Damas, (SANA) La gare du Hedjaz à Damas demeure l’un des monuments historiques et architecturaux les plus emblématiques de Syrie, ainsi qu’un symbole vivant de la mémoire de la ville. Depuis son inauguration au début du XXᵉ siècle, la gare a servi de porte spirituelle, culturelle et économique reliant le Levant au Hedjaz, transportant pèlerins, commerçants et voyageurs à travers la région.
Aujourd’hui, après des années de négligence, de nouveaux espoirs émergent pour restaurer ce monument historique et le transformer en une destination culturelle et touristique dynamique reflétant l’esprit d’une nouvelle Syrie.
La naissance d’un rêve ferroviaire
La gare du Hedjaz fut fondée en 1900 sur ordre du sultan ottoman Abdülhamid II dans le cadre du projet ambitieux du chemin de fer du Hedjaz, qui visait à relier Damas à Médine, dans l’actuelle Arabie saoudite.

En 1908, le premier train de pèlerins partit de la gare, parcourant environ 1 320 kilomètres en cinq jours — un exploit technique remarquable pour l’époque. Le chemin de fer facilita le voyage vers les lieux saints pour des milliers de pèlerins et ouvrit de nouvelles voies d’échanges commerciaux et culturels dans la région.
Une architecture entre Orient et Occident
Selon les références historiques, la gare fut conçue par l’architecte espagnol Fernando de Aranda, qui combina des éléments architecturaux ottomans traditionnels avec des influences européennes classiques, créant ainsi un monument distinctif au cœur de Damas.

Sa façade présente des arcs en pierre finement sculptés et des fenêtres en bois ornées de vitraux, tandis que la célèbre tour de l’horloge domine toujours le bâtiment, témoin d’une époque entière.
À l’intérieur, la vaste salle d’attente est décorée de délicats ornements en plâtre réalisés par des artisans syriens, reflétant la richesse artistique qui prospérait autrefois dans la ville.
Un carrefour de culture et de voyage
Pendant des décennies, la gare du Hedjaz fut bien plus qu’un simple terminal ferroviaire. Elle devint un lieu de rencontre pour voyageurs, érudits et commerçants, circulant entre le Levant et la péninsule Arabique.

Des figures marquantes de l’époque, dont le chérif Hussein ben Ali et des penseurs majeurs de la renaissance culturelle arabe, y passèrent, renforçant son statut de symbole de connexion et d’échange culturel au sein de l’Orient arabe.
Des années de négligence
Au cours des dernières décennies, la gare a souffert d’une longue période d’abandon. Certaines parties du bâtiment se sont détériorées, d’autres ont été transformées en espaces de stockage, et la poussière s’est accumulée sur ses ornements délicats.
Malgré son importance historique, peu d’initiatives sérieuses de restauration ont été entreprises, laissant le monument vulnérable au déclin.
Des projets interrompus par la guerre
Avant 2011, plusieurs propositions visaient à transformer la gare du Hedjaz en un complexe culturel et touristique comprenant un musée ferroviaire, des galeries d’art et des marchés traditionnels.
Cependant, le déclenchement de la guerre a interrompu ces projets, laissant les plans de restauration en suspens au milieu de la destruction et de l’instabilité généralisées.
Une vision renouvelée pour l’avenir
Aujourd’hui, l’attention se tourne de nouveau vers la revitalisation de cette gare historique.
Les autorités indiquent que les propositions incluent la création d’un musée interactif retraçant l’histoire du chemin de fer du Hedjaz, l’organisation de festivals culturels et d’expositions internationales, ainsi que l’établissement d’hôtels patrimoniaux et de marchés d’artisanat traditionnel. Certains projets suggèrent également de restaurer une partie de l’ancienne ligne ferroviaire reliant Damas à Daraa pour en faire une attraction touristique patrimoniale.
Une opportunité nationale
Les partisans du projet estiment que la restauration de la gare du Hedjaz pourrait contribuer à revitaliser le tourisme et l’activité économique tout en préservant l’un des monuments historiques les plus reconnaissables de Damas.
La coopération avec des organisations internationales telles que l’UNESCO pourrait également soutenir les efforts de restauration et potentiellement conduire à l’inscription du site au patrimoine culturel mondial.






Iman Alzuheiri/ M.Ch.