Damas-SANA / Le quartier Al-Nawfara est situé dans la vieille ville de Damas, derrière la mosquée des Omeyyades. C’est un quartier ancien qui porte un riche héritage historique et culturel. Le cœur de cette zone bat à travers un café qui porte le même nom : le Café Al-Nawfara, l’un des lieux emblématiques qui relient le passé de Damas à son présent. Ce café mêle patrimoine, récits et traditions, et constitue un lieu culturel important pour les habitants et les visiteurs de la ville.
Histoire et emplacement géographique
Le quartier Al-Nawfara se trouve directement derrière la mosquée des Omeyyades, près de sa porte arrière ou latérale, au sein des ruelles entrelacées de la vieille ville de Damas, à proximité du souk Al-Hamidiyah et du souk Al-Warraqine.
Origine et nom
Le nom « Nawfara » dérive du mot arabe « fontaine », en référence à une fontaine qui existait dans un petit bassin voisin, alimentée par les eaux de la rivière Yazid. Avec le temps, l’approvisionnement en eau a cessé en raison de l’arrêt du cours de la rivière.
Âge et fondation du café
La date de fondation du Café Al-Nawfara est estimée à plus de deux cents ans selon la plupart des sources, et certaines évaluations le font remonter à environ 1670 (soit il y a 350 à 400 ans), ce qui en ferait l’un des plus anciens cafés de Damas, voire du Levant.
Il est actuellement la propriété de la famille Al-Rabbat (Mohammad Al-Rabbat), qui en est propriétaire depuis plus de cent ans, avec un soin particulier apporté à la préservation de l’aspect original du lieu.
Architecture et ambiance matérielle
Le café se distingue par son architecture traditionnelle damascène : une cour pavée de pierres de basalte noir, de petites tables en bois, des chaises en osier, des fenêtres et moucharabiehs finement décorés, trois seuils ou portes donnant sur les passages intérieurs et extérieurs.
Vue et ambiance visuelle
Depuis sa cour ou ses fenêtres, on peut apercevoir une partie arrière de la mosquée des Omeyyades, ce qui confère au lieu une dimension visuelle et spirituelle importante pour ses visiteurs, où l’appel à la prière se mêle à la sérénité du lieu et à l’histoire de l’architecture environnante.
Rôle culturel et traditions, le conteur (Hakawati)
Le café perpétue la tradition du « Hakawati », le conteur populaire, qui vient raconter aux présents des récits historiques ou poétiques, tels que l’histoire d’Antar Ibn Chaddad ou la saga du roi Baybars.
Le Hakawati ne se contente pas de raconter pour la narration, mais soigne son style, interagit avec le public, transformant le café en une scène vivante de la mémoire populaire.
Fonction sociale
Le café n’est pas seulement un lieu pour boire du café ou du thé, mais aussi un espace de dialogue, de rencontres entre intellectuels, visiteurs, habitants, et pour ceux qui aspirent à la chaleur du passé et au patrimoine de Damas. Beaucoup de visiteurs ont l’impression d’entrer dans une narration vivante d’une histoire toujours présente.
Préservation de l’authenticité
La gestion du café s’efforce de préserver autant que possible le patrimoine : pas de service Internet, évitement des modifications qui altéreraient le caractère traditionnel, maintien de la musique patrimoniale, de l’éclairage, du mobilier et des éléments architecturaux historiques.
Évaluation et importance
Le Café Al-Nawfara représente un pont temporel entre le passé et le présent, non seulement par l’architecture de la ville mais par son atmosphère vivante, ses traditions, ses habitués, le Hakawati, et la tranquillité des conversations autour d’une tasse de café.
Le quartier Al-Nawfara et son café sont ensemble des trésors culturels de Damas, témoins de l’histoire de la ville qui relie son âme à travers les époques, où l’histoire reste présente dans les bâtiments, dans le fait de s’asseoir devant une fontaine désormais asséchée mais dont le nom demeure, et dans les voix qui continuent de raconter les anciens récits.
Le Café Al-Nawfara et le quartier Al-Nawfara sont bien plus qu’un simple lieu géographique ou un café traditionnel ; ils sont le symbole de la vieille Damas, de la lutte contre le temps et de la résilience du patrimoine. À une époque où de nombreux monuments ont été altérés ou ont disparu, Al-Nawfara reste un exemple vivant de la capacité du patrimoine à être préservé, non comme un musée figé, mais comme un lieu vivant, où les histoires sont racontées, où l’histoire est vécue, et où l’authenticité est honorée.

A.Ch.
