Damas, (SANA) L’Argentine continue de dominer le marché mondial du yerba mate. En 2025, les exportations ont atteint un record historique de 60 millions de kilogrammes, dont 33,3 % à destination de la Syrie, où le maté est devenu une tradition profondément enracinée.
Syrie : histoire d’un lien culturel
La consommation de maté en Syrie remonte au XIXᵉ siècle. Entre 1850 et 1860, des milliers d’immigrants syriens se sont installés en Argentine et ont adopté l’habitude du maté. À leur retour dans leur pays natal, ils ont rapporté cette coutume, qui s’est implantée dans des régions comme Soueïda, Tartous, Lattaquié, la banlieue de Damas, Homs et Hama, devenant un élément quotidien de la vie sociale et familiale.
Aujourd’hui, la Syrie demeure la principale destination internationale du yerba mate argentin, avec plus de 30 000 tonnes importées chaque année. La boisson n’est plus seulement un produit importé : elle est devenue un symbole culturel, présente dans les foyers, les réunions sociales, les cafés et les lieux de travail.

Le maté, compagnon fidèle en temps de guerre
Durant plus d’une décennie de guerre et de déplacements internes, le maté est resté un compagnon constant dans la vie des Syriens. Même au milieu des déplacements forcés dus aux combats, les familles continuent de préparer leur maté quotidien comme un rituel de normalité et de convivialité, le partageant avec voisins et amis.
La boisson n’offre pas seulement chaleur et énergie : elle constitue aussi un lien social et culturel qui aide à préserver l’identité et l’espoir, même lorsque la guerre bouleverse la routine et l’environnement. Le maté accompagne aussi bien les réunions familiales que les rencontres communautaires dans les quartiers et les cafés, rappelant que malgré la guerre, la vie et les traditions se poursuivent.

Le maté dans la vie quotidienne
En Syrie, le maté n’est pas seulement consommé par tradition, mais comme un compagnon du quotidien. La boisson se déguste à toute heure, bien qu’elle soit particulièrement appréciée le matin pour commencer la journée avec énergie et en bonne compagnie.
Ce rituel social a donné naissance à des variations régionales. Dans certaines zones, chacun possède sa propre calebasse et sa bombilla ; ailleurs, on préfère des mélanges d’épices ou de douceurs locales. Cette pratique reflète à la fois l’identité culturelle et la créativité personnelle, consolidant le maté comme boisson nationale non seulement en Argentine, mais aussi en Syrie.

L’artisanat des calebasses et des bombillas à Damas
Le maté a donné naissance à un artisanat distinctif dans le vieux Damas. La fabrication des calebasses et des bombillas allie tradition et art, devenant une expression culturelle reflétant l’histoire de la ville. Les calebasses sont fabriquées en courge naturelle, en verre ou en métaux comme le cuivre ou l’argent, décorées de gravures et d’ornements témoignant du savoir-faire des artisans damascènes.
Les bombillas en métal, parfois recouvertes d’or ou d’argent, se distinguent par leur durabilité et leur esthétique. Dotées d’embouts démontables pour faciliter le nettoyage, beaucoup comportent des gravures personnalisées, en faisant des pièces uniques d’art fonctionnel. La créativité des artisans a transformé ces ustensiles en symboles d’identité culturelle et d’hospitalité.

Dans les anciens quartiers de Damas, comme Bab Touma et Al-Qaymariyya, se concentrent les boutiques qui vendent ces produits, destinés aux habitants de la capitale, aux régions voisines et aux touristes désireux de rapporter un souvenir authentique du patrimoine damascène. L’artisanat s’est adapté aux temps modernes en intégrant des techniques contemporaines sans abandonner les méthodes traditionnelles, ce qui permet à chaque calebasse et bombilla d’être une œuvre d’art fonctionnelle et culturelle.
Comment le maté argentin arrive aujourd’hui en Syrie
Le maté argentin arrive en Syrie principalement par l’intermédiaire d’entreprises exportatrices. Depuis les ports argentins, le yerba mate est expédié par voie maritime vers les principaux ports syriens, où il est réceptionné par des distributeurs locaux qui assurent sa diffusion dans des villes et gouvernorats comme Damas, Soueida, Tartous, Lattaquié, Homs et Hama. Ce flux commercial garantit que le maté arrive en bon état, prêt pour la consommation quotidienne et la vente dans les marchés, les boutiques spécialisées et les foyers.
Ainsi se maintient le lien historique et culturel entre l’Argentine et la Syrie, transformant l’importation d’un produit agricole en un lien social, culturel et économique entre les deux pays.
Le maté, un compagnon inséparable
Malgré plus d’une décennie de guerre, les Syriens ont conservé intact leur attachement au maté, cette boisson devenue un compagnon inséparable. Cette infusion rythme leur quotidien et relie familles et communautés, permettant de partager rires, conversations et traditions même au cœur des crises économiques successives.
Watfeh Salloum. /R.S. /M.Ch.