Damas,( SANA) La saison de Ramadan 2026 semble marquer un tournant dans la production dramatique syrienne, tant par la diversité des sujets que par l’audace des traitements et l’essor des coproductions.
Entre drame social, suspense, comédie et œuvres inspirées de faits encore proches de la mémoire syrienne, le drame tente cette année de retrouver sa place en tant que miroir de la société et une plateforme de lecture et d’interrogation de la réalité.
La présence de grands noms aux côtés de jeunes talents, ainsi que le retour de thèmes majeurs liés à la justice, au pouvoir, à l’identité et à la famille, fait de cette saison un moment marquant qui confirme que la fiction syrienne demeure capable de renouveler ses outils et de s’adresser à son public en Syrie comme à l’étranger.
De la justice au foyer syrien : un drame plus près des gens
La saison ne se contente pas d’exposer des histoires familières, mais s’oriente vers une approche plus profonde des détails de la vie quotidienne et des transformations qu’avaient connues les relations familiales et sociales ces dernières années. Le drame devient ici un espace pour observer l’évolution des valeurs, les sentiments de peur et d’espoir, et pour redonner à la narration syrienne une vision plus proche des gens.
Parmi les œuvres les plus représentatives de cette tendance figure la série Mawlana, réalisée par Samer Barqawi, écrite par Lubna Haddad et interprétée par Taïm Hassan, Mona Wassef et Nour Ali. Cette fiction sociale contemporaine mise sur un mélange de vedettariat et de thématiques actuelles pour s’imposer parmi les séries les plus regardées.
Dans le registre du suspense, Saadat al Majnoun mêle enquête criminelle et tensions psychologiques au sein d’un milieu influent.
De son côté, Matbakh al Madina adopte un réalisme humain qui met en lumière la dureté du quotidien, offrant un miroir des préoccupations populaires à travers les performances d’Abbas al Noury et Amal Arafa.

Le drame rouvre les cahiers de la mémoire
La compétition s’étend cette année à des dossiers sociaux et politiques sensibles, propulsant certaines œuvres sur le devant de la scène avant même leur diffusion.
Dans ce contexte, la série Khurouj min al Bi’r se distingue par son exploration profonde de l’univers carcéral, inspirée en partie des expériences de détention dans la prison de Saydnaya. Elle croise les récits de détenus aux parcours variés, unis par la lutte pour préserver leur humanité dans une réalité implacable.
De son côté, Ailat al‑Malik (La Famille du Roi) explore les transformations du pouvoir au sein d’une famille après l’arrestation soudaine d’un homme d’affaires influent.
Ce projet examine l’entrelacement de l’argent et de la politique, les conflits d’héritage et d’influence, ainsi que le recours aux appareils sécuritaires à l’époque de l’ancien régime.
La série Al‑Yatim (L’Orphelin), revient quant à elle à l’univers de la vieille ville de Damas au passé, mais avec une vision dépassant l’image traditionnelle du quartier. Elle suit des conflits familiaux et des enchevêtrements humains complexes, révélant les transformations profondes dissimulées derrière les murs anciens.

Malgré le poids de ces sujets, la comédie n’est pas absente. Bint al‑Numan, propose une approche humoristique des paradoxes des relations familiales et sociales.
La troisième saison de Ma Ikhtalafna revient également avec une série de sketches satiriques abordant des questions sociales et politiques avec légèreté.
La comédie reste ainsi un pari essentiel pour refléter la société.
Coproductions et expansion sur la carte arabe
La carte de 2026 enregistre une présence notable des œuvres conjointes, reflétant la volonté de l’industrie syrienne de s’étendre dans le monde arabe sans perdre son identité.
Dans la série Khams Arwah (Cinq Âmes), série mêle suspense, mystère et conflit psychologique et regroupe des artistes syriens et libanais, dont Qusai Khouli Karis Bashar, Adel Karam, Rafiq Ali Ahmad, Joseph Bou Nassar et Junaid Zain al Din.

« Al Muhafaza 15 » combine réalisme humain et satire politique, abordant l’entrecroisement des souffrances des Libanais avec la situation des réfugiés syriens au Liban, dans un traitement des questions de pauvreté et de lutte pour la survie.
Dans un registre social et comique léger, « Ya Ana Ya Hi 2 » poursuit l’histoire d’un homme pris entre deux femmes représentant deux modes de vie différents. La série reflète le conflit des générations et les différences culturelles entre les sociétés syrienne et libanaise, dans un format adapté aux plateformes tout en conservant l’attrait de la diffusion télévisuelle.
Une saison qui confirme la présence du drame syrienne
Ramadan 2026 offre une saison riche et variée du drame syrienne. Mais la marque la plus forte demeure le retour du grand récit vers des questions touchant la conscience des Syriens et abordant les années de la révolution, dans une tentative de faire de la fiction un langage commun entre (le passé et le présent.
Ib.I. / L.Arfi