Damas, (SANA) Dans le quartier de Salihiya, au nord de Damas, la Takiyya d’Al-Salimiya, également connue sous le nom de Takiyya du Cheikh Muhiddin Ibn al-Arabi, témoigne de la richesse de l’histoire du savoir et de l’architecture ottomans.
Elle continue de jouer un rôle social en promouvant les valeurs de solidarité, demeurant à ce jour un lieu emblématique qui allie les dimensions humanitaires et de service.
La Takiyya a été construite en 924 H / 1518, sur ordre du sultan ottoman Selim I, près du mausolée du Cheikh Muhiddin Ibn al-Arabi, dans le quartier de Ṣaliḥiyya, en hommage à son statut intellectuel et scientifique.
Dimension historique et sociale de la Takiyya Salimiyya à Damas
Dans une déclaration à SANA, le chercheur en histoire et civilisation islamiques Dr Hazem Jawhar a indiqué que la Takiyya Salimiyya est l’un des plus anciens édifices ottomans de Damas, sa construction était liée à la haute estime que portait le sultan Selim I au cheikh Ibn Arabi. Ce dernier accorda une attention particulière à sa tombe.
Jawhar a indiqué que l’importance du Takiyya ne se limite pas à son statut d’institution religieuse, mais se manifeste également par son rôle d’institution sociale et de service intégrée, connue sous le nom de « Maison des pauvres », car elle a été créée pour fournir de la nourriture à ceux qui en a besoin et aux passants et pour abriter les étrangers, en plus de sa fonction spirituelle liée au sanctuaire et à la mosquée Selimi.
Les défis conbfrontés par la Takiyya Salimiya à Damas
« La Takiyya Salimiyya a été confronté à un certain nombre d’événements qui avaient affecté son cours, notamment la rébellion de Janbirdi al-Ghazali en 927 AH, lorsqu’il s’est emparé de ses approvisionnements et temporairement interrompu son travail, avant qu’il ne reprenne sa fonction après la fin de la rébellion », a expliqué Jawhar.
Elle a également été endommagée par un incendie en 962 AH/1554-1555, mais elle a été restauré et continua à remplir son rôle de fourniture de nourriture et de services jusqu’à la fin de l’ère ottomane en 1918 AD.
La Takiyya Salimiyya: premier édifice ottoman de ce type à Damas
Le chercheur spécialiste du patrimoine arabe et islamique, Saleh al-Marawi, a confirmé que la Takiyya représente la première présence architecturale ottomane à Damas et l’un des premiers bâtiments témoignant de la transition de la ville de l’époque mamelouke à l’époque ottomane, au début du XVIe siècle.
Il explique qu’il se situe dans le quartier de Salihiyya, dans le prolongement historique de la rue de Madaris, qui constitua pendant des siècles un important centre scientifique et religieux.
La takiyya se distingue par une architecture raffinée comprenant deux coupoles ovales, des arcades, ainsi que des pièces et des espaces dédiés aux services, lui permettant de remplir sa fonction utilitaire. Elle constitue ainsi un exemple clair de l’entrelacement du style damascène traditionnel avec l’architecture ottomane, selon al‑Marawi.
À cet égard, Jawhar a souligné que le plan et les éléments décoratifs de la Takiyya sont proches des traditions syriennes et égyptiennes qui dominaient aux époques ayyoubide et mamelouke, tout en laissant apparaître les premiers signes de l’influence de l’architecture ottomane venue d’Istanbul.
La takiyya al‑Salimiyya et la soupe dachicha… une tradition qui perdure.
Jawhar a indiqué que certains éléments originaux de la Takiyya ont disparu ou changé de fonction avec le temps. Une seule des quatre fenêtres subsiste, tandis que la cuisine située au nord — qui abritait de grandes et petites marmites ainsi que des ustensiles en cuivre — a conservé une grande partie de ses caractéristiques essentielles. Le four destiné à cuire les aliments distribués est également toujours en place, bien qu’il ait subi quelques modifications. »
Pour sa part, le chercheur en patrimoine architectural, Dr Abdel Razzaq Mu‘az, a expliqué que la Takiyya continue jusqu’à aujourd’hui de distribuer la soupe dachicha — un mélange de blé et de viande — notamment durant le mois béni de Ramadan, en tant que symbole de solidarité sociale. Cela fait de la Takiyya un exemple vivant d’un patrimoine qui conjugue à la fois les dimensions matérielle et immatérielle. »
Idées pour renforcer la présence des Takiyyas dans le présent
Mu‘az a émis l’espoir que les autres Takiyyas suivent l’exemple de la Takkiya al‑Salimiyya dans la distribution de nourriture, surtout dans les circonstances actuelles, afin de renforcer les valeurs de solidarité au sein de la société.
W.H. / L.A.
