Damas, (SANA) Qasr al-Banat se dresse dans la ville de Raqqa comme l’un des monuments archéologiques les plus importants, renfermant la mémoire de la ville et son histoire urbaine à travers des siècles successifs.
Il combine une valeur architecturale unique et une importance civilisationnelle qui en ont fait un témoin des phases de prospérité et des transformations qu’a connues Raqqa depuis les débuts de l’époque islamique jusqu’à aujourd’hui.
Un monument archéologique au cœur de la ville historique d’al‑Rafiqa
Le palais est situé dans la partie sud‑est de la ville historique d’al‑Rafiqa, à l’intérieur de ses remparts archéologiques, à environ 400 mètres au nord de Bab Baghdad. Il est considéré comme l’un des édifices historiques les plus importants de la région.
Les études archéologiques indiquent la présence de plusieurs couches urbaines sur le site. Certaines sources relient ses origines à l’époque abbasside, précisément à la fondation de la ville d’al‑Rafiqa sous le calife Abou Ja‘far al‑Mansour en 772.
Cependant, les résultats des fouilles menées par la Direction générale des Antiquités et des Musées depuis 1977 confirment que la structure architecturale actuelle remonte en grande partie à l’époque ayyoubide, aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, tout en incluant des éléments architecturaux plus anciens appartenant à des périodes antérieures.
L’archéologue allemand Ernst Herzfeld fut l’un des premiers chercheurs à documenter le site lors de sa visite à Raqqa en 1907, où il réalisa ses premiers plans et nota ses observations sur les vestiges architecturaux.
Une architecture soignée reflétant la prospérité de Raqqa
Selon l’ouvrage Monuments of Syria : an Historical Guide du chercheur Burns Ross, le palais se compose d’une cour centrale carrée entourée de quatre iwans opposés, dans un plan en croix caractéristique de l’architecture islamique de cette période.
L’iwan nord se distingue par sa largeur et par sa connexion à des pièces latérales et à deux portiques donnant sur la cour, tandis que la façade sud comporte une entrée principale surélevée et trois entrées symétriques qui témoignent de la précision architecturale avec laquelle le palais a été construit.
Le bâtiment a été construit en briques cuites, adaptées au climat de la région de l’Euphrate. Ses murs et fenêtres ont été décorés de motifs en stuc géométriques et végétaux minutieux, en plus de sols en céramique luxueuse connue sous le nom de céramique de Raqqa, pour laquelle la ville était célèbre durant ses périodes de prospérité.
Entre le palais et le bimaristan
Le site a rempli plusieurs fonctions au cours de son histoire. Certains chercheurs estiment qu’il a été utilisé comme bimaristan (hôpital) à des périodes ultérieures, notamment durant l’époque zengide. Il aurait également été lié à des institutions éducatives dans son environnement.
Certaines sources mentionnent l’existence d’un bimaristan et de deux écoles sous le règne de Nūr al‑Dīn Zengī, ce qui a conduit plusieurs archéologues à supposer que le bâtiment pourrait être l’établissement médical mentionné dans les sources historiques.
La dénomination… une histoire populaire sans fondement historique
Bien que le nom “ Qasr al-Banat” soit largement répandu parmi les habitants de Raqqa, les études historiques et archéologiques n’apportent aucune preuve liant le site à la résidence de princesses ou de femmes.
Les chercheurs estiment que cette appellation est née dans la mémoire populaire en raison de la beauté architecturale du bâtiment et de son mystère historique, comme c’est le cas pour de nombreux sites archéologiques ayant acquis leurs noms à partir de récits transmis par les habitants.
Du grand incendie aux dommages des guerres modernes
Le palais a connu plusieurs phases de dégradation au cours de sa longue histoire. On pense qu’il a subi un grand incendie au XIIIᵉ siècle, probablement lié à l’invasion mongole de la région, ce qui a entraîné le déclin de son rôle et son abandon progressif.
À des périodes ultérieures, certaines familles ont habité des parties du bâtiment, comme l’ont confirmé les découvertes archéologiques mises au jour lors des fouilles, notamment des fours domestiques, des pièces de monnaie et des objets de la vie quotidienne datant de périodes tardives.
Quant aux dernières décennies, le site a subi des dommages supplémentaires en raison de fouilles illégales, de négligence et d’empiètements.
Protéger le site : une nécessité pour préserver l’identité de Raqqa
Rimaz Abdel Karim al‑Aajili, directrice des Antiquités de Raqqa, a affirmé dans une déclaration à SANA que le Palais des Filles est l’un des monuments archéologiques les plus importants de la ville et qu’il représente un modèle significatif de l’architecture islamique durant les périodes où la ville a prospéré.
Elle a déclaré : “L’importance du palais ne se limite pas à sa valeur architecturale ; il constitue également une partie essentielle de l’identité culturelle et historique de Raqqa, en tant que témoin de phases importantes de son histoire civilisationnelle.”
Elle a ajouté : le site fait face à de nombreux défis, notamment la faiblesse des mesures de protection et d’entretien, certaines violations, ainsi qu’une dégradation progressive de plusieurs de ses parties.
Cela pourrait entraîner la perte d’éléments archéologiques originaux avec le temps, une augmentation de l’humidité et des interactions environnementales accélérant la détérioration des matériaux structurels et décoratifs, en plus de son impact négatif sur l’aspect visuel du site.
Des mesures nécessaires pour sauver le monument archéologique
Al‑Aajili a expliqué que la préservation du palais nécessite un ensemble de mesures essentielles, notamment le nettoyage périodique du site, le renforcement de la protection, la prévention des violations et des accès anarchiques, ainsi que le recours à des équipes spécialisées dans la restauration des monuments.
Elle a insisté sur la nécessité de réaliser une évaluation scientifique complète du site et d’établir un plan de sauvetage intégré.
Qasr al-Banat demeure l’un des témoignages archéologiques les plus importants de la prospérité de Raqqa à travers les âges, incarnant une architecture remarquable et une valeur historique et culturelle.
Sa préservation est donc essentielle pour protéger une partie authentique de l’identité de la ville et de sa mémoire civilisationnelle, et pour maintenir vivant ce témoin de son importance historique sur les rives de l’Euphrate.
mch