger les moyens de subsistance des agriculteurs de la côte syrienne.
André Chatta