Damas, (SANA) Avec l’aube du premier jour de l’Aïd al‑Fitr, les villes syriennes s’éveillent sur un rythme différent, où se mêlent les voix des takbîr aux rires des enfants, tandis que l’odeur du café arabe et des pâtisseries maison se répand dans les foyers, dans une scène qui reflète la présence de l’Aïd dans la mémoire collective des Syriens et incarne la continuité de traditions sociales transmises de génération en génération.
La préparation de l’Aïd… des rituels qui précèdent la joie
Le chercheur en patrimoine, Dr Ghassan al‑Kallas, évoque les aspects de la préparation de l’Aïd à Damas, expliquant à SANA que les préparatifs commencent plusieurs jours à l’avance, lorsque les gens s’occupent de préparer les aliments, d’acheter les vêtements et les fournitures de l’Aïd qu’ils se transmettent depuis des années.
Il ajoute que ces préparatifs atteignaient leur apogée la veille de l’Aïd, lorsque les canons étaient tirés pour annoncer l’arrivée de la fête, tandis que les enfants chantaient leurs comptines populaires, et que les marchés restaient ouverts jusqu’à une heure tardive pour répondre aux besoins des familles.

Al‑Kallas indique que les femmes tiennent à préparer les pâtisseries traditionnelles, comme le maamoul, les sambousseks et les “toutiyyat”, tandis que les hommes se rendent avec leurs fils chez le coiffeur puis au hammam du souk, dans des rituels sociaux qui précèdent le matin de l’Aïd.
Ces manifestations concordent avec ce qu’a documenté le chercheur Khayr al‑Din al‑Assadi dans son ouvrage Encyclopédie comparée d’Alep, où il a indiqué que les préparatifs de l’Aïd constituaient une part essentielle de la vie quotidienne dans les villes syriennes et reflétaient un ensemble de valeurs sociales liées à la générosité et à la solidarité.
Entre les cimetières et les mosquées… la mémoire de l’âme collective
Selon al‑Kallas, le matin de l’Aïd ne serait pas complet sans évoquer les disparus, car beaucoup tiennent à visiter les tombes, portant du myrte et des fleurs, et récitant la Fatiha pour les âmes de leurs proches.
Ensuite, les habitants se rendent à la prière de l’Aïd, qui occupe une place particulière, notamment à la mosquée des Omeyyades à Damas, où se manifestent les formes de rassemblement et de communication, dans une image qui reflète la présence de l’Aïd comme rituel à la fois religieux et social.

Les félicitations et la joie des enfants… l’Aïd dans ses détails quotidiens
À la fin de la prière, commencent les rituels des félicitations, où les gens échangent des formules de vœux, et les familles se dirigent vers leurs maisons ou vers celle du doyen de la famille pour prendre le petit‑déjeuner de l’Aïd, qui constitue une occasion de renforcer les liens de parenté, selon al‑Kallas.
Les visites entre proches et amis se poursuivent, où l’on sert des pâtisseries et du café, tandis que certaines maisons réservent des espaces pour accueillir les visiteurs, dans une tradition sociale qui reflète la nature des relations familiales.

Quant aux enfants, ils constituent le centre de la joie en ce jour : ils portent leurs vêtements neufs et se rendent dans les places où se trouvent jeux et balançoires, chantant des comptines populaires, dans une scène qui exprime la continuité de la mémoire enfantine liée à l’Aïd.
Un temps qui se renouvelle… et l’Aïd comme mémoire continue
Al‑Kallas indique que l’ambiance de l’Aïd se prolonge plusieurs jours, les gens cherchant à allonger les moments de joie par les visites et les sorties, tandis qu’ils ont donné aux jours suivants des appellations populaires reflétant la continuité de l’atmosphère festive.
Il estime que le premier jour de l’Aïd al‑Fitr constitue un rituel social complet, reflétant l’identité et la mémoire de la société syrienne, et confirmant la présence de valeurs liées à la solidarité et à la joie, malgré l’évolution des circonstances.
Les rituels du premier jour de l’Aïd al‑Fitr à Damas
Le chercheur en patrimoine populaire damascène, Haytham al‑Fahel, a documenté les rituels du premier jour de l’Aïd et leur présence continue dans la mémoire sociale syrienne malgré les transformations, dans une étude publiée dans le quotidien Al‑Bayane, consacrée aux coutumes de l’Aïd al‑Fitr à Damas.
Il y explique que le matin du premier jour de l’Aïd commence par une succession de rituels au caractère religieux et social marqué :
les gens se rendent dès l’aube aux mosquées pour accomplir la prière de l’Aïd, puis se dirigent vers les cimetières pour réciter la Fatiha sur les âmes des défunts, avant que ne commencent les visites familiales et l’échange de félicitations entre membres de la famille et voisins, dans une scène qui reflète la cohésion du tissu social et la continuité des traditions.

La présence des fêtes, avec leurs différents éléments, dans la vie sociale syrienne constitue l’un des indicateurs de la continuité des sociétés et de leur capacité à reconstruire leur équilibre interne. Ces occasions forment un espace temporel où les relations humaines se renouvellent et où les modes de comportement collectif sont réactivés. Elles contribuent également à transmettre les valeurs sociales entre les générations, ce qui renforce la continuité de l’identité culturelle au sein des transformations du monde contemporain.
M.Ch.