Damas, (SANA) Au rythme des outils artisanaux et de la précision du geste, la Fondation « Rêve damascène » poursuit ses efforts pour préserver et faire revivre l’artisanat syrien qui est aujourd’hui menacé de disparition.
Fondée en 2012, cette Fondation à but non lucratif s’ efforce de documenter les savoir-faire artisanaux, les transmettre aux nouvelles générations et de les enseigner. Convaincue que ces métiers ne sont pas de simples activités de production, elle les considère comme une composante essentielle de l’identité culturelle syrienne et de la mémoire historique de la société.
Former une nouvelle génération d’artisans
Lors d’une visite réalisée par SANA en français au siège de la Fondation à Damas- avant le lancement de ses sessions de formation- afin de s’informer des principaux métiers traditionnels et de rencontrer les artisans, le président du Conseil d’administration de la Fondation, Johnny Gharbian, a indiqué que l’action de Rêve damascène s’articule autour de trois axes majeurs : documenter les métiers du patrimoine syrien, former une nouvelle génération d’artisans et améliorer la qualité des produits damascènes afin de renforcer leur présence sur les marchés national et international, tout en mettant en valeur leur portée culturelle et civilisationnelle.

Selon lui, les formations seront organisées par étapes afin de répondre à une demande particulièrement importante. Le nombre d’inscriptions a dépassé toutes les prévisions, signe d’un intérêt croissant des Syriens pour la redécouverte de ces métiers et de leurs techniques ancestrales.
Des métiers damascène mais sous d’autres appellations
De son côté, la vice-présidente du Conseil d’administration de la Fondation, Dr Hiba Saleh, a expliqué que plusieurs métiers traditionnels, aujourd’hui connus sous des appellations associées à d’autres régions, trouvent en réalité leur origine à Damas. Les déplacements des artisans et les échanges de savoir-faire depuis longtemps ont contribué à la diffusion de ces dénominations.

Elle a notamment souligné que l’art de l’Ajami, connu à l’origine sous le nom de « peinture damascène », est une technique de décoration en relief sur bois qui a fait la renommée des anciennes maisons de Damas.
Elle a ajouté que la céramique syrienne, aujourd’hui communément appelée Al-Qichani, doit son appellation à la ville iranienne « Kachan », réputée pour la fabrication des carreaux utilisés dans la construction des mosquées et des maisons damascènes anciennes. Pourtant, la céramique syrienne s’est historiquement distinguée par la finesse de ses ornements et la richesse de son langage artistique.
Al-Qichani se compose de carreaux de céramique façonnés à la main, ornés de motifs végétaux ou géométriques et reconnaissables à leur palette de couleurs emblématiques, notamment le bleu lapis-lazuli, le vert émeraude et le rouge corail.

Mme Saleh a affirmé que la Fondation s’attache à documenter ces métiers et à rétablir leurs appellations d’origine, afin de les rattacher à leur véritable berceau et de mettre en lumière le rôle pionnier de Damas dans la naissance et le développement de nombreux arts et métiers patrimoniaux.
La peinture sur verre, un artisanat en quête de renouveau
Dans l’atelier consacré à la peinture et à l’ornementation sur verre, l’artisan Mohammad Bassam Rihan a évoqué les difficultés auxquelles le métier a été confrontée ces dernières années. Le manque de matières premières ainsi que les longues coupures d’électricité durant les années de guerre ont fortement perturbé la production.

Il a ajouté que la demande pour les produits artisanaux avait considérablement reculé durant cette période, ce secteur étant étroitement lié à l’activité touristique, tout en exprimant l’espoir d’un nouvel essor grâce au regain d’intérêt pour le patrimoine et l’artisanat.
L’art du vitrail : héritage damascène et singularité technique
Dans l’atelier du vitrail damascène, SANA en français s’est entretenue avec Fayez Talmassani, le dernier artisan à pratiquer ce métier à Damas.

Il a expliqué que cette technique remonte à près de trois mille ans. Connue autrefois sous le nom de Qamariyya (un terme renvoyant à la lune), elle utilisait initialement le quartz, avant l’apparition du verre, en raison de sa capacité à refléter la lumière de la lune et à éclairer les bâtiments durant la nuit.
Il a ajouté que les artisans damascènes se distinguaient par leur maîtrise du vitrail sur ses deux faces, une technique qui leur était propre. Avec l’introduction du verre associé au plâtre, cet art a pris le nom de « vitrail », illustrant l’harmonie entre ces deux matériaux.


La mosaïque damascène… Authenticité et créativité
Fouad Arbach, responsable du bureau des artisans de la Fondation, explique que cette discipline est née il y a environ 180 ans. Apparue en 1840, elle s’inspire de la mosaïque de marbre et consiste à assembler de petites pièces de bois en étoiles octogonales, hexagones et autres motifs géométriques destinés à la fabrication d’objets d’art.
L’art du mosaïque repose sur plusieurs types de bois provenant de la Ghouta de Damas, notamment le cyprès, l’eucalyptus, l’olivier et le noyer, ce qui explique son appellation de mosaïque en bois.

Transmis de génération en génération, ce savoir-faire a conservé son authenticité tout en s’enrichissant de nouvelles approches créatives. « Le patrimoine demeure immuable, tandis que les formes de son expression évoluent avec le temps », a-t-il dit.
Grâce aux efforts des artisans et des institutions spécialisées, les métiers traditionnels syriens poursuivent aujourd’hui leur transmission, demeurant un témoignage vivant de l’histoire et de la créativité de Damas, tout en assurant la préservation de cet héritage au profit des générations futures.
Par Rim Al-Fawaz