Damas, (SANA) Damas présente une profusion variée de minarets qui, au cours des siècles, ont été les symboles de la continuité culturelle et de la richesse architecturale islamique. Des structures omeyyades aux tours ottomanes, ces tours font partie de l’horizon et de l’identité religieuse de la capitale syrienne.
Époque omeyyade (VIIIe-IXe siècles)
Parmi les plus célèbres se trouvent les trois minarets de la mosquée Omeyyade, qui constituent une référence du patrimoine islamique. Il faut souligner le minaret de Jésus (Minaret d’Isa), dont la fuste est divisée en deux corps : la base carrée s’appuie sur la tour préromaine et la section supérieure présente un dessin postérieur.
Le Minaret de la Mariée, de plan carré, qui est devenu un modèle influent pour les minarets dans le monde islamique ; son nom dérive de l’éclat qu’il acquiert lorsqu’il est illuminé par des lanternes lors des festivités. Ensemble, la tour de l’Omeyyade et ses minarets ont défini l’identité visuelle de l’époque.
Époque Zangi et les Seldjoukides (XIIe-XIIIe siècles)
Avec l’arrivée des influences seldjoukides, les minarets ont adopté des lignes sobres et une structure plus fonctionnelle. Le minaret de la mosquée Bab Charqi se distingue par son fuselage carré, union d’influences ayyubides et mamelouks, un balcon simple et une coupole conique polygonale. Dans la mosquée Hassan (quartier Suwayqa), on peut voir un pied carré avec un balcon octogonal et un kiosque octogonal, caractéristiques représentatives d’une approche distinctive de cette transition historique.
Époque des Ayyubids (XIIe-XIIIe siècles)
Les minarets ayyubides se distinguent par leur austérité : fustes, balcons et marqueteries sont généralement carrés, avec peu de décoration et l’absence fréquente de mocarabes élaborés, souvent complétés dans une coupole. Parmi les exemples, on peut citer le minaret de la madrasa Atabakiyya, avec une fuste octogonale et le recours à l’ablaq, alternance de rangées de pierre aux couleurs contrastées. La nouvelle mosquée, citée par Ibn Tulun, est décrite comme relativement basse, à base carrée et fuste octogonale, à laquelle on ajouta un deuxième niveau par la suite.
Époque mamelouke (XIIIe-XVIe siècles)
Cette période représente l’un des minarets damascènes les plus créatifs. Le minaret de la Madrasa Sibaiyya, daté de 1515 (921 H), montre une fuste octogonale et une décoration exubérante de mocarabes ; son histoire est liée aux dernières années mameloukes et à l’arrivée ottomane. Le minaret de la Qaytbay (Minaret occidental) a été érigé sur ordre du sultan al-Ashraf Qaytbay et conserve des caractéristiques propres à ce style. Les autres minarets mamelouks se distinguent par leurs carreaux verts, comme celui de Sinaniyya, et par des exemples comme Tayruzi (834 AH).
Époque ottomane (XVIe-XXe siècles)
Avec l’arrivée de Selim Ier, des minarets plus hauts et plus fins s’installent, avec des fuseaux à plusieurs côtés tendus au cylindrique, un ou deux balcons et des garnitures coniques revêtues de plomb. Les Mocabars persistent, bien qu’adaptés au goût ottoman. La Tkiyya Sulaymaniyya offre deux minarets surélevés sur fustes avec des nervures qui frôlent la circularité, et se distinguent par leur hauteur et leurs barrettes coniques stylisées.
Le minaret de la mosquée Sinaniyah (Bab al-Jabiyah) impressionne par son fuselage presque cylindrique et son revêtement carrelé bleu verdâtre, avec un balcon cylindrique et une élégante garniture conique. Le minaret de la mosquée Ibn Arabi, construit en 1518 (929 H) sur ordre du sultan Selim Ier, se distingue par son équilibre arc-tectonique et son soin décoratif, considéré comme l’un des plus beaux exemples ottomano-damascènes. Parmi les autres minarets ottomans notables figurent ceux de Darwishiyya, Murad Pasha et Baghushiyya.
Autres minarets et présence historique
La vieille ville regroupe des minarets de différentes époques, dont ceux de Sinaniyya, Tayruzi et Umariyya, ainsi que ceux liés à des quartiers traditionnels comme Qasab, Sabuniyya et Darwishiyya. Chaque minaret fonctionne comme une page de pierre qui enregistre des dynasties, des tremblements de terre, des restaurations et des changements esthétiques, tout en contribuant à définir l’horizon d’une ville où l’histoire et la foi dialoguent dans une coexistence permanente.
À Damas, chaque minaret est une page de pierre qui témoigne des dynasties, des séismes et des restaurations, et qui continue en même temps à définir un paysage urbain dans lequel l’histoire et la foi se reconnaissent et dialoguent constamment.






L.S. / Esraa Dubian/ rsh