Damas, (SANA) Dans les villages de la Jazira syrienne, du désert et des campagnes agricoles, les maisons en terre continuent de se dresser en silence, témoignant d’une époque où l’homme construisait son abri avec l’eau, la terre et la paille. Ces habitations anciennes portent encore, dans leurs détails, l’histoire d’un lien profond entre les lieux et leurs habitants.
Malgré l’urbanisation rapide, ces maisons demeurent une part essentielle du patrimoine syrien grâce à leur spécificité environnementale et sociale, mais ce style traditionnel est aujourd’hui menacé par la disparition des métiers y relatifs et la préférence croissante pour les constructions modernes en béton.

Un immeuble sorti de terre
Le chercheur Talha Al-Harib a déclaré à SANA que les maisons en terre constituent la première étape de l’habitat humain, passé des grottes aux rives des fleuves où il a commencé à construire avec les matériaux disponibles.
Al Harib a indiqué que l’argile, l’eau et la paille formaient les éléments de base de ces maisons, leur offrant une isolation thermique remarquable et un coût de construction réduit grâce à l’usage de matériaux naturels locaux.

Il a indiqué que l’architecture en terre est l’un des modes de construction les plus écologiques et les plus adaptables.
Dans son ouvrage « L’architecture en terre en Syrie », l’ingénieur franco algérien Mahmoud Ben Daker retrace l’histoire de l’usage de la terre dans la construction syrienne pour des millénaires. Il explique que l’argile, l’eau et la paille, ainsi que les briques crues eurent formé la base d’une architecture traditionnelle dans nombre zones syrienne, fondée sur des techniques précises, ce qui réalise solidité et isolation naturelle.
Mémoire sociale et vie quotidienne
Les maisons en terre n’étaient pas de simples abris, mais un reflet de la vie sociale : la conception des cours intérieures, des pièces spacieuses et des toits utilisés pour stocker les récoltes exprimait le mode de vie rural et l’entraide entre les habitants.
Al Harib souligne que ces habitations étaient liées aux détails du quotidien et aux relations familiales, le patio central étant le cœur des activités domestiques et des rencontres, illustrant la simplicité de la vie ancienne et son lien étroit avec la nature.

Dans plusieurs villages syriens, certaines pièces en terre subsistent encore aujourd’hui, malgré l’essor des constructions en béton, dans un effort de préserver l’identité rurale et la mémoire des lieux.
Un métier menacé de disparition
Malgré les avantages écologiques et économiques, les maisons en terre font face à des défis croissants, notamment le désintérêt des jeunes générations et la diminution du nombre d’artisans capables de les construire et de les restaurer.
Al Harib souligne que la construction en terre, autrefois très répandue, a perdu ses artisans et que la restauration régulière de ces maisons pousse de nombreuses familles à les remplacer par des bâtiments modernes.
Des spécialistes estiment que la preservation des maisons en terre permet non seulement de sauvegarder un patrimoine, mais aussi de valoriser un savoir‑faire utile face au changement climatique et à la réduction de la consommation énergétique
Les maisons en terre, par leur chaleur et leur simplicité, demeurent un témoin essentiel de l’histoire syrienne et une mémoire architecturale qui préserve les récits des ancêtres et le lien premier avec la terre.
Ib.i./R.B.